René Préval : le florentin des Caraïbes

Je suis le seul Président à avoir accompli d’abord un premier mandat, puis un deuxième mandat constitutionnel, et aussi le seul en 25 ans à n’avoir pas connu la prison ou l’exil. René Préval, Conseil de Sécurité des NU, 6 avril 2011.

Publié le 2015-05-07 | Le Nouvelliste

La fin du second mandat du Président Préval n’aurait pas pu être plus problématique. Contre vents et marées, le chef d’État tentait de maintenir un minimum de normalité dans le pays. Mais la mission était d’autant plus difficile que l’heure était venue de choisir son successeur. Et comme cela se produit toujours dans de telles circonstances, la tension allait crescendo ; en plus, à la crise politique-électorale s’ajoutaient les dilemmes de la construction et de la propagation de l’épidémie de choléra. Malgré cela, les confrontations politiques et électorales ont rapidement remplacé les besoins pourtant urgents de reconstruction et d’éradication du choléra. Maître du temps politique, du silence et de l’esquive, Préval a réussi à être épargné par les crises humanitaires. Il n’aura pas la même chance avec la crise électorale déclenchée par sa succession et sera finalement battu sur le terrain politique, son domaine de prédilection ; un destin ironique pour quelqu’un habitué à naviguer sur les tumultueuses eaux politiques haïtiennes et qui a dominé l’histoire récente du pays. L’histoire politique haïtienne se distingue dans un bassin caribéen connu pour être un berceau inépuisable de régimes personnalistes, autoritaires, dictatoriaux et despotiques. Au fil du temps, les peuples caribéens ont été obligés de s’habituer à une classe de dirigeants prédateurs au pouvoir illimité. Avec son chapelet de dictateurs, de présidents à vie et héréditaires, Haïti occupe une place de choix sur la liste des adeptes des régimes d’exception, de l’incurie administrative, de la dictature sans limite, de la répression aveugle et du sous-développement institutionnel et économique. En 200 ans d’histoire, seul René Préval a complété deux mandats sous un régime démocratique et transféré la présidence à un substitut constitutionnellement élu. Il est impossible de ne pas se sentir frustré par la trajectoire politique d’un pays marqué par la déroute politique et administrative et de porter en même temps un intérêt tout particulier au personnage qui a réussi à briser la routine historique. Je l’ai rencontré pour la première fois personnellement la veille des élections de 2006. Désireux de poursuivre une conversation que nous avions entamée, surtout de savoir si, une fois élu, il allait préconiser une union nationale qui déboucherait sur la signature d’un Pacte de libertés et de garanties démocratiques, comme cela avait été fait pour le passage du franquisme à la démocratie avec le Pacte de la Moncloa ; ou encore le passage des dictatures militaires au pouvoir civil en Amérique latine. En expliquant l’expérience latino-américaine de transition vers la démocratie, j’insistais sur le fait que l’initiative du Pacte de libertés et de garanties démocratiques devait partir du Président de la république. Ce dernier inviterait les autres pouvoirs, les chefs de partis politiques, des représentants de la société civile, des églises, etc., à se réunir en une assemblée qui pourrait s’appeler États Généraux de la Démocratie et rédigerait un document définissant les règles du jeu démocratique. Afin de signaler à l’ensemble des acteurs et partis politiques haïtiens habitués à rechercher un soutien et une aide étrangère pour les crises domestiques que dorénavant il n’existerait qu’un seul et unique chemin pour la conquête du pouvoir : le vote. Une fois élu, Préval a partiellement mis en œuvre ce qui avait été suggéré. Il a proposé un Pacte de gouvernance pour 25 ans, mis en pratique une stratégie de pacification sociale et tenté pendant les deux premières années de son mandat de créer, avec Jacques-Édouard Alexis à la Primature, un gouvernement de consensus et d’union nationale. Malheureusement, l’idée d’une concertation nationale sur le sujet a été par la suite abandonnée et les vicissitudes traditionnelles de la politique haïtienne ont repris le dessus. En raison du croisement et de l’interconnexion entre les trajectoires politiques d’Aristide et de Préval, certains analystes les voient comme des frères jumeaux : Préval serait le marassa d’Aristide. Si cela était vrai, ajoute Préval, ils ne seraient certainement pas de la même mère... D’autres sont plus proches de la réalité quand ils disent qu’« Aristide, c’est un volcan en permanente éruption, tandis que Préval, c’est de l’eau toujours tiède ». Personnellement, je préfère la métaphore de l’incendiaire et du pompier au vu de leurs actions politiques pendant cette longue période de transition vers la démocratie. Aristide était la plupart du temps la première victime du feu qu’il allumait. Quant à Préval, le fait d’éteindre des incendies l’a transformé en anti-héros par excellence dans une culture politique dominée par l’obsession messianique. Quand je l’ai rencontré pour la deuxième fois en février 2009, j’occupais déjà mes nouvelles fonctions de Représentant spécial du Secrétaire Général de l’OEA et étais accompagné d’Albert Ramdin. Préval l’a interrompu quand il a voulu me présenter : « Cela n’est pas nécessaire. Ricardo est un ami d’Haïti et le mien aussi ». D’Haïti, sans aucun doute. De Préval, pas encore. Les termes qui pourraient qualifier Préval sont : nationalisme, intelligence, perspicacité, ironie, connaissance profonde des coutumes politiques haïtiennes et, surtout, un humour raffiné, plein de sous-entendus et d’allusions, qui peut être froid et incisif si nécessaire. Quand il veut marquer une position, faire passer un message, manifester une contrariété, élaborer une critique ou exprimer des réserves, il ne le fait jamais directement ; il se sert de l’ironie pour la critique et de l’humour pour les éloges. Homme discret, silencieux, au contact amène et agréable, Préval le pragmatique utilisait préférentiellement la plaisanterie pour transmettre ses idées et ses points de vue. Ses sourires amicaux et parfois complices servaient à travestir des positions fermes. La Communauté internationale a parfois confondu la forme et le contenu en interprétant la bonhomie de Préval comme du consentement ou de la condescendance. Tout diplomate étranger qui arrivait en Haïti était rapidement séduit par un homme qui semblait dépourvu de charisme mais qui affichait d’emblée une certaine singularité. Cela s’est passé avec tous les interlocuteurs présidentiels, à des degrés divers, à des périodes différentes. Tous ont vécu ce processus d’attirance et de distanciation. Seul Préval ne changeait pas. Il restait le même, étranger aux suggestions, aux pressions et aux chantages. Dans mes échanges avec Préval et avec les membres du CEP, j’insistais sur la nécessité d’avoir des élections inclusives et de laisser les électeurs choisir le représentant du Lavalas. Le Canada et les États-Unis partageaient cet avis et ont diffusé un communiqué de presse allant dans ce sens. J’ai suggéré à l’OEA d’en faire autant, et peu de temps après nous avons réitéré publiquement notre position. Préval n’a pas du tout apprécié le communiqué de l’OEA. À la première occasion, il a fait allusion au cas d’Orlando Malville, un envoyé spécial de l’OEA déclaré persona non grata par le gouvernement haïtien en 2000. Le message était clair et laissait présager des relations plus difficiles dans le futur. Mais ce ne fut pas le cas. Aux yeux de la Communauté internationale, le Préval garant de la stabilité a disparu avec le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Non seulement il a changé profondément de comportement, mais en plus les défis du pays étaient d’une autre nature, exigeaient d’autres aptitudes. S’il y avait jusque-là un mariage presque parfait entre Préval et le moment historique haïtien, marqué par l’accalmie politique et la stabilité macro-économique, le séisme a inévitablement entraîné un divorce traumatisant. Le 12 janvier, Préval devait présider une cérémonie organisée pour le 150e anniversaire de la Faculté de droit de l’Université d’État d’Haïti (UEH), qui aurait lieu en fin d’après-midi à l’hôtel Karibe. Au départ réticent, il avait finalement accepté l’invitation. Il avait quitté le Palais National en direction de la résidence officielle à Canapé Vert, avant de se diriger vers Pétion-Ville, quand le drame a eu lieu. Il a échappé deux fois à la mort : parce qu’il ne se trouvait pas dans le Palais National quand celui-ci s’est effondré, ni à l’intérieur de la résidence officielle située dans l’une des zones les plus affectées par le tremblement de terre et également en ruine. Choqué, absent, silencieux, Préval était une ombre du Président que le pays aurait eu besoin pendant les premières semaines qui ont suivi la catastrophe. Ses nombreux critiques regrettent qu’il n’ait pas fait appel à l’union nationale et au peuple pour la reconstruction. En fait, il a tenté de se remettre en silence du coup qui l’avait laissé à genoux. Au fil des semaines, des critiques et des réserves de la Communauté internationale ont commencé à surgir par rapport à l’inefficacité gouvernementale. D’autant que beaucoup ont vu dans la tragédie une opportunité unique pour pouvoir collaborer avec l’État haïtien de manière distincte, efficace et bénéfique pour les parties engagées. Néanmoins, la réalité était toute autre. La résignation par rapport au destin cruel a imprégné plusieurs grands acteurs du processus de reconstruction et de transformation du pays. Cette situation était très frustrante pour les membres de la Communauté internationale qui tentaient effectivement de travailler pour diminuer la souffrance du peuple haïtien. Se rendre compte que les difficultés et les entraves provenaient – par action ou par inaction – du gouvernement lui-même a été un processus d’apprentissage douloureux pour la Communauté internationale. Elle s’est irrémédiablement éloignée de Préval, à partir de là considéré comme un dirigeant inefficace et ne se souciant pas de son peuple. Même s’il savait par conviction et par pragmatisme que le chemin des changements profonds et radicaux n’était pas à l’horizon de son gouvernement, Préval voulait que quelque chose soit tenté pour améliorer un minimum l’insertion internationale d’Haïti et augmenter son faible pouvoir de négociation. Dans les faits, la coopération vénézuélienne offerte par Hugo Chávez est apparue comme une option solitaire, non sans risques et sans pièges sur un chemin étroit et sinueux. Préval devait simultanément profiter des avantages du programme Petrocaribe et ne pas heurter les susceptibilités des États-Unis. Préoccupée, épuisée et sous influence de courants contradictoires, la Communauté internationale jouait un rôle complexe. La plupart du temps, elle se satisfaisait des résultats de ses rencontres avec Préval. Ses silences étaient interprétés comme un consentement. Ses promesses vagues se transformaient en engagements assurés. Son accord apparent nous faisait croire que nous avions atteint ce que nous visions. C’est seulement après que nous étions confrontés à la réalité. J’ai été plusieurs fois amené à m’éloigner des débats qui avaient lieu avec la Communauté internationale, et dans ces moments-là j’observais non sans fascination la manière d’agir de Préval. De constitution fragile, petit, avec une calvitie prononcée et une barbe grise, il faisait face seul à un groupe d’ambassadeurs qui représentaient le pouvoir international de manière incontestée. Le Président d’un pays dont les taux (quel qu’ils soient) constituaient la preuve irréfutable d’une fragilité chronique récurrente. En tant que seul pays des Amériques abritant une opération de paix des Nations Unies, constituée de milliers de soldats et de policiers issus de plusieurs latitudes, cultures, langues et religions, Préval aurait logiquement dû être amené à composer, à accepter, à être d’accord, à se soumettre. C’était tout le contraire. Les membres les plus importants de la Communauté internationale agissaient à l’unisson. Chacun connaissait sa partition et l’exécutait. Plus avec force qu’avec brio puisqu’il ne s’agissait pas d’un orchestre symphonique, mais d’une bande militaire. Au début, Préval ne savait pas quel instrument musical allait être joué, cependant il a vite appris. Et il se défendait comme il le pouvait, en se servant de ce qu’il avait à sa portée. Sa tactique était simple : attaquer avant d’être attaqué ; fragiliser avant d’être fragilisé ; identifier et exploiter les brèches éventuelles de son adversaire. En face de ses interlocuteurs qui se présentaient invariablement en costume cravate, il apparaissait en bras de chemise – un détail attestant du contraste et de la définition des rôles. Le respect dû d’un côté, le dédain insolent de l’autre. Nous nous retrouvions en face du Président d’un État qui semblait ne pas avoir existé, qui était une fiction juridique. Mais si son plus haut représentant était affaibli, il se comportait avec dignité et n’a jamais cessé d’être un compétiteur audacieux, courageux, sagace, perspicace et malin. La crise interminable du Conseil électoral provisoire se confondait avec l’organisation des élections mais aussi avec l’institution même de la démocratie représentative en Haïti. Faisant écho aux revendications de l’opposition, une partie importante des représentants de la Communauté internationale exerçait une pression constante sur Préval. Avant une réunion au Palais National pour traiter du problème prétendument insoluble de la composition du CEP, une rencontre préalable a eu lieu en présence de représentants de l’Union européenne, des États-Unis (Cheryl Mills), de l’ONU (Edmond Mulet), de la France (Le Bret) et de l’OEA (moi-même). Sur la suggestion de l’ambassadeur canadien Gilles Rivard, il fut décidé d’acculer Préval. Celui-ci s’est présenté seul (comme presque toujours), sans assesseurs ni ministres ou conseillers, et s’est prêté de bon gré à la manœuvre. Après un échange de piques subtiles et légères, Rivard est passé à l’attaque avec la délicatesse et le tact typiques des bûcherons du Grand Nord canadien ; il a accusé de tous les maux les membres du CEP : incompétence, malversation, imprévoyance, mauvaise foi, amateurisme, irresponsabilité. Rivard semblait réunir sous la bannière du CEP l’ensemble des difficultés qui affligeaient la société haïtienne ; néanmoins, il était clair que ces estocades ne concernaient qu’une seule personne : Préval et, par des voies indirectes, l’autorité de Préval. Celui-ci écoutait en silence. Comme le reste des présents était silencieux, Rivard s’est senti autorisé à durcir le ton et l’enthousiasme de sa critique. Persuadé de représenter le point de vue de tous, il était convaincu que le manque de réaction de Préval signifiait l’annonce imminente d’une capitulation. Et après quatre années de lutte féroce, la composition du CEP et ses attributions seraient finalement modifiées ; en somme, une première victoire politique de la Communauté internationale dans son combat contre Préval. À la fin du discours de Rivard, Préval s’est brusquement levé et a déclaré en tendant vers lui ses poignets : « Monsieur l’ambassadeur, si tout ce dont vous m’accusez est vrai, je vous demande de me mettre les menottes et de me conduire en prison. » Rivard pris de court, ne sut que répondre. Devant ses balbutiements, Préval a réitéré sa demande incroyable et absurde. Nous nous sommes regardés, ébahis et riant jaune. La scène grotesque a servi à mettre un point final sur le sujet : la question de la composition du CEP n’est plus jamais revenue sur la table des négociations. Préval était un anti-héros selon les standards de la politique haïtienne. Exactement le contraire du prototype du chef jugé idéal. Dépourvu de charisme, il exerçait le pouvoir avec parcimonie, sans inspirer la peur, la haine ou l’amour démesuré. Sa caractéristique était la modération, qui pouvait être faussement interprétée comme de l’indifférence alors qu’en réalité il s’agissait de son impuissance et de l’impuissance de son gouvernement. La turbulente vie politique haïtienne a connu un calme relatif avec Préval. Son gouvernement n’a jamais abandonné le chemin de la démocratie, du dialogue et de la recherche de consensus. Sa croyance en une liberté totale et illimitée de la presse est devenue une cible idéale pour beaucoup. En dépit des attaques sévères et constantes, surtout pendant son deuxième mandat, Préval n’a pris des mesures pour museler le bien le plus important de tout démocrate : la liberté de la critique, y compris quand elle était injuste ou injustifiée. Préval se présentait en quelque sorte comme un anarchiste qui n’avait plus foi dans les institutions. Il croyait plus en les hommes qu’en les structures, qu’elles soient de partis ou de l’État. Pour la plus grande joie de la Communauté internationale, avec lui les partis politiques se sont affaiblis et la consolidation indispensable et urgente de l’État a été renvoyée aux calendes grecques. Dans un pays habitué à ce que les conflits politiques et les conflits d’intérêts soient résolus via des mécanismes de pouvoir basés sur la violence, l’exclusion, l’exil et la dictature, son attitude tolérante et conciliatrice contrastait avec celle de ses prédécesseurs. Ses opposants politiques n’ont pas été poursuivis ou obligés de s’enfuir à l’étranger. Pendant ses mandats, il n’a jamais mélangé les sujets familiaux et ceux de l’État ; aucun parent, proche ou lointain, n’a bénéficié de biens, de nominations ou d’avantages. Sa gestion républicaine des faibles biens publics a provoqué l’admiration de beaucoup et les critiques de quelques-uns. Tout indique que l’analyse de la politique haïtienne dont il était fier l’a induit à commettre des erreurs et des omissions. Il y avait forcément un décalage entre les exigences urgentes du pays et son attitude modérée. Le politicien providentiel au moment de la transition a cessé de l’être dans les circonstances exceptionnelles du tremblement de terre. La normalité démocratique qu’il avait représenté jusque là n’était plus à l’ordre du jour. Dans Le Nouvelliste, Frantz Duval résume parfaitement et avec justesse le rôle historique et novateur de René Préval dans la politique haïtienne : Dans les grilles de lecture haïtiennes, l’homme de Marmelade n’est pas le chef idéal. On ne le perçoit pas comme un homme fort, un tout-puissant, un charismatique, un adulé ni comme un riche. Préval est un modèle de modération en tout. Dans ses manières comme dans les sentiments qu’il inspire. Il n’a jamais choqué la population autrement que par son indifférence à des moments clés. Le Président tétanisé après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 et le Préval des élections perdues par la plateforme Inité ne résument pas le fin politique des vingt dernières années. Ses faiblesses et ses échecs ne font que souligner qu’il est un homme. Un jour viendra où tous se convaincront du lieu spécial que « Ti René » occupe au Panthéon de l’histoire haïtienne et dans la construction de la démocratie dans les Amériques.
Ricardo Seitenfus Auteur

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