Pour faire entendre raison aux Dominicains

Des écoliers mais aussi des étudiants, dans un élan de civisme démonstratif et contagieux, ont marché mercredi à Port-au-Prince pour dénoncer les abus dont sont victimes nos compatriotes en République voisine, à l’appel de plusieurs organisations de la société civile.

Publié le 2015-02-25 | Le Nouvelliste

Sous la canicule, La Dessalinienne résonne. Des élèves de quatre à six ans, tous de l’école kindergarten Gérardot de la Joie à Delmas 87, l’entonnent d’une énergie teintée de candeur. Massés sur le trottoir contigu à leur établissement, ils agitent des fanions dans les airs, captant du coup tous les regards. « Que de réminiscences! C’est émouvant! », marmonne un religieux à des amis, tous offusqués de l'attidude des Dominicains vis-à-vis des migrants haïtiens. Les gamins fredonnent encore d’autres classiques qui louent les beautés d’Haïti. « Ayiti cheri, pi bèl peyi pase w nan pwen… » L’image est forte, symbolique. La manifestation du nationalisme des milliers d’Haïtiens qui ont marché durant des heures aux fins de dénoncer les abus dont sont victimes nos compatriotes de l’autre côté de l’île ne souffre d’aucune anémie. Pour une fois, on retrouve étudiants, écoliers, chanteurs, leaders d’opposition… en un seul faisceau. « Nous sommes un grand peuple avec une belle histoire. Nous ne devons pas tolérer le racisme des Dominicains », pense Tanaïca Jean-Baptiste, étudiante en année préparatoire à l’Institut des hautes études commerciales et économiques (IHECE). Au milieu de ses camarades à Lalue, elle croit qu’il faut « nous unir pour dire non à la barbarie dominicaine ». Non à « l’extrémisme dominicain » Sur les t-shirts tout comme sur les pancartes, les slogans ne manquent pas : « Non au racisme, respect et paix sur l’île », « Non à la barbarie, non à la haine », « somos civilizados », « Nous sommes tous Jean-Claude Harry »… De la place Dessalines au Champ de Mars, rue Capois, Bourdon… à Pétion-Ville, les « vive Haïti » ont plu. L’union est prêchée. Le vivre-ensemble aussi. Pour Jean-Thélus Pierre-Louis, élève de terminale du collège Georges Sand, c’est un très bon signal que « nous envoyons aux Dominicains en leur montrant que nous ne sommes pas aussi barbares qu’eux ». Mais si les Haïtiens ne sont pas respectés chez les voisins de l’Est et s’ils y sont constamment chassés à chaque période de notre histoire, Jean-Thélus assimile, comme beaucoup d’autres avant lui, cet état de fait à l’irresponsabilité des dirigeants. « Ceux-ci n’ont jamais été à la hauteur de leur tâche et continuent de se montrer incompétents, malheureusement. » « Nous devons aimer ce pays et nous battre pour le construire », martèle Me Aviol Fleurant, en sueur. Marchant bras dessus, bras dessous avec d’autres disciples de Thémis qui battent le pavé contre l’extrémisme dominicain mais surtout le racisme dominicain, il estime que « nous sommes menacés dans notre fierté, dans notre dignité de peuple ». Et d’ajouter, non sans chauvinisme : « Nous sommes un grand peuple. Celui qui a exporté la liberté dans toute l’Amérique. Le drapeau vénézuélien a été cousu à Jacmel. » Est-ce suffisant pour faire face à la prépondérance dominicaine qui va grandissant sur l’île? Comme toujours, avec sa voix tonitruante qui rappelle celle « des pasteurs faiseurs de miracles » à Port-au-Prince, il appelle à l’union de tous les Haïtiens pour changer la donne. « Dominiken yo fè nou twòp » Sur la route de Bourdon, Jean Renel Sénatus, emmitouflé dans sa toge, voit une relation de cause à effet entre le traitement infligé à nos compatriotes en terre voisine et l’amateurisme des chefs d’ici. « Ils doivent s’assumer », crie-t-il avant d’ajouter qu’il y a des mesures à prendre pour que la répétition de tels actes cesse. « L’élite dirigeante doit tout au moins prendre conscience pour sauver ce pays », bafouille un vieillard à quelques arpents du MPCE, t-shirt à l’effigie du bicolore, pantalon bleu coupé à mi-mollet. « C’est ma première à une marche populaire mais il fallait le faire. Dominiken yo fè nou twòp. » Aux devantures de différentes écoles, tant à Bourdon qu’à Delmas, les bicolores sont remués par des écoliers qui chantent à tue-tête La Dessalinienne. La foule est galvanisée. L’émotion est à son comble. « Quelle belle image! Quelle belle image », ressasse un homme de loi tout près de Versailles Nervens, étudiant en communication sociale à l’UEH, qui, lui aussi, flingue les autorités qui ne s’évertuent pas à améliorer les conditions d’existence des Haïtiens, comme pour dire que la marche c’est peu suffisant et qu’il faut de grandes décisions sur le long terme pour tourner le dos à la République dominicaine.
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