Conjoncture

La situation financière effrayante d'Haïti

Au bord de l'effondrement, l’économie haïtienne fait définitivement le buzz. Des personnalités politiques et économiques analysent et cherchent à comprendre ce qui s’est passé exactement dans notre économie sous l’administration Martelly.

Publié le 2015-02-05 | Le Nouvelliste

Economie -

Les arguments avancés par les autorités gouvernementales pour persuader la population sur les conséquences dérivant de la baisse du prix de l’essence à la pompe suscitent de grandes inquiétudes. Intervenant le jeudi 5 février 2015 sur les ondes de Radio Vision 2000, Fritz Jean, ancien gouverneur de la banque centrale, croit qu’il y a eu beaucoup de grands désordres dans les finances publiques ces derniers temps. De ce fait, il appelle à l'organisation des « états généraux sur l’économie» du pays pour mieux faire comprendre l’état d’urgence décrété par le ministre Wilson Laleau lors de sa récente installation au ministère de l’Économie et des Finances. « Les états généraux devraient se dérouler en toute transparence. Les autorités auront pour devoir de fournir des explications à la nation sur les contrats signés notamment avec les firmes dominicaines et expliquer la situation financière actuelle. Ensuite, ce sera aussi l’occasion de révéler les nouvelles orientations de l’économie du pays », a indiqué l’auteur de « Haïti, la fin d’une histoire économique », soutenant que l’avenir du pays réside dans la valorisation des provinces afin qu’il y ait l’émergence de nouvelles communautés d’hommes et de femmes capables de produire des richesses. Pour l’ancien gouverneur de la banque centrale, les états généraux devraient permettre d’aboutir à des décisions concernant la gestion transparente des affaires de l’État et la décentralisation de l’économie à partir d’une déconcentration des appareils étatiques de gestion. « La decentralisation, qui est l’un des sujets à aborder lors des états généraux sur l’économie, représente le premier élément du choix économique. Il faut savoir qu’on ne peut pas développer un pays en le centralisant », a soutenu M. Fritz Jean. Contrairement à l’ancien gouverneur qui pose des questions, le sénateur Steven Benoît, quant à lui, n’a pas eu sa langue dans sa poche. Invité à plusieurs émissions radiophoniques cette semaine sur Magik 9 et Caraïbe FM, le sénateur a fait mention de plusieurs cas de dilapidation des maigres ressources du pays sous l’administration actuelle. Il a souligné, entre autres, le montant de 33,7 millions de dollars américains décaissés pour la reconstruction du palais législatif depuis tantôt trois ans, pourtant rien n’est fait jusqu’à présent. Il a dénoncé aussi la création de plusieurs ministères en dehors de la loi qui absorbent plusieurs centaines de millions de gourdes. « Il y a cette loi votée au Parlement le 8 novembre 2006 qui stipule dorénavant l’existence de 17 ministères dans le pays. Cette loi ne connaît pas l’existence du ministère de la Communication et du ministère de la Défense. Pourtant, le budget de ces derniers est estimé à 500 millions de gourdes au total», a dénoncé le sénateur Steven Benoit, questionnant les arguments avancés par les autorités qui ne veulent pas baisser les prix des produits pétroliers à la pompe. L'ancien ministre de l’Agriculture Jonas Gué, qui intervenait sur les ondes d’une station de radio de la capitale, a remis en question les diverses déclarations des autorités faisant croire que le gouvernement subventionne les produits pétroliers. « Quand l’État parle de subvention, pourquoi il n’a pas publié les structures des prix des produits pétroliers afin de jouer la carte de la transparence. Sans nul doute, les autorités confondent « manque à gagner » ou encore « diminution de profits » avec «subvention », a affirmé l’agronome Jonas Gué, révélant qu’il n’y a pas eu de subvention de produits pétroliers sous la présidence de Préval. L’ancien gouverneur Fritz Jean a aussi donné son point de vue sur les revendications portant sur la baisse du prix du carburant. « L’État fait face à un déficit de recettes certes, mais personne ne peut dire à la population de payer la facture d’une fête à laquelle elle n’a pas participé », a déclaré Fritz Jean.

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