Cas Lavalas

Publié le 2014-11-26 | Le Nouvelliste

La perception courante de « lavalas » renvoie à un torrent impétueux qui charrie tout sur son passage. D’un point de vue symbolique et politique, lavalas met en avant la puissance et surtout la force de tout projet collectif. Pour les lavalassiens, le slogan "Yon sel nou feb, ansan m nou fò, ansanm ansanm nou se lavalas » illustre bien tout cela. En 1990, la mouvance lavalas, un agrégat d’hommes, de femmes de gauche, d’anciens opposants à la dictature des Duvalier, critiques envers l’oligarchie, avait présenté un projet politique en trois mots : justice, transparence et participation. Au pied du mur, après le 16 décembre 1990, les années lavalas au pouvoir ont été, à certains égards, une reproduction des travers des régimes précédents. Des institutions étatiques non démembrées ont été affaiblies. Les politiques économiques, après l’embargo aux conséquences dévastatrices, ont fini par mettre à genoux la paysannerie. La République des nantis, des monopoles avait trouvé d’autres protecteurs de leurs intérêts. Sans se soucier du discours populiste trompeur-menteur des nouveaux serviteurs. Les dettes politiques contractées pour que le 15 octobre 1994 soit une réalité ont été payées. Et le régime, miné par des guerres de chefs, de clans, a étalé toute son impréparation à gouverner. Des éléphants, soucieux de garder le pouvoir, ont magouillé, truqué des élections en 2000, jeté des enragés contre ceux qui les critiquaient. Le célèbre journaliste Jean Dominique lui-même n’aurait jamais prédit cette fin, sa fin. À un certain moment, dans les luttes pour renverser lavalas entre 2002 et 2004, le mensonge, la violence, la manipulation ont été les armes des protagonistes. Comme toujours, les Haïtiens se sont affrontés sans connaître les vrais objectifs poursuivis par les manipulateurs haïtiens et étrangers nichés dans les deux camps. Personne n’avait prédit ni l’étendue, ni l’ampleur quasi « goudougoudesque » du choc du 29 février 2004, la rupture du mandat constitutionnel d’un président élu, resté très populaire au moment d’être déchu. Face à la menace de l’armée du Nord dont les capacités militaires ont été gonflées (bluff et guerre psychologique), des quartiers ont été armés. Les années sombres, jusqu’au « poze », « depoze », « repoze » de René Préval, ont marqué les esprits. Entre septembre 2004 et fin 2007, lavalas s’est fait une réputation de violence, de sang, de résistance aussi. Pourtant, objectivement, la mouvance lavalas dispose encore d’une certaine capacité de convocation. Même si son expérience du pouvoir a effrayé et effraie encore aujourd’hui. Pas parce que « Justice, transparence et participation » ne soient plus capables de rassembler mais parce que ces mots, loin d’être les lignes directrices d'un projet politique progressiste, sont portés par des gens qui ont échoué, qui n’inspirent pas nécessairement confiance, au-delà du cercle des militants lavalas. Le discours politique lavalas n’est, semble-t-il, ni revu ni corrigé. Cela dit, la base sociale de lavalas se réduira peut-être avec la réduction des inégalités socioéconomiques. Ce n’est pas un hasard que les militants lavalas vivent dans des quartiers populeux, dans des conditions d’indignité et dans une misère inacceptable. A cause de ce vivier de partisans,pendant un bout de temps encore, lavalas restera un acteur important sur l’échiquier politique. Il doit l’être et il incombe à son leadership d’être éclairé, de proposer et d’appliquer des politiques progressistes. Dans un cadre de partage de responsabilités avec d’autres partenaires politiques, d’autres tendances, avant ou au terme d’élections non pipées. Pour Lavalas, la tendance anarchisante et la négation de l'autre devront faire place au pragmatisme politique, au respect des partenaires politiques, à la volonté de construire l'avenir, en toute confiance, sur la base d'idées et plus d'homme providentiel.
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