Bayakou

Publié le 2014-10-15 | Le Nouvelliste

Editorial -

Oui, BAYAKOU. Ne fermez pas votre journal. Ne posez pas la souris. Restez devant l’ordinateur. Continuez votre lecture. Où que vous soyez. Oui, l’édito du Nouvelliste va vous entretenir des Bayakou. Bayakou est le nom d’un métier. Ce sont les vidangeurs de nos toilettes sèches. C'est aussi une injure proférée contre ceux qui s'exercent à utiliser la merde à diverses fins. Après toutes les avanies dont les Haïtiens sont couverts dans la presse internationale, un excellent reportage de France 24 vient de présenter nos bayakou au monde entier. Nou bade. Le reportage parle du choléra et de ses ravages. L’historique de la maladie est refait. Le reportage pointe du doigt les Casques bleus népalais de l’ONU. Mario Joseph, l’avocat qui mène le combat légal pour obtenir des dédommagements pour les parents des quelque 8 000 victimes décédées des suites du choléra, parle. On y montre une famille décimée. Des survivants, parmi les 800 000 personnes infectées depuis octobre 2010, prennent la parole. C’est un bon reportage diffusé entre la dernière Assemblée générale de l’Onu et le renouvellement du mandat de la Minustah. Il tombe à point. Dans le court documentaire, les journalistes suivent de nuit, dans un quartier populaire de la région métropolitaine, des bayakou en action. Oui, vous pouvez penser à ce que vous pensez, mais vous êtes loin du compte. Face à la caméra, un « colonel » (c’est le nom du bayakou qui entre dans la fosse d’aisances récolter les matières fécales, le plus qu’il peut, pour remplir des sacs) explique son rôle pendant que les images défilent. L’homme se glisse dans la lunette des latrines, une bougie à la main. Il fait son job. Un partenaire resté dehors hisse le fardeau. Il remplit une brouette de sacs lourds d’excrétas. Ensuite, ils s’en vont dans la nuit déposer le fruit de leur pêche. Quelque part dans la nature. La séquence la plus poignante est la toilette du vidangeur après la sale, mais nécessaire besogne. Avec un tout petit pot, avec un peu d’un improbable désinfectant, notre compatriote se lave. Comme il le peut, il se désinfecte. Avant de reprendre le cours de sa vie. C’est poignant. C’est révoltant. Cela donne des haut-le-cœur. Haïti ou tout Haïtien, après avoir vu ce reportage, aurait tort d’en vouloir aux journalistes de France 24. Ils n’ont croqué que notre réalité. Tous les soirs les bayakou sont de service partout dans les grandes villes du pays. Même si nous, journalistes haïtiens, en parlons rarement, ils rendent un service ingrat mais utile. Haïti ou tout Haïtien qui a vu ce reportage de France 24 a mille raisons d’en vouloir aux Nations unies, n’en déplaise aux dénégations d’Edmond Mulet. Sans le choléra, cette enquête aurait-elle eu lieu ? Haïti doit surtout en vouloir à ses élites, à ses ingénieurs, à ses hygiénistes, à ses officiers sanitaires disparus, au Service d’hygiène moribond. L’occupation américaine nous avait dotés de l’outil, nous l’avons démantibulé. Voilà qu’un besoin naturel qui concerne tous les Haïtiens, chaque jour, à n’importe quelle heure, nous met dans l’embarras parce que nous ne savons pas nous en débarrasser proprement. Bien sûr, ce n’est pas simple, Bill Gates lui-même cherche et finance des toilettes innovantes pour résoudre les problèmes sanitaires et d’utilisation d’eau que posent les WC actuels. Ce n’est pas simple, mais nous devons faire mieux. Dans ce domaine aussi. La modernité passe par le plus intime des gestes. Notre santé aussi. Car le reportage tisse en filigrane un vecteur parfait pour le choléra : nos bayakou. N'est-ce pas par le déversement dans une petite rivière du département du Centre d'un camion-citerne d'eau contaminée que tout avait commencé ? Bayakou, pompe aspirante, assainissement et santé publique sont liés.

Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval Auteur

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