La diaspora haïtienne, un pilier très important dans l’économie du pays

Le seul point positif de la migration massive d’après 1986, selon l’économiste Pierre Marie Boisson, c’est qu’une forte quantité de nos compatriotes ont migré surtout vers l’Amérique du Nord et que la contribution financière de ces personnes pour soutenir les familles haïtiennes, n'a pas cessé de croître au cours des trois décennies.

Publié le 2014-02-03 | Le Nouvelliste

De 1986 à 2013, l’économie haïtienne a connu de profondes mutations. Et cela, fort souvent, dans la mauvaise direction. Au cours de cette période, l’économie du pays a crû de moins de 1% tandis que la croissance démographique approche les 3%. N’était-ce la contribution inestimable de la diaspora haïtienne, la situation aurait pu être plus catastrophique. Le secteur de la production n’existe plus. La transformation non plus. L’agriculture qui embauchait près de deux tiers de la population de 1978 à 1986 a été, dans un laps de temps, réduite à une peau de chagrin. Pierre Marie Boisson, lors d’une conférence organisée le 29 janvier dernier à l’Académie diplomatique et consulaire (ANDC), sur le thème « Quarante ans de mutations économiques en Haïti», n’est pas passé par quatre chemins. Il a, à travers des chiffres, passé en revue les différents aspects de l’économie du pays au cours de ces 27 ans. Le pays, dit-il, a connu des difficultés énormes au cours de cette période. L’agriculture d’autosuffisance que pratique le pays a contribué grandement à une telle débâcle. Au cours de cette période, les transferts de la diaspora, constituée de près de quatre millions d’Haïtiens, représentent pas moins de 20% du produit intérieur brut (PIB) du pays. Ceci, sans prendre en compte les dons qui ne passent pas par les maisons de transfert ni par les banques. Plus de 30% des familles haïtiennes reçoivent mensuellement des transferts financiers de la diaspora. Ce n’est plus un secret, Haïti vit en grande partie de l’aide externe, laquelle est surtout dominée par les transferts de la diaspora. Dans les périodes de grandes turbulences, cette aide représente une alternative au manque d’activités économiques qui caractérise le pays. Pour certaines familles, c’est la principale source de revenu. Les transferts financiers de la diaspora, fourniraient les devises qui servent à améliorer la balance des paiements en redressant le déficit des comptes courants. Ils sont majoritairement utilisés pour la consommation et servent à acheter les biens intermédiaires et certains outils nécessaires à la production. Aussi jouent-ils un rôle important dans la lutte contre la pauvreté et contribuent-ils à améliorer le capital humain à travers le paiement des dépenses d’éducation et de santé. Les autres formes d’aide que reçoit le pays n’ont eu que très peu d’impact sur la vie des citoyens. Une part importante de ces sommes faramineuses est utilisée pour les frais de bureau et le paiement des experts étrangers. L’aide véritable, selon M. Boisson, reste et demeure l’aide de la diaspora. Car cette dernière constitue celle qui arrive vraiment aux familles. C’est une preuve de solidarité énorme. « C’est une aide que des pauvres envoient à des pauvres », a fait savoir l’économiste. Quand on sait qu’au cours de cette période, le pays n’a connu que deux ans de normalité, on comprendrait l’importance de cette frange de la population. De moins de 50 millions de dollars avant la période de l’embargo imposé au pays en 1991 par la communauté internationale après le coup d’État du 30 septembre, les transferts financiers de la diaspora ont atteint les 100 millions en 1995 et progressé jusqu’à atteindre le chiffre de 1.8 milliard de dollars en 2008. Ces transferts financiers ont une fonction structurale dans l’économie et la société haïtiennes. Ils ont une indéniable valeur qualitative. Depuis l’an 2000, selon certains chiffres, ils représentent trois fois la valeur de nos exportations. Après le séisme, cette aide a continué de croître. En 2012, elle a atteint près de deux milliards.
Jose Flecher
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