L'actuel Parlement haïtien donne le spectacle, à l'occasion du processus de ratification des Premiers ministres désignés, d'une institution soucieuse du bon choix, du choix correct. Avec lui, en effet, il faut voir au-delà pire lettre de la Constitution. Cela est si vrai que ce Parlement n'éprouve aucune gêne à infliger un vote de rejet à Gérard Rouzier, Premier ministre désigné. Encore, et plus fort cette fois-ci, Me Bernard Honorat Gousse s'est vu rejeté. Entre-temps, les opinions divergent. « Que veulent exactement ces parlementaires ? », se demandent, perplexes, les gens de différents secteurs. S'agit-il de prendre sa revanche contre un président qui se dit hostile aux politiciens ? Sont-ce l'expérience et la maturité politiques de ces parlementaires qui jouent en faveur du bien-être collectif ? Quel autre nom donner à cette simulation du souci du travail bien fait ? Bien fait selon quelle commande ?
Le président, devons-nous encore le rappeler, a la prérogative de désigner lui-même son Premier ministre. En consultation, bien sûr, avec les présidents des deux Chambres. Et, il l'a fait. À deux reprises. En fait, à trois. En revanche, du point de vue de la Constitution haïtienne en vigueur, c'est au Parlement qu'il incombe la charge de la ratification du Premier ministre désigné. De la sorte, la mission de veiller au respect de la Constitution leur est pour ainsi dire confiée. Responsabilité qu'ils prennent très à coeur, vraisemblablement. Au moins jusque- là, au deuxième round. A la déception de quelques croyants, le Parlement semble tout lâché au troisième round : les vierges d'hier sont devenues les prostituées d'aujourd'hui.
En effet, l'exercice est ardu quand il s'agit de mentir, et surtout, de se mentir. La bonne moralité dont se prévalent ces parlementaires est parfaitement souillée. Malheureusement, nos puceaux ont bu (ou se préparent à boire) le vin de la fornication. Car le coït avec la communauté internationale (Washington) ne se fait pas dans les règles. C'est de l'indécence. En effet, un seul mot est cause de tous les maux de ces "patricides" et de leur patron : résidence. La résidence n'est pas le domicile, bien que, par ailleurs, ils puissent coïncider.
Étonnamment, dans les fausses vertus de nos dirigeants, les mots perdent de leur sens. D'un côté, celui qui détient le pouvoir de designer nous dit que « le fait qu'il n'a pas résidé en Haïti pendant ces cinq dernières années n'est pas une histoire cachée », mais il ne se retient pas de le mentionner. Et, de l'autre, celui qui participe de la rectification confie sans retenu : « Au GPR, nous sommes conscients qu'il faut doter le pays d'un Premier ministre. L'heure n'est pas aux dilatoires. » Blague de mauvais goût ! Sans doute, ce dernier a voulu dire que l'heure n'est plus aux dilatoires, car des dilatoires, nous en avons connus.
Nous parlons en fait de la désignation de Garry Conille au poste de Premier ministre. Une gifle à la Constitution !
Et les délires argumentatifs des parlementaires qui s'en suivent sont les applaudissements de traîtres véreux, imbus de leurs intérêts de petits domestik. Sans vergogne en plus ! Raymond Guillien et Jean Vincent définissent, dans leur Lexique des termes juridiques, le mot résidence comme le « lieu où se trouve en fait une personne ». Et d'ajouter qu' « on oppose la résidence au domicile qu'est le lieu où elle [la personne] est située en droit. » Cela dit, aucune place n'est laissée aux exceptions obscurcissantes que vont imaginer des experts intéressés à appuyer ces parlementaires menteurs. L'article 157 de la Constitution ne parle pas de « domicile », qui donne lieu à la discussion, mais de « résidence » qui est une question de fait. Il faut traiter les faits ... comme des choses, disait l'autre.
Tout compte fait, nous ne sommes pas souverains en Haïti. Mais jusqu'ici, on n'a fait qu'appliquer un maquillage de mauvais choix à notre absence de souveraineté. Aujourd'hui, il s'agit pour nous d'enlever le masque et de le dire au peuple en face. Car ces Américains qui nous représentent au Parlement doivent s'armer de courage pour nous apprendre la « Star spangled banner » en lieu et place de la bonne vieille dessalinienne, maintenant dépassée. A moins qu'ils préfèrent, comme ils font avec les moyens matériels d'existence, garder pour eux-mêmes cette nationalité lucrative. Qu'est-ce qu'ils perdraient à la partager avec nous, le peuple ? Tout ! Peut-être.
Le "patricide" parlementaire : rejet formel de la souveraineté
L'actuel Parlement haïtien donne le spectacle, à l'occasion du processus de ratification des Premiers ministres désignés, d'une institution soucieuse du bon choix, du choix correct.