Pleins pouvoirs à la CIRH

Loin des regards indiscrets, des « vives et abas » dont la presse se fait quotidiennement l'écho, le président René Préval, son gouvernement et ses conseillers juridiques agissent. Ils donnent corps d'un point de vue juridique et administratif à la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH).

Publié le 2010-05-31 | lenouvelliste.com

Le 6 mai 2010, le journal officiel de la République Le Moniteur a publié un nouvel arrêté de 15 articles portant l'organisation et le fonctionnement de la CIRH, qui est une « reproduction pour cause d'erreurs matérielles » de celui du jeudi 22 avril. L'article 9 du nouvel arrêté qui donne les pleins pouvoirs à cette Commission, stipule que « la mission de la CIRH est d'assurer la planification stratégique, la coordination et la mise en oeuvre des ressources provenant des bailleurs bilatéraux et multilatéraux, des organisations non gouvernementales et du secteur privé des affaires, en offrant toute la transparence et la responsabilité nécessaires. La CIRH oeuvrera à optimiser les investissements et contributions de ces entités ». Selon l'article 10, « la CIRH sera chargée du développement et de la révision continue des plans de développement d'Haïti en évaluant les besoins et les écarts et en définissant les priorités d'investissement. Elle approuve, poursuit l'article, les propositions de projets en regard de leur concordance avec le Plan d'action d'Haïti. Tout en ayant la possibilité d'élaborer et de solliciter des projets qui s'inscrivent dans les priorités du Plan d'action d'Haïti, elle décide de la recevabilité des soumissions externes ». « La CIRH, indique l'article 12, conduit ses activités dans le cadre de la loi sur l'état d'urgence. En conséquence, elle sera investie des pouvoirs nécessaires pour conduire ses activités. Elle s'assurera de la célérité dans la mise en oeuvre des priorités et des projets de développement, notamment en facilitant la délivrance des titres de propriété et l'octroi de licences pour la construction d'hôpitaux, de générateurs électriques, de ports et d'autres projets de développement économique. Pour faciliter la mise en oeuvre rapide et efficace des projets approuvés par la CIRH, les ministères concernés désigneront, enchaîne l'article, des membres de leurs personnels pour travailler au sein de la CIRH. Compte tenu de l'importance critique et immédiate de l'identification et de la mobilisation des terres pour la relocalisation des populations déplacées, du logement à long terme, des écoles et de la création d'emplois, les agents préposés à cette fin du Ministère de l'Economie et des Finances seront dotés des compétences nécessaires pour étudier les dossiers et délivrer les titres de propriétés sollicitées par la CIRH dans un délai de 15 jours ouvrables. La CIRH mettra à la disposition de ces ministères concernés l'assistance technique internationale nécessaire pour permettre aux ministères concernés de renforcer leurs capacités à remplir leurs fonctions avec efficacité et célérité relativement aux priorités et projets de développement ». D'après l'article 13, « pour être exécutoires, les décisions de la CIRH relatives à la définitions des priorités et aux projets importants doivent êtres confirmées par le président de la République. Toute décision n'ayant pas fait l'objet de veto du président de la République dans dix jours ouvrables suivant sa notification formelle au président par la CIRH sera considérée comme ayant été validée », ajoute cet arrêté donné au Palais national le 21 avril 2010, le même jour que celui annulé à cause « d'erreurs matérielles ». Cependant, le même jour, le président René Préval avait lu cet arrêté lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il avait révélé que 41 244 754 dollars américains ont été décaissés à date, sur les 163 287 848 prélevés des fonds du programme Petrocaribe, en vue de réaliser des interventions d'urgence après le séisme du 12 janvier. « La CIRH ne remplace pas le gouvernement. Elle assistera et aidera plutôt au renforcement de celui-ci, avait par ailleurs garanti René Préval qui avait insisté sur le droit de veto dont dispose le président de République. C'est une avancée car elle permettra une meilleure coordination des projets de l'USAID, du Canada..., en fonction des plans de développement du gouvernement », avait-t-il dit, en référence à l'arrêté publié le 22 avril avec des « erreurs matérielles », d'après la présidence. Selon une source au Palais national, des représentants de la communauté internationale ont réclamé le retrait de cet arrêt parce les engagements pris n'étaient pas assez clair. Evasif et pas assez clair, avaient ils dit en substance, a rapporté un parlementaire sous couvert de l'anonymat. Le président René Préval, sceptique, avait évoqué la possibilité d'un levé de bouclier contre trop de « concessions », a ajouté ce législateur. . En quoi la CIRH aidera au renforcement du gouvernement et de la fonction publique quand des ministères déjà à genoux et quasi inopérants devront désigner des membres de leur personnel pour travailler au sein de cette commission ? Allez savoir. Entre-temps, les nommés Lucien Jean Bernard, Lucien Francoeur, Jean Gontrand, Réginald Boulos, Jean Claude Lebrun sont désignés pour représenter respectivement le sénat, la chambre des députés, le secteur privé, les maires, le secteur syndical pour présenter au sein de la CIRH. Gabriel Verret serait en passe d'être designer à cette commission. M.Verret est conseiller économique du président René Préval. Rien de surprenant. Le blanc à travers cet arrêté a officiellement mis un terme à la comédie car tous les Haïtiens savaient déjà que le pays est sous tutelle, a indiqué, lundi 31 mai 2010 un auditeur sur les ondes de Magik 9. Ce qui est important aujourd'hui c'est que les Haïtiens planifient la reconstruction de leur propre pays, a expliqué un autre auditeurs pour qui l'échec de la l'Etat et de l'ensemble de la société est patent. « Nous n'arrivons même pas à ramasser les ordures dans nos rues », a-t-il déploré, rejetant tout nationalisme de mauvais alois. Loin de s'essouffler, ceux qui réclament le départ du président René Préval, même s'ils sont, selon certains, largués à mille lieux des « batailles » décisives à faire, n'en démordent pas. Le 1er juin ils manifesteront dans les rues de la capitale tandis que le chef de l'Etat se rendra à Punta Cana, en République dominicaine pour participer le 2 juin à la « Conférence mondiale sur le futur d'Haïti » au cours de laquelle la CIRH avec ses pleins pouvoirs tiendra sa première réunion de travail. Si l'un de ses présidents, Jean Max Bellerive garde un profil bas ces dernier temps, Bill Clinton quant à lui a posé, souriant avec l'équipe de football des Etats-Unis avant son départ pour participer à la phase finale de la coupe du monde en Afrique du sud. La tête ailleurs ? Quel présage ?
Roberson Alphonse ralphonse@lenouvelliste.com
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