Le théâtre en Haïti

Publié le 2009-05-04 | Le Nouvelliste

Culture -

Le théâtre, cet art qui a su conquérir les peuples de civilisations diverses, se révèle le garant de leur liberté et les conduira sur la voix du progrès, de la démocratie et de l\'accomplissement de leurs rêves ancestraux. Dès la préhistoire d\'Haïti, le théâtre s\'est avéré un art au service de ses habitants qui s\'en servaient pour chanter, danser, dire leurs vies, leurs amours, leurs joies, leurs tristesses, leurs angoisses. La croyance en leur dieu Zémès n\'empêchait pas les primitifs de l\'ère \"caciquesse\" de se livrer aux plaisirs des arts de la scène. Bien avant l\'arrivée de Christophe Colomb en Haïti, ses habitants étaient de vrais aficionados du théâtre joué qui était une conséquence obligée de leur croyance en leur dieux Zémès . La reine Anacaona, un des six (6) caciques de l\'île, ne manquait pas de faire valoir ses talents d\'artiste pour le plus grand plaisir de ses admirateurs. Dans les barbacos, grande fête populaire en pleine nature, au cours des représentations sacrées des prêtres butios, le gestuel se liait à la danse et à la chanson, comme le sacré au profane, pour donner lieu à un spectacle théâtral, un \"théâtre de verdure\". La période coloniale, malgré tout ce qu\'elle comportait de néfaste dans notre vie de peuple, offrait des espaces de béatitude à l\'art dramatique et au genre lyrique. C\'est par centaines qu\'on comptait les actrices et les acteurs qui, par leur incroyable talent, charmaient les habitants de l\'île. Le grand nombre de salle disponibles à l\'époque était chose inouïe. A cette époque, des compagnies de foire continuaient la tradition de spectacles en plein air des autochtones. Parallèlement, les esclaves créaient leur théâtre pour dénoncer les travers du système esclavagiste. L\'un des plus beaux livres écrit sur cette période, et qui relate à merveille le théâtre à St-Domingue, fut celui de l\'excellente romancière Marie CHAUVET, « Danse sur le volcan ». Elle nous apprend qu\'en ce temps là, le théâtre lyrique, l\'opéra, brillait de tous ses feux sur les planches sacrées de l\'île magique. Le classicisme français arrivait aux créoles de St-Domingue et à d\'autres couches sociales par le biais des troupes dramatiques de la métropole française. De nombreuses salles de spectacle conçues pour les recevoir, disséminées ça et là, ne se sont malheureusement pas conservées. Il en reste cependant quelques traces. A part des troupes venues du dehors, il en existait des dizaines d\'autres, formées sur place, qui représentaient non seulement des pièces française, mais aussi celles du terroir en français et en créole. Ce fut une période riche en activités théâtrales. Le répertoire des oeuvres présentées au XVIIIe siècle, tant en quantité qu\'en qualité, traduisaient le brûlant désir des hommes libres de cette époque florissante de hausser,jusqu\'à son plus haut sommet, l\'art des dialogues. Les esclaves, eux, pour monter sur les planches, n\'avaient d\'autres recours que de se choisir d\'autres scènes et nulle autre ne leur était plus favorable que celle du péristyle, lieux privilégiés des dépossédés enchaînés et des marrons, pour exprimer leur religiosité, leur idéal de la liberté, de l\'égalité et de la fraternité . Les citoyens se montraient actifs. Bay répétait une pièce sur la déclaration des droits de la liberté générale, d\'autres s\'évertuaient dans la création de pièces en créole ou s\'exerçaient dans la mise en oeuvre d\'un opéra, genre d\'ailleurs bien apprécié dans cette Saint-Domingue aux mille conflits. Il n\'y avait pas que ceux qui demeuraient dans la colonie française qui produisaient pour la scène. Des nègres à talent, revenant de la métropole, se montraient aptes, grâce à des techniques apprises, à écrire des pièces et à former des troupes pour les jouer. Cette capacité acquise était due à l\'énergie qu\'ils avaient déployée pour apprendre et au souci constant de s\'améliorer pour devenir, dans leur territoire d\'origine, les porte-fanions du bel art de la scène. A la fin du siècle des lumières, la Révolution haïtienne naissait et se développait. C\'était un véritable théâtre qui se jouait dans la pénombre des bourgades, des villes et des mornes : une tragédie en deux actes mettait fin à une comédie qui avait assez duré. La révolution antiesclavagiste et anticoloniale ouvrait la voie à une nouvelle vision de l\'homme. Le théâtre de la rue l\'emportait sur celui des salles, dont plusieurs avaient fermé leurs portes par manque d\'oeuvres valables. Les quelques comédiens et dramaturges français qui avaient survécu à l\'écumante et coléreuse marée de la Révolution haïtienne ont été d\'un apport précieux au théâtre nationale d\'Haïti. Il naîtra après 1804, dans ses formes littéraires et scéniques avec les qualités et les défauts de tous nouveaux-nés. Il lui avait fallu du temps pour trouver son équilibre et se surpasser. Le peuple haitien continue, envers et contre tout, à se passionner de chansons, de danses, de spectacles, et ceci depuis les plus hauts placés jusqu\'aux plus humbles. Le théâtre haïtien, né dans le contexte de la nouvelle société, prit du temps, une bonne trentaine d\'années après la révolution, avant de commencer à trouver son équilibre et d\'aller à pas sûrs vers les voies lumineuses qui s\'offraient à son épanouissement. Beaucoup de formes nouvelles de théâtre ont émergé pour traduire et de façon originale l\'Haitien, son âme, ses moeurs, ses légendes, son histoire dans son avancée tantôt lente, tantôt accélérée, mais conforme aux besoins de l\'heure. Les premières pièces à l\'affiche ont été, disons le, médiocres. Il suffisait à un auteur dramatique d\'exalter la foi en la patrie, même en négligeant l\'aspect esthétique, pour que la nouvelle génération des spectateurs s\'y accroche. Si nous faisons un grand bond en avant pour aboutir aux années funestes du duvaliérisme, on remarque tout de suite la tendance soulignée plus haut : beaucoup trop de place est accordée à la propagande politique qu\'a la recherche esthétique. Les créateurs de la scène et du 7e art dans les années 70 et 80 du siècle dernier se sont laissé prendre au piège de l\'anti-duvaliérisme, du misérabilisme, du populisme au rabais. Les plus talentueux s\'en sont vite sortis pour produire des oeuvres d\'une haute qualité et d\'un haut niveau. De grands artistes et des personnalités de lettres se sont fait remarquer par leur inventivité sans cesse renouvelée : Syto CAVE et Guy Junior REGIS pour le théâtre, Raoul PECK et Arnold ANTONIN pour le cinéma, Edwige DANTICA et Kettely Mars pour le genre romanesque et toute une pléiade de romanciers haïtiens qui étonnent et font avancer à grands pas le genre romanesque haïtien par leur créativité digne du genre. Quant à d\'autres domaines tels que la danse, la musique, la chanson, la poésie, la peinture, des talents émergent sans cesse. Le pouvoir politique semble oeuvrer dans le sens de leur voeux le plus cher et ce sera sa part de cadeau à la culture haïtienne. Le théâtre haïtien pourra enfin ouvrir ses ailes pour se lancer vers des horizons lumineux. Les feux de la rampe, pleins d\'allant, éclaireront les innombrables scènes placées en tous lieux, partout où il y a âmes haïtiennes qui vivent. Ainsi, on pourra assister, et sans préjugé aucun, au premier opéra populaire haïtien, « Maryaj Lenglensou » sur toute l\'étendue du territoire et à des projections du classique « Anita » au 30e anniversaire de sa création. A suivre

Yves MEDARD « Rassoul LABUCHIN » Auteur

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