Haïti- Infrastructures/Centre-ville/Marché Tête boeuf

Un marché à hauts risques

Avec d\'importantes fissures un peu partout dans les murs, le marché Tête Boeuf, ou du moins ce qui en reste après l\'incendie du mois de mai 2005, constitue un danger de mort pour ses usagers. Ce qui ne semble attirer l\'attention de personne.

Publié le 2009-01-22 | lenouvelliste.com

Haut de deux étages en béton, ancienne construction jamais rénovée, des murs fissurés un peu partout et fréquenté régulièrement par des détaillants à l\'intérieur comme à l\'extérieur, le marché Tête boeuf réunit toutes les conditions sont réunies pour produire une catastrophe. Pris au piège entre une fatalité aveugle « Bondye konn tout bagay », une situation socio-économique précaire et l\'irresponsabilité des dirigeants, les commerçants vivent, au quotidien, leur malheur. Ils sont des dizaines à fréquenter, malgré tout, les ruines de ce marché qui, jadis, constituait l\'une des principales zones d\'échange du Centre-ville. Vivant dans des conditions infrahumaines, ces détaillants ne croient plus aux responsables du pays. La fatalité est leur seul espoir. Conscient du danger dans lequel ils fonctionnement tous les jours, ces pères et mères de famille confient tout à Dieu. « Nous sommes là tous les jours sous la protection de Dieu, il sait tout et il voit tout », avance Yvrose, comme pour dire que Dieu va la protéger de l\'effondrement du marché, ignorant manifestement que le collège la Promesse Evangélique, qui s\'est effondré le 7 novembre de l\'année dernière, appartenait à un pasteur et avait à l\'intérieur une église. Yvrose vend au marché Tète Boeuf depuis plus de 15 ans. Elle fait partie de ceux qui ont tout perdu après l\'incendie du 31 mai 2005, lequel incendie avait mis le marché en ruines. Sous une tonnelle faite essentiellement de toile, elle profite de la visite de Le Nouvelliste pour exprimer ses frustrations. « On ne peut plus fonctionner dans ces conditions. On arrive certaines fois à nous protéger du soleil, mais lorsqu\'il pleut, tout se mélange », se plaigne cette dame. Elle demande à la Première ministre Michèle D. Pierre Louis de se pencher sur leur sort. « \'\'Doulè yon fanm se pou tout fanm, elle devrait comprendre ce que nous endurons dans ce marché pour trouver le pain quotidien pour nos enfants », lance-t-elle en guise de requête au chef du gouvernement. Privé de toilette, d\'eau et de sécurité, le marché Tête Boeuf ne représente plus que l\'ombre de lui-même. On se demande ce que font les marchands lorsqu\'ils ont un besoin physiologique ? « Ils attendent que le bâtiment s\'effondre sur les détaillants pour monter une commission de prise en charge des victimes qui va donner cinq mille gourdes à chaque famille pour, après, passer à autres choses », dénonce un habitant de la zone. « Il est inacceptable que la mairie reste sans rien faire à regarder comme tout le monde ces gens s\'exposer ainsi au danger. On devait les empêcher de fréquenter le marché dans cet état », dit-il sous un ton révolté. Des responsables accusent d\'autres responsables Le Nouvelliste a tenté à maintes reprises, mais sans succès d\'entrer en contact avec les responsables de la mairie de Port-au-Prince sur ce dossier. Sachant également que cette situation met en cause la sécurité publique, Le Nouvelliste a donc contacté l\'un des responsables du bureau du Secrétaire d\'Etat à la Sécurité publique, qui confie qu\'il y travaille depuis quatre mois. Selon l\'ingénieur Joseph Félix Badio, l\'accès au marché avait déjà été interdit à ces détaillants, mais faute de suivi de la part de la mairie de Port-au-Prince, ils se sont réinstallés au péril même de leur vie. « Dans un délai pas trop lointain, nous allons à nouveau retirer les marchands et procéder à des travaux de réaménagement et de démolition », avance l\'ingénieur du bureau du Secrétaire d\'Etat à la Sécurité publique. Il critique, par ailleurs, la faiblesse de la mairie de Port-au-Prince et de la police qui, selon lui, n\'assurent pas le suivi après des opérations dans de pareils cas. Rappelons que le marché Tête Boeuf a été incendié le mercredi 31 mai 2005 par des individus inconnus lors de l\'opération Bagdad lancée par les partisans de l\'ancien président Jean-Bertrand Aristide. Cet incendie avait fait au moins cinq morts et d\'importantes pertes de marchandises. Le marché Tête Boeuf hébergeait environ 4.000 marchands. L\'administration Alexandre/Latortue avait annoncé des dispositions pour venir en aide aux commerçants victimes de l\'incendie du marché de Tête Boeuf. Le maire adjoint de la capitale de l\'époque, Yannick Mézile, avait, pour sa part, ouvert un centre d\'enregistrement pour ces derniers au local même de la mairie. A cette date, les promesses tardent à se matérialiser et ces détaillants disent attendre toujours.
Robenson Geffrard rgeffrard@lenouvelliste.com
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