Protection de l\'environnement

Qui protège le parc La visite ?

Déclarée zone protégée en 1983, le parc national La Visite est aujourd\'hui livré à la merci des centaines de gens qui prennent l\'espace d\'assaut. De 8000 hectares, il y a une décennie, sa superficie boisée ne dépasse pas 800 hectares aujourd\' hui.

Publié le 2008-11-14 | lenouvelliste.com

Au parc national La Visite, situé dans le massif de La Selle, les espèces animales et végétales cohabitent avec des humains. En 2006, quelque 600 personnes habitaient une partie de la zone réservée. « Elles doivent être plus nombreuses aujourd\'hui », estime l\'ancien ministre de l\'Environnement, Yves-André Wainright. Pourtant, en 1983, l\'Etat haïtien s\'était engagé à déloger les 88 familles qui y vivaient. Un délai de trois ans expirant le 31 décembre 1986 leur avait été accordé pour libérer l\'espace. Le départ du régime des Duvalier a, cependant, tout chambardé. Ce qui fait que l\'espace constituant le parc national La Visite est aujourd\'hui bondé de maisonnettes. Le parc national La Visite constitue l\'un des plus importants sites naturels du pays. Sa richesse est inestimable. Le massif de La Selle qui l\'abrite héberge plus d\'une centaine d\'espèces végétales (de la mousse et des lichens aux arbres en passant par les épiphytes, les fougères et les espèces herbacées), dont 36 espèces endémiques. N\'ayant pas de nom vernaculaire, certaines d\'entre elles sont encore mal connues. En plus, toutes les rivières des départements de l\'Ouest et du Sud-Est y prennent leur source. « Continuer à déboiser le parc, c\'est mettre en péril la vie des habitants de ces deux départements », avertissent les responsables de la Fondation Seguin. 14 espèces endémiques sur une cinquantaine de variétés d\'oiseaux ont été identifiées dans la zone en janvier 2005 par des spécialistes. Les plus connues sont : le merle de La Selle (Wètwèt Lasèl), la paruline aux yeux rouges (Tichit lasèl), le solitaire siffleur (zwazo mizisyen), la conure maîtresse (perich), l\'amazone d\'Hispaniola (jako), la paruline des pins (Tichit bwapen), le bec croisé à ailes blanches, le trogon damoiseau (kanson rouj), le tacco d\'Hispaniola (tako), le martinet sombre (zwazo lapli), la paruline quatre-yeux (Ti kit 4 je), l\'émeraude d\'Hispaniola (wanga-nègès mòn), le todier à bec étroit (chikorèt), l\'élénie sara (tchit sara), le charderonnet des Antilles (Ti seren), le tangara d\'Haïti (kònichon), l\'épervier brun (malfini mouche), la buse à queue rousse (malfini ke wouj), le hibou maître-bois, le chevêche des terriers (koukou), l\'effraie d\'Hispaniola (Frize), le pigeon (ramye miyèt) . Des gardes forestiers inoffensifs L\'augmentation de la population du parc national La Visite va de pair avec la diminution de sa richesse. On ignore ce qui reste aujourd\'hui de ce patrimoine écologique. Une prise de vue aérienne de Google earth en 2005 a permis d\'évaluer la forêt entre 840 à 890 hectares. « La forêt vivante ne dépasse pas, cependant, 700 hectares », estime l\'agronome Wainright. Contrairement à ce qui est écrit dans les textes de loi, le parc national La Visite est livré à lui-même. Depuis la démobilisation des Forces Armées d\'Haïti en 1995, les forces de l\'ordre se lavent les mains dans la surveillance du parc. Un policier du commissariat de Marigot, rapporte un élu local, a failli perdre son emploi pour avoir osé saisir un camion de planches en provenance du parc. Pour cause, il a été transféré dans une zone reculée. Les quatre gardes forestiers du ministère de l\'Environnement attachés à la protection du parc ne peuvent rien. Ils assistent comme de bons spectateurs à la destruction du site. « N\'ayant ni les moyens ni la capacité pour faire leur travail, ils font tout, sauf protéger la forêt », constate Elie Sylvestre, Casec de la 4e section de Fonds Jean-Noël. Il a, par ailleurs, rappelé que l\'Etat haïtien n\'est pas innocent dans le long processus de déboisement du parc. De 1940 à 1979, les autorités haïtiennes ont conclu des contrats d\'exploitation du parc avec plusieurs compagnies, notamment la Société haïtiano-américaine pour le développement agricole (SHADA). Les six mille personnes vivant à l\'intérieur du parc constituent une grande menace pour sa survie. « Chacun s\'y approprie une petite place », dénonce Serge Cantave jr, coordonnateur de la Fondation Seguin, une ONG qui se bat du bec et des ongles pour sauver ce qui reste encore du parc. Pas étonnant que des agriculteurs abattent des pins géants pour pouvoir planter des légumes. D\'autres s\'adonnent à l\'écorçage des arbres pour en extraire les morceaux de pins étalés dans les marchés publics de la capitale. D\'autres pratiques comme la brûlure des racines des pins sont dénoncées dans un film documentaire réalisé par la Fondation Seguin sur l\'importance du parc. Les autorités locales de Seguin et de ses environs pointent aussi du doigt les fournisseurs de planche de la région dans la destruction de ce parc naturel. Des alternatives à la coupe des pins Le déplacement de la population vivant à l\'intérieur du parc ainsi que dans son voisinage immédiat est une nécessité qui saute aux yeux. Neuf millions d\'un prêt de 21 millions de dollars contracté, il y a quelques années, par le pays auprès de la BID pour la protection des forêts devaient servir à cela. « L\'argent a été effectivement décaissé, mais il a été utilisé à d\'autres fins », affirme l\'ancien ministre Yves André Wainright, l\'instigateur du projet, qui dit ignorer si l\'Etat haïtien envisage toujours de déplacer les gens. Entre-temps, la Fondation Seguin, créée en 2004, tente de pallier l\'irresponsabilité de l\'Etat en sensibilisant la population à la nécessité de protéger le parc national La Visite qui représente un château d\'eau pour les départements de l\'Ouest et du Sud-Est. Le programme « Ecoles Vertes » réalisé avec le support financier de la Fondation Voilà entend éduquer la population et la sensibiliser aux conséquences désastreuses de la dégradation de l\'environnement. Ce programme vise, d\'une part, à apporter une assistance aux autorités locales, d\'autre part, à promouvoir l\' essor des entreprises d\'écotourisme et d\'agriculture durables dans la zone tampon du parc. Plusieurs milliers d\'arbres fruitiers ont été déjà mis en terre dans le cadre de cette activité. De concert avec Helvetas-Haïti, une ONG suisse, la Fondation Seguin commence à exécuter un autre projet visant à protéger les bassins versants, les sources et rivières, à éradiquer le phénomène de l\'érosion et à protéger les espèces de la zone. Quatre zones stratégiques (zone marron, zone rouge, zone verte et zone jaune) sont identifiées dans le cadre du projet zonage. Des interventions à court ou à long terme devraient être faites dans chacune d\'elles en fonction des problèmes identifiés.
Jean Pharès Jérôme pjerome@lenouvelliste.com
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