Monnaie/Banque

Le système bancaire haïtien se porte bien

La tempête économique et financière qui terrasse la république étoilée, avec des répercussions en Europe, en Afrique, en Asie et même au Proche-Orient, n\'a pas encore atteint les rives haïtiennes. Voilà en quoi se résume l\'intervention du gouverneur de la Banque centrale haïtienne, Charles Castel, invité spécial de la Chambre de Commerce haïtiano-américaine de commerce AMCHAM qui a exposé, jeudi au Karibe, les grandes lignes et les performances enregistrées dans la politique monétaire de l\'Administration Préval/Alexis.

Publié le 2008-10-24 | Le Nouvelliste

« Il n\'y a absolument pas de quoi paniquer, le système se porte bien, avec un ratio de suffisance de fonds de 6,23% (bien au-dessus du minimum réglementaire de 5% ), informe le gouverneur de la Banque de la République d\'Haïti (BRH), Charles Castel intervenant lors d\'un exposé présenté jeudi au Karibe et axé sur la : « Stabilité macroéconomique : condition nécessaire à la croissance ». Données chiffrées à l\'appui, le gouverneur de la BRH, Charles Castel, s\'est montré très rassurant en estimant qu\'il n\'y a aucun signe d\'un risque sérieux d\'instabilité sur le système suite au gouffre financier auquelle fait face actuellement les Etats Unis. « En dépit de la conjoncture difficile que traverse le pays , le système est resté conforme aux règles de suffisance des fonds propres », ajoute-t-il en invitant la population à faire taire les rumeurs concernant des avoirs de banques haïtiennes qui seraient envolés avec la faillite de certaines banques américaines. Il argue à cet effet, que les banques haïtiennes ont toujours géré leurs avoirs à l\'étranger avec « beaucoup de prudence », investissant surtout dans des titres du gouvernement des Etats-Unis. « Cette posture rend donc nul ou insignifiant l\'impact direct de la crise sur les entités du système », fait remarquer le gouverneur de la BRH qui s\'est voulu rassurant quant à la bonne santé du système bancaire. Il explique une part de ces résultats par le niveau du retour sur actif (ROA) et le retour sur l\'avoir des actionnaires se chiffrant respectivement à 1.97% et 31.7%. Les profits des banques commerciales- de l\'ordre 1.134 milliards de gourdes, soient 28,4 millions de dollars américains- témoignent de la bonne santé du système bancaire, selon le gouverneur de la Banque de la République d\'Haïti (BRH), Pour cette période, affirme-t-il, l\'activité des banques a été caractérisée par une croissance de 26,3% de l\'actif passant de 78 milliards à 100 milliards de gourdes réalisées pour les 11 premiers mois de l\'exercice 2007 - 2008. Le patron de la banque centrale indique que le produit net bancaire pour les 11 mois de l\'exercice écoulé s\'élève à 5,6 milliards de gourdes contre 5,9 milliards de gourdes l\'an passé. Selon lui, grâce à cette performance, le fisc a pu recevoir du système au 31 août 2008 plus de 250 millions de gourdes d\'impôts sur le revenu. « C\'est un système bien solide, liquide, bien solvable et qui est dans une position bien enviable par rapport à ce qui se passe ailleurs », soutient sans sourciller le numéro un de la banque des banques. La stabilité monétaire, caractérisée par une inflation modérée et stable n\'est pas une panacée, elle n\'est qu\'une condition nécessaire à la croissance économique. Elle est loin d\'être une condition suffisante, soutient d\'entrée de jeu le numéro un de la Banque centrale haïtienne, Charles Castel. Pourquoi la croissance est-elle nécessaire au développement ? A cette question, l\'invité de la AMCHAM répond : « Certainement pour réduire le chômage et la pauvreté, pour doter l\'Etat de plus de revenus et lui permettre d\'exécuter de façon autonome les dépenses d\'investissement jugées appropriées, pour augmenter le bien-ête social, élargir la classe moyenne et réduire le nombre de pauvres». Analysant les rapports entre l\'évolution de la croissance démographique et la croissance économique, le numéro de la BRH estime que ces deux variables évoluent à un rythme contradictoire depuis 1950. « La croissance démographique a été dénviron 2% l\'an depuis 1950 alors que la croissance économique n\'a pas été au rendez-vous. De 1981 à 2007, le produit intérieur brut (PIB) national n\'a pas augmenté et n\'a jamais dépassé 3.8 milliards de gourdes alors que la population est passée d\'environ 5.2 millions en 1981 à 9.2 millions aujourd\'hui. Il en résulte de ce fait que : « Nous avons le même petit gateau pour 80% plus de bouche à nourrir, constate le patron de la BRH ». Aux dires de ce dernier, cela constitue la principale source des problèmes que souffre le pays, à savoir en moins de 25 ans la population a doublé et le revenu national est resté inchangé. Les sources de la croissance La croissance doit venir : - des investissements publics de qualité dans les infrastructures physiques, les innovations technologiques et les augmentations de productivité dans tous les secteurs de production, les investissements publics substantiels dans l\'éducation, notamment la formation professionnelle, le renforcement de la capacité de l\'appareil de production à répondre aux stimulants de la demande; -de l\'investissement direct étranger qui doit apporter le capital et le savoir-faire nécessaire. On a besoin de deux de revenus pour survivre. Cela s\'avère aussi important dans le cas d\'\'un individu ou d\'une famille que dans le cas d\'un pays, selon Charles Castel qui note une carence d\'investissement direct étranger en Haïti. Face à cette situation, «il nous incombe de mettre en place les politiques publiques cohérentes pour rassurer et attirer les investisseurs étrangers, parce que nous n\'avons ni le capital ni le savoir-faire pour mettre le pays dans un couloir de croissance soutenue et vigoureuse », préconise le gouverneur de la BRH. Ce qui impliquerait un taux de croissance d\'environ 7% l\'an et traduirait un doublement du PIB national tous les dix ans comme le font certains pays, souligne Charles Castel qui rappelle que de 1950 à nos jours, au moins 13 pays dans le monde ont tenté et réussi cette expérience. Compétivité nationale Actuellement, Haïti offre les mêmes avantages fiscaux que nos voisins de la région. Pourtant, les investisseurs affluent à la Barbade, aux Bahamas mais évitent Haïti. La raison invoquée part l\'intervenant est la perception du risque par rapport au pays n\'est la même et joue complètement en notre défaveur. Pour pallier ce problème, Charles Castel propose: - la réduction du risque-pays par le renforcement de la justice et de la sécurité publique ; - la mise en place d\'un ordre et d\'un système juridique efficace et d\'un climat général de sécurité essentiel à la croissance et à la réduction de la pauvreté. A ce sujet, le principal responsable de la Banque centrale invite les élites haïtiennes à ne pas prêter le flancs aux critiques acerbes des étrangers en se livrant à des scènes d\'auto-flagellation très prisées dans le milieu. Supervision bancaire A côté de la réglementation, la supervision bancaire est très effective en Haïti où la BRH comme institution publique se révèle très efficace dans ce domaine. Pour preuve, Charles Castel a évoqué la visite récente d\'une équipe d\'experts financée par la BID sur la demande du FMI a inspecté les trois plus grandes banques de la place : Sogebank, Unibank et la Banque nationale de Crédit (BNC). A la suite de cette inspection, les trois institutions ont bénéficié d\'un rapport encore plus élogieux de la part de cette équipe d\'experts étrangers que les rapports sévères dressés généralement par la BRH très élogieux précise M. Charles qui croit que le résultat de ce rapport peut s\'appliquer à toutes les banques de la place. Rôle de la BRH Il consiste à la mitigation des risques d\'instabilité. Charles Castel relève trois grands risques d\'instabilité au niveau monétaire : - la croissance monétaire incontrolée : la Banque centrale controle cette croissance à travers la base monétaire formée de la monnaie en circulation et des réserves de banques et à partir d\'indicateurs crédibles de l\'activité dans leur cadre de programmes financiers annuels ; - les chocs externes que la BRH mitige par la constitution des stocks de réserves comme auto-assurance et l\'agilité dans les ajustements de politique qui s\'imposent ; - l\'instabilité financière : la réglementation et la supervision bancaire complète les efforts de stabilisation monétaires. Les performances récentes de la politique monétaire En novembre 2006, Haïti a conclu avec le FMI un programme triennale de stabilisation macro-économique qui comporte un volet de réduction de la pauvreté, par le truchement d\'une croissance tirée principalement par les investissements publics. Les chiffres avancés par l\'invité de la AMCHAM font état de bons résultats enregistrés par les autorités haïtiennes dans le cadre de ce programme. En effet, la croissance pour l\'exercice 2006-2007 a été de 3,2% avec une inflation de 7,7% ; les réserves nettes de change ont atteint 269 millions de dollars américains avec des déficits publics de l\'ordre de 400 millions de gourdes. Pour l\'année fiscale 2008, on avait un préliminaire programmé à 2,5% de croissance (un chiffre qui sera très vraissemblement programmé à la baisse, environ 1,5%) ; l\'inflation est à 19,8% ; les réserves nettes de change à 289,2 millions de dollars ; déficit de financement budgétaire nul. Du point de vue macroéconomique, « nous étions sur la bonne voie jusqu\'à fin 2007 où les indicateurs affichaient de bons résultats », indique Charles Castel. Puis viennent les chocs externes parmi lesquels la flambée des prix du pétrole (47,4%, en 2007 et de 61,2% entre septembre 2007 et juin 2008) et des céréales. Importateur net de produits pétroliers, les importations d\'Haïti en produits pétrolier représentent 20% des importations totales. Tandis que les importations d\'aliments représentent 21% du total des importations. Le prix du carburant et des aliments représentent 60% de l\'indice des prix à la consommation. Projection pour 2008-2009 : une croissance de 2% ; une inflation 9,5%, des réserves nettes de changes de 269,6 millions de dollard ; financement de déficit de BRH à l\'Etat nul.
Cyprien L. Gary Lima Soirélus Auteur

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