Haïti/Coopération

La ruée des ONG: manne ou illusion

L\'état de sous-développement chronique qui caractérise Haïti contraste avec la présence massive des organisations non gouvernementales (ONG) dans ce pays depuis le début des années 80.

Publié le 2008-04-04 | Le Nouvelliste

De 1982 à nos jours, le Ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE) a identifié environ 415 Organisations non gouvernementales (ONG) légalement reconnues. Ce nombre représente à peu près la moitié des ONG fonctionnant en Haïti, à en croire les informations tirées dans le livre du professeur Sauveur Pierre Etienne, «Haïti : l\'invasion des ONG». Ce document fait état de 800 ONG répertoriées dans tout le pays et qui ont pour mission de combattre le sous-développement. « Toutes institutions ou organisations privées, apolitiques, sans but lucratif poursuivant des objectifs de développement aux niveaux national, départemental ou communal et disposant de ressources pour les concrétiser», telle est la définition conférée au terme ONG par le décret du 14 septembre 1989 relatif à ces organismes. Provenant d\'une quinzaine de pays d\'Europe, d\'Amérique du Nord, et du terroir, la majorité de ces ONG s\'activent dans l\'agriculture, l\'éducation, la santé, le développement communautaire, les infrastructures, l\'assistance sociale, l\'assistance humanitaire, etc. Indépendantes du pouvoir étatique, les ONG lui viennent en appui dans des activités ou projets d\'ordre public ou humanitaire. La faiblesse des institutions publiques haïtiennes confère une place prépondérante aux ONG qui pullulent dans le pays. A tel point qu\'à un certain moment de la durée, même les dons de la Communauté internationale ou des bailleurs de fonds étaient gérés par ces organismes qui, contrairement à ceux relevant de l\'Etat n\'ont aucun compte à rendre à la nation de leur gestion. Cependant, si au cours des 200 ans d\'existence de la première république noire, l\'Etat s\'est révélé un mauvais gestionnaire, les résultats peu reluisants enregistrés dans le domaine de l\'éducation, de la santé, de l\'agriculture, du développement communautaire, de l\'assistance sociale, etc., ne parlent pas en faveur des ONG établies en Haïti depuis tantôt trois décennies. Réviser la façon dont l\'aide est orctroyée Par rapport à leur engagement et leur implication dans l\'amélioration de la situation du pays, plus d\'un pense que le travail des ONG en Haïti devrait faire l\'objet d\'un contrôle soutenu et d\'une évaluation de la part des autorités du pays. Le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis semble se ranger dans cette catégorie. En témoignent ses récentes déclarations suite à son voyage aux Etats-Unis. A cette occasion, il a , en effet, laissé entendre que le choix d\'une ONG pour diriger un projet doit se faire d\'un commun accord entre le bailleur de fonds et l\'Etat haïtien. « Cette ONG ne peut être comptable uniquement devant le bailleur, mais également devant le gouvernement haïtien. Car, le gaspillage des ressources n\'est pas une marque déposée de l\'Etat. Cela se fait sous tous les cieux », indique le chef du gouvernement de retour de son dernier voyage aux Etats-Unis. A cette occasion, il a mis en évidence la nécessité et la volonté exprimées par les partenaires d\'Haïti de réviser la façon dont l\'aide est délivrée et répartie à travers le pays. Dans certaines régions du pays, on assiste à une concentration d\'ONG qui travaillent parfois dans une même sphère d\'activité tandis que d\'autres zones en sont totalement dépourvues. Toutes ces questions seront débattues le 25 avril lors de la prochaine rencontre des autorités haïtiennes avec les bailleurs de fonds, a annoncé le locataire de la Villa d\'Accueil. Interrogé sur les performances des ONG fonctionnant en Haïti, Jean Germain, analyste au MPCE, estime que certaines ONG, notamment celles travaillant dans l\'éducation ont des résultats positifs. « Cependant, on ne peut pas dire la même chose pour toutes les ONG. La situation du pays sur le plan agricole, environnemental et sanitaire parle d\'elle-même », a fait remarquer l\'ing. Germain. Cette déclaration n\'est pas trop différente de celle évoquée par Sauveur Pierre Etienne qui a affirmé dans son livre : « L\'échec des activités des ONG dans le pays peut être facilement observé à travers les résultats insignifiants qu\'ont obtenu les projets de développement intégré et les petits projets de développement communautaire. » S\'agissant du rapport entre l\'Etat haïtien et les ONG, le cadre du MPCE indique que le décret du 14 septembre 1989, modifiant la loi du 13 décembre 1982, permet d\'assurer une coordination entre l\'Etat et les ONG : « Les ONG doivent soumettre leur rapport et programme d\'activités à chaque exercice fiscal», souligne le décret du 14 septembre en son article 18. Certains observateurs n\'hésitent pas à accuser les ONG de complicité dans l\'état de sous-développement du pays. Selon eux, ces entités constituent un exutoire tout indiqué pour soulager les pays développer de leurs pseudo-experts qu\'ils envoient en mission en Haïti à travers des ONG. Là, ils touchent des salaires mirobolants auxquels ils n\'auraient jamais droit dans leur pays. De plus, ajoutent ces observateurs, ces organismes se font un plaisir d\'affaiblir l\'administration publique haïtienne qu\'ils amputent de ces meilleurs cadres. En proposant un traitement salarial plus décent à ces cadres, ceux-ci ne se font pas prier pour vendre leur savoir ou leur savoir-faire au plus offrant.
Cyprien L. Gary Auteur

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