L\'INFIRMIERE

Une profession en difficulté

Publié le 2006-10-30 | Le Nouvelliste

Ce n\'est pas un hasard si, aujourd\'hui, je décide de débuter cette série spéciale santé en parlant des infirmières. Les mauvaises langues qui me connaissent, diront que c\'est tout à fait normal car ce sont des femmes. Bon, il est vrai que j\'aime être entouré de filles, c\'est un péché mignon que je cultive jusque dans mon foyer, vu que j\'y suis le seul homme, mais ceci ne représente pas la véritable raison. En fait, si mon choix s\'est porté vers elles c\'est pour rendre un vibrant hommage à cette classe de professionnelles en majorité formée de femmes. Le nombre d\'hommes étant si minime, je ne peux me résoudre à le faire emporter sur le féminin. Que les infirmiers me pardonnent donc, d\'ailleurs ils s\'identifient tellement au médecin que je pense qu\'ils n\'en prendront pas grief. Les infirmières représentent en fait le « poto mitan » de la santé en Haïti. En effet, elles sont présentes dans les quatre échelons des institutions sanitaires publiques. Mieux, elles sont responsables à part entière des institutions de premier échelon car il n\'y est pas prévu de médecin à ce niveau ! Pourtant malgré cette importance évidente, elles sont les professionnelles les plus malmenées du système. Tout d\'abord, au niveau de la formation, bien qu\'ayant leur deux BAC, elles ne jouissent pas réellement d\'un statut universitaire. Leur centre de formation n\'est point une faculté mais une école seulement « rattachée » à l\'université, n\'en faisant pas partie intégrante. Dans ces écoles, on retrouve les pratiques de l\'école classique : uniformes (il y même une école qui en comporte trois : un pour les cours, un pour les stages et un pour la messe !) présence obligatoire lors des cours théoriques, lettre d\'excuse pour motiver les absences, appel des parents comme mesure disciplinaire (hé oui !), messes obligatoires imposées aux adeptes des cultes réformés sous peine de sanctions pour les absentes... Personnellement, je pense que ces méthodes pour le moins infantilisantes, n\'oeuvrent pas réellement à la responsabilisation de l\'infirmière. Elles lui donnent plutôt des réflexes de subalterne médical plus que celui de collaboratrice faisant partie d\'une équipe médicale. Heureusement, certaines arrivent à sortir de ce carcan, au grand damne de bien de mes confrères, il faut l\'avouer. Mais le prix à payer est assez lourd car elles sont taxées d\'infimyè ki konprann ke yo se doktè ! Mais ceci ne constitue que le moindre de leurs maux. En effet, leur fonction même n\'est pas définie ! Aie, j\'entend d\'ici les protestations véhémentes mais pourtant c\'est vrai ! N\'importe qui, en fait, peut faire le travail d\'une infirmière, et c\'est d\'ailleurs ce que trop en pense. Voilà pourquoi, les soins de nursing sont l\'apanage de cadres aux compétences plus restreintes tels que les auxiliaires, les aides-en-soins, et même les femmes de salles. Dans des institutions sanitaires les infirmières et les autres sont dans le même roulement... On comprend ainsi mieux quelques situations dramatiques ! Cette dévalorisation (et voilà le mot est lâché) se retrouve même dans la grille de salaire du Ministère de la Santé Publique : l\'infirmière de ligne (BAC+3 et bientôt BAC+4) a pour salaire de base (attention on s\'accroche, coeurs sensibles s\'abstenir !) 9 200 gourdes. Celui d\'une simple secrétaire (BAC (?)+ 2ou 3) 10 925 gourdes ! Si l\'infirmière spécialiste (BAC+5) ou à poste de responsabilité touche en général 12 075 gourdes, la secrétaire de direction (toujours BAC+3) est à 15 525 minimum... Toutefois une lumière d\'espoir pointe à l\'horizon, le Nursing rétrogradé en un simple Service par un ministre, a maintenant retrouvé sa vraie place en tant que Direction et la catastrophe du premier examen d\'état (c\'est en fait la reprise) a provoqué une prise de conscience et un vent de réforme se lève. Tiens, se serait bien que la même chose se passe aussi à la fac de Médecine suite au fameux rapport d\'une commission. Ce dernier n\'a provoqué que peu de remous, serait-ce le borborygme d\'un agonisant ? Mais chut ! Ceci fera le sujet d\'un autre spécial !
Philippe Desmangles pdesmangles@yahoo.fr Auteur

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