Propos d’introduction en prélude à un panel de discussion sur Haïti à la FIU

Les 29 et 30 octobre dernier, le Centre de recherche de l’Amérique latine et des Caraïbes de FIU (Université Internationale de Floride) organisa deux journées d’études et de réflexion sur Haïti autour du thème central de : Understand the Issues, Challenging the Narratives (« Appréhender les enjeux, remettre en question certains récits »).

Par Watson Denis, PhD.
06 nov. 2026 — Lecture : 4 min.

Les 29 et 30 octobre dernier, le Centre de recherche de l’Amérique latine et des Caraïbes de FIU (Université Internationale de Floride) organisa deux journées d’études et de réflexion sur Haïti autour du thème central de : Understand the Issues, Challenging the Narratives (« Appréhender les enjeux, remettre en question certains récits »). Cette activité réunissait comme panelistes, entre autres, des écrivains, des historiens, des chercheurs et des spécialistes d’Haïti vivant en Haïti, aux Etats-Unis d’Amérique et tant d’autres personnalités. L’assistance était composée, en grande partie, de professeurs et d’étudiants de cette université et d’autres entités. Les discussions, déroulées en anglais et en créole (haïtien) s’organisaient en différentes sessions. L’une des sessions s’intitulait : “Public Policy and the State of Affairs in Haiti and the United States” (Politique publique et situation actuelle des relations entre Haïti et les États-Unis). Celle-ci a été co-dirigée par l’Ambassadeur Frank O. Mora, PhD, professeur de politique et de relations internationales à la FIU et le Dr Watson Denis, historien, professeur, par ailleurs, de pensée sociale haïtienne à l’Université d’État d’Haïti.

Pour lancer le débat, le professeur Denis prononça les propos suivants :

« Chers amis, chers collègues d’Haïti, des États Unis d’Amérique et d’ailleurs :

La République d’Haïti, Haïti-chérie, connaît actuellement des moments difficiles. Ces derniers temps on répète assez souvent : c’est la première fois dans l’histoire de ce pays que la situation socio-politique est aussi dramatique. 

Il y a un peu de vérité dans cette opinion. En effet, des éléments structurants, faisant leur œuvre de dépérissement à l’intérieur, ont conduit le pays à ce phénomène inouï. En d’autres termes, les racines d’un mal si profond ont été mises en place depuis des lustres. Je crois même que l’État haïtien, créé sur le tas, surgi des cendres fumantes de la révolution triomphante de 1804, a évolué, a nourri un système de dépravation sans l’option de constituer la nation au bénéfice de tous les membres de la communauté. De ce fait, il y a des citoyens et des citoyennes qui portent ce statut, qui existent malgré eux, dans l’exclusion sociale la plus totale, en dehors des bienfaits de la République. Par conséquence, au moment d’agir ou de réagir au sort qui leur ont été dessiné, la question de la citoyenneté leur est méconnue ou foulée aux pieds.

Ce qui fait aujourd’hui l’actualité en parlant d’Haïti, le phénomène des bandes armées, qui remue la société haïtienne de fond en comble, qui touche tous les secteurs, généralement quelconque, d’une façon ou d’une autre, a une histoire et une histoire complexe à décortiquer ; elle est insérée dans les structures socio-économiques profondes du pays. Le banditisme politique, exploité à dessein par les uns et les autres, est un corollaire de ce phénomène sociologique qui répand la terreur et perdure déjà trop longtemps.

Pour comprendre la situation tumultueuse du moment, en particulier, le phénomène des « bandits » ou des groupes armés, lourdement armés, qui défraie la chronique, il y a lieu d’analyser les rapports de l’État haïtien avec des groupes sociaux exclus historiquement autour de la table du consensus politique et examiner le mode opératoire de certains d’entre eux, pour avoir quelquefois droit de citer.

Une conférence comme celle qui nous réunit aujourd’hui est une occasion qui est offerte, en dehors d’Haïti, pour discuter, se prononcer sur le passé, le présent et la destinée d’Haïti. Il y a donc nécessité d’analyser l’évolution d’Haïti, dans quelques-unes de ses composantes, qui aboutit à ce phénomène dramatique « d’insécurité » qui, somme toute, appauvrit encore plus le pays.

On admet volontiers qu’Haïti, dès sa fondation, a toujours eu une mauvaise presse.  De ce fait il y a des discours qui sont construits en référentiel sur le pays et qui se répètent en boucle. Des écrivains, des journalistes, des voyageurs et même quelques chercheurs s’en donnent parfois à cœur joie en mobilisant des stéréotypes ou utilisant des lieux communs. Il est impérieux de remettre en question certains de ces discours politiques colportés sur Haïti, qui déforment, trop souvent, des réalités socio-culturelles !

Je crois que ce débat, qui s’annonce au sein de ce panel, sera enrichissant à plus d’un titre. Les panelistes, triés sur le volet, interviendront librement lors de leur prise de parole. Que chacun.e tire le maximum de profit possible lors des présentations et au cours du débat interactif !». 

Les interventions des cinq membres du panel, composé d’un économiste, d’un sociologue, de deux représentants des droits humains (l’un vivant en Haïti et l’autre ailleurs) et d’une personnalité reconnue sur les relations entre Haïti et la Etats-Unis), ont eu lieu comme prévu.  Ensuite, les participoants.es ont fait des commentaires et posé des questions. En somme, les échanges ont été fructueux.