PARTIE II :Une seule espèce humaine. Ce que dit la foi et la conscience.
La couleur de peau ne reflète pas l’intelligence ou la moralité. Les gens proches de l’équateur ont plus de mélanine pour se protéger des UV. Ceux du Nord en ont moins pour fabriquer de la Vitamine D avec peu de soleil. C’est 4 à 6 gènes sur 20.000, moins que ceux qui déterminent la taille ou la forme du nez.
On ne naît pas raciste mais notre cerveau catégorise vite. Il aime nous aligner contre eux. En 100 millisecondes, il classe par âge, sexe, et visage. La couleur de peau étant un marqueur visuel très saillant.
À 3-4 ans un enfant ne démontre pas de préférence raciale. À 6-7 ans, il a déjà assimilé les stéréotypes de sa société via les médias, la famille et l’école.
Aucune étude n’a découvert de gène codant pour haïr son prochain. Par contre on a des gènes qui influencent la peur, l’anxiété, et le conformisme. La culture joue un rôle de guide dans ce domaine.
De faux arguments biologiques doivent être rejetés : “Les Noirs courent plus vite que les autres.
Les sprinters de haut niveau viennent surtout d’Afrique de l’Ouest. Les marathoniens sont plutôt d’Afrique de l’Est. Les Asiatiques se révèlent être plus intelligents en maths.”
Des Jamaïcains n’ont rien à voir biologiquement avec des Ethiopiens, puisque ce sont des populations et non des “races”.
Le QI moyen varie plus entre pays qu’entre “races”. Le QI repose à 50% sur l’environnement : nutrition, école, et langue du test.
Les “races” n’existent plus mais les ethnicités, oui ; lesquelles reflètent la culture, l’histoire avec parfois des gènes régionaux comme la drépanocytose plus fréquente chez les gens d’ascendance Africaine de l’Ouest et de la Méditerranée. Cela ne prédit pourtant rien sur leur comportement.
La science par l’UNESCO en 1950, a tué le racisme biologique. Il n’y a que l’Homo sapiens qui survit maintenant sur Terre. Les différences humaines visibles sont superficielles et adaptatives. Le racisme se retrouve par les données subjectives que l’on retient dans son Psyché.
Quelle fut la réaction de l’Église catholique concernant l’hégémonie du racisme ?
Selon sa doctrine, l’Église catholique condamne le racisme comme un péché contre la dignité humaine. Partant du principe que tous les humains descendants d’Adam et Ève ont été créés à l’image de Dieu.
Genèse 1,27 : Dieu créa l’homme à son image. Tous : humain noir et blanc. Chaque personne a une dignité égale et inaliénable.
Actes 17,26 : “Dieu a fait que d’un seul homme sortent toutes les nations. Il n’y a qu’une seule race, la race humaine.”
Galates 3,28 : “Il n’y a ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Dans l’Église, la couleur, la nation, la classe n’annulent pas la fraternité.”
En 1943, Pie XII condamne les idéologies racistes et nazies.
Vatican II, avec le Nostra Aetate de 1965, propose le rejet du mépris et de la haine envers les Juifs et toute race. L’Église déplore les discriminations.
Jean-Paul II en 1992, a demandé pardon pour les péchés des catholiques contre les Juifs, les Noirs, et les peuples autochtones.
Le Catéchisme de l’Église catholique du 11 octobre 1992 stipule : “ Les inégalités excessives entre personnes sont contraires à la justice sociale. La discrimination raciale est moralement inadmissible. ”
En 2020, le Pape François avec le Fratelli Tutti dénonce : “Le racisme est un virus qui mute facilement. Il nie que nous sommes tous frères.”
Le Pape condamne spécifiquement le racisme structurel.
Sur la colonisation et l’esclavage, l’Église a eu un parcours compliqué.
Dès 1435, le Pape Eugène IV condamne la réduction en esclavage des habitants des Canaries.
Paul III avec le _Sublimis Deus_ en 1537 déclare : “Les indiens sont de vrais hommes… et ne doivent pas être réduits en servitude.”
De 1965 à aujourd’hui, l’Église reconnaît sa complicité passive dans la traite et la colonisation, incitant depuis à la réparation et à la mémoire. La doctrine chrétienne catholique a toujours dit : “_Non au racisme idéologique_, il n’y a pas de hiérarchie des peuples devant Dieu;
_Non au racisme institutionnel_, les lois et les structures qui discriminent sont injustes, L’Église fait appel à la justice sociale; _Non au racisme ordinaire_, mépris, moquerie, haine, péché contre la charité et le 5e commandement “Tu ne tueras point” même par la parole.”
Des États catholiques, des ordres avec des catholiques ont péché. L’Église catholique et ses membres veulent pour mission être des artisans de fraternité et de paix. Elle pousse au dialogue, à l’éducation, et à la préférence pour les victimes de discrimination.
*C. Lévi-Strauss,* a écrit: “le racisme ne résulte pas d’un problème de haine, c’est plutôt un problème de peur de la différence. On se trompe sur ce qu’est une culture.”Dans _Race et Histoire_ (1952) il soutient : aucune culture n’a jamais évolué seule. Le progrès vient du métissage, de l’emprunt. L’erreur du racisme est de confondre la diversité biologique (faible) et la diversité culturelle (immense). Étant donné que les cultures se sont isolées géographiquement, elles sont devenues différentes et non à cause des “races” différentes. “Le barbare est d’abord celui qui croit à la barbarie. La pensée sauvage n’est pas celle des sauvages. Le raciste se définit lui-même en excluant l’autre de l’humanité”. Lévi-Strauss dénonce le mécanisme ethnocentrique.
Quant à *Max Weber,* il avance : “Vous utilisez la race pour garder les privilèges.” Le racisme est une forme de clôture social. Un groupe dominant monopolise les ressources (métiers nobles, mariages, quartiers) et ferme la porte aux autres en invoquant une différence naturelle de sang. C’est une stratégie rationnelle pour garder le pouvoir, le prestige, et l’argent; un prétexte pour légitimer une inégalité économique. La race devient le cadenas qui ferme la porte au groupe concurrent pour garder richesse et prestige entre blancs (ou groupe dominant). En Haïti, on a la même structure sociologique que l’on vit avec les différentes castes organisées dites riches, aisées, moyennes, modestes et pauvres.
À *l’École américaine,* l’évolution du racisme se complète en 3 temps : du préjugé individuel au système collectif.
De 1920 à 1960 *(Park, Myrdal).* Le racisme est un préjugé individuel dû au manque de contact.
Années 60-70 *(Blumer, Omi & Winant)*. Le racisme est une idéologie collective. C’est un système d’idées qui dit qui a le droit à quoi. Omi et Winant l’appellent la _formation raciale_, la société fabrique constamment les catégories raciales par la loi, la politique, et les médias.
De 70 à nos jours *(Bonilla-Silva, Feagin)*, le concept de _racisme systémique_ est en puissance. Même sans racistes déclarés, les institutions produisent des résultats inégaux parce que leurs règles ont été construites à une époque où l’inégalité était la norme. On ne mesure plus l’intention mais le résultat statistique. Même sans le vouloir, le système reproduit l’inégalité.
Pour un monde idéal, de nobles sentiments ou de vertueuses prédispositions humaines sont toujours louables et honorables, même si la loi du plus fort s’impose sur toute la planète et qu’il n’y ait point d’équilibre, ni de concorde entre nos semblables et nos peuples.
Pourtant, ce ne serait pas une idée farfelue de vouloir s’investir de bonne foi pour changer la face et le cours de l’humanité, et remporter cette gageure, relever ce défi quasi-insurmontable, en s’y attelant pour réessayer à maintes reprises...
À un moment donné, en certaines régions du globe terrestre, le racisme anti noir, a percuté au-delà d’une fruste réaction réflexe de xénophobie, par un rejet organisé systématique de l’autre, du noir minoritaire, ou systémique et viscéral de sa présence de proximité; aggravé et soutenu durant des siècles par une déviance psychotique d’intolérance notable; ¿ culminant en un véritable enjeu morbide de trouble mental ?
Sur les réseaux sociaux, ces jours-ci, on a tenté de combattre le racisme anti noir des Blancs par l’émergence d’un contre racisme anti blanc. Cela aurait pu porter fruit si l’objectif était juste de prendre une revanche, car cette approche ne fera pas disparaître totalement le racisme. On ne peut pas éteindre le racisme en l’appliquant à un autre groupe. Chaque camp ou groupe se sent légitime à se clamer raciste parce que l’autre l’a été avant. Pour Mandela, ou Martin Luther King : “Une injustice ne se répare pas par une autre injustice.” En France, la loi est la même pour tous. Le racisme anti blanc est reconnu comme un délit au même titre que le racisme anti noir. Dans les annales, aucune société n’a fait reculer le racisme en institutionnalisant un contre racisme. Cela produit de la ségrégation dans les deux sens. C’est le principe d’égalité de traitement qui fonctionne. Même règle, même dignité quelle que soit la couleur, le phénotype, l’origine géographique et les traditions culturelles.
Mais, quoi qu’il en soit, en dépit de tous les méandres ou crevasses inopportunes, le racisme prend demeure pour perdurer chez l’humain aussi longtemps que le pouvoir et l’argent fascineront, ainsi que s’enorgueillir à outrance se pourra. Il persistera à l’avenir, s’interférant dans maintes entreprises et activités humaines en tant que malum necessarium ?
Gageons !
Bibliographie
Gobineau, A. de. (1853-1855). _Essai sur l'inégalité des races humaines._
Linné, C. von. (1758). _Systema Naturae._ [classification des 4 variétés humaines]
Code Noir. (1685). _Édit du Roi sur les esclaves des Isles de l'Amérique._
UNESCO. (1950). _Déclaration sur la Race. Et Race et Histoire._
Fredrickson, George. _Racisme: A Short history (2002)_
Hannaford, Ivan. _Race: The History of an Idea in the West_ (1996)
Feagin, Joe. _Systemic Racism_ (2006)
Lévi-Strauss, C. (1952). _Race et Histoire._
Lewontin, R. (1972). _The Apportionment of Human Diversity._ - prouve que 85-95% de la variation est intra-groupe.
Human Genome Project. (2003). - 99,9% d'ADN commun.
Pääbo, S. et al. (2010-2014). _Travaux sur le génome Néandertal et Denisova._
Weber, M. (1922). _Économie et Société._ - théorie de la clôture sociale.
Omi, M. & Winant, H. (1986). _Racial Formation in the United States._
Bonilla-Silva, E. (2003). _Racism Without Racists._
Park, Robert & Myrdal, Gunnar. _An American Dilemma_ (1944)
Vatican II. (1965). _Nostra Aetate_
François (2020) _Fratelli Tutti._
