À quand la saison des papillons?

Sur mon pupitre et mon cahier d’écolier, j’inscris le nom de ma terre natale.

À quand la saison des papillons?

Papillon sur une fleur

Sur mon pupitre et mon cahier d’écolier, j’inscris le nom de ma terre natale. Sur les murs du Centre de Santé du Docteur Henri Gérard DESGRANGES, je peins le portrait de mon frère aîné parti trop tôt pour l’éternité. Les ruines de ma maison familiale ravagée par un maudit tremblement de terre, ce lieu sacré où j’ai poussé mon premier cri d’homme à l’existence, me regardent et ne me reconnaissent plus. Ah que de souvenirs taraudent mes pensées en ce mois de Septembre 2026, où dans un coin de la Floride je me laisse aller à contempler un doux ciel bleu taquiné par des flocons de nuage. Et soudain me sont parvenues des nouvelles macabres et cruelles : des bandits de grand chemin viennent de kidnapper un groupe de jeunes à Delmas 49 recherchant leur pain quotidien. Quel contraste ! Dans cet univers où je me tiens, j’assiste à un vol d’oiseaux. Et dans Port-au-Prince assiégée et mise en croix me parvient le cri des vautours de toutes les couleurs. Ah, mon Haïti d’aujourd’hui victime des mauvais coups de tous ces fossoyeurs qui se sont multipliés particulièrement pendant les 5 dernières années de transition où « tout voum se do ». (Le décret scélérat pris par les neuf membres du CPT pour se protéger de toute poursuite judiciaire). 

Notre Haïti d’aujourd’hui, notre bien commun interpelle le concours de tous : femmes et hommes soucieux de son bien être pour qu’ensemble toutes générations confondues nous puissions labourer une communauté où la chaleur humaine, l’amour de l’autre, le sens du partage, l’esprit de compassion et de la tolérance puissent être au rendez-vous. Pour le triomphe d’une république fondée sur l’État de droit et le respect des lois mais aussi et surtout le respect de la vie humaine car comme l’avait si bien dit André Malraux : « une vie ne vaut rien mais rien ne vaut une vie ».

 Nous devons divorcer d'avec cette culture mortifère, pour embrasser une culture de joie de vivre. Pour cela, la société haïtienne se doit de combler le fossé entre les « Have et les Have not » en démocratisant le secteur privé par la création de petites et moyennes entreprises, en multipliant des écoles de qualité dans les endroits les plus reculés de nos départements. 

Jeunesse de mon pays plus que jamais, ce coin de terre trop longtemps méprisé par ses fils et filles dégénérés, cherche votre coopération active pour l’éclosion d’une nouvelle mentalité plus solidaire moins clanique plus généreuse plus moderne. Et ce sera une révolution mentale susceptible de nous sortir du siècle moyenageux ténébreux pour déboucher sur le siècle de la lumière, partant sur la voie du développement durable. Et ce sera justice pour ces millions d’enfants de femmes et d’hommes qui grandissent dans les bras du soleil et qui ne sont autre que des beaux fils d’Haïti. 

Jeunesse de mon pays, la tête altière et haut les fronts, RÉVEILLEZ-VOUS ! Car, “ceux qui vivent sont ceux qui luttent”. 

Jeunesse de mon pays, en cette saison de turbulence soyez la vigie qui peut nous aider à éviter les mêmes naufrages politiques. Notre république trop longtemps buissonnière a besoin du sang neuf. La politique haïtienne ne doit plus continuer à être une prime à la violence, à la gabegie, au pillage systématique du trésor public. La population haïtienne en a trop souffert. La république a besoin de respirer pour qu’enfin les chrysanthèmes deviennent papillons.