*Partie II : De la persécution à la résilience vaudouesque*
En Haïti, le vaudou est la seule confession qui s’enracine en terre africaine; issu du royaume de Dahomey (Bénin - Afrique de l'Ouest). Le mot _Vodun_ veut dire "esprit" en langue Fon.
Chaque ethnie est dotée de ses esprits : les Fon s'accompagnent de Legba et d'Erzulie, les Yoruba introduisent Ogou, les Kongo exhibent les morts. Ce n'est pas de la magie noire ou de la sorcellerie, mais une religion de guérison et de protection martèlent plusieurs adeptes initiés.
Aux environs de 1697, dans les habitations sucrières de Saint Domingue, au bassin de l’héritage Taïno-Arawaks, le vaudou créole s'initie et se façonne. Obligés de pratiquer le catholicisme, les captifs s'en accomodent par un syncrétisme religieux.
En politique, le vaudou relaie également le réseau secret des asservis. Le 14 août 1791, à la cérémonie du Bois-Caïman, Dutty Boukman, prêtre vaudou, scelle le pacte révolutionnaire qui aboutira à l'indépendance d'Haïti en 1804.
Certains vaudouisants, sympathisants fidèles et initiés, ont reproché aux pères de l'indépendance d'avoir persécuté le vaudou après l'avoir utilisé dans la révolution mémorable afin de paraître moins bossales ou plus évolués/civilisés.
Tous les codes pénaux (1826, 1835, 1860) ont anathématisé le vaudou en tant que fétichisme.
De 1957 à 1986, sous le gouvernement des Duvalier, père et fils, le vaudou est instrumentalisé à dessein. Dr François Duvalier s'impose en Baron Samedi, afin de contrôler d'une manière ésotériqie la population, alimentent les détracteurs politiques.
En 1987, la nouvelle constitution concède la liberté légale à toutes les confessions. Et, en 2003 avec le président J-B Aristide, la religion du vaudou est assermentée par l'État. Les houngans ou mambos peuvent, désormais, célébrer des mariages et des baptêmes licites.
C'est un culte oral, n'ayant pas de livre Saint. Tout se transmet par l'initiation au lakou avec les chansons, les danses, le tambour, les rituels, les vèvès dessinés au sol, la plante médicinale. Il rentre en conflit avec l'école formelle des chrétiens qui ne jure que par l'écrit.
Le vaudou, en tant que religion n'a pas de pontifex maximus cosmopolite ni de chef mondial universel. Bien qu'il soit encore pratiqué dans l'ancien Royaume du Dahomey, – son berceau (Bénin) où la confession étatique est à 17% –, au Togo, dans le Sud-Est du Ghana et le Sud-Ouest du Nigéria, il ne dispose pas d’une structure pyramidale internationale unifiée et ne reçoit pas de dîme de l'étranger. C'est une confession avec un système de lakous autonomes, pourvus chacun d'un temple sacré ou péristyle avec un poto-mitan dressé au centre, circonscrit aux alentours par de petites maisons familiales et des tombes ancêstrales.
Sur le territoire étatique, le vaudou haïtien est représenté par un porte-parole, chef suprême spirituel, l'ATI national et le KNVA-(Konfederasyon Nasyonal Vodou Ayisyen) créé par le premier ATI (Roi national en 2008) Max Gesner Beauvoir, biochimiste formé aux États-Unis et à la Sorbonne, acclamé en 2005 et décédé en 2015.
Chaque houngan - bòkor ou mambo travaille en autarcie. Il n'y a donc pas d'organismes ou de gérants responsables pour financer et administrer des domaines scolaires multipolaires.
Avec le Concordat paraphé entre Haïti et le Vatican en 1860, l'État haïtien paie et autorise l'Église catholique à organiser et réglementer le ministère de l’éducation nationale.
Au 20e siècle, il y eut maints débarquements de missions américaines d'évangélisation (Baptistes, Adventistes, Méthodistes, Presbytériens, Pentecôtistes, Témoins de Jéhovah, Mormons...). Ces réformés et évangéliques allaient ériger des institutions scolaires comme outils d’instruction, d'évangélisation, de progrès et de développement.
Tandis que, le vaudou, a été interdit et/ou persécuté pendant près de 200 ans : « Code Noir, expéditions anti-superstitieuses de 1939-1941 où l'on brûlait les temples-hounfò, les tambours sacrés (Assôtor). »
Évoluant avec les préjugés ambiants, qu'est-ce qui fut donc reproché au vaudou, par les chrétiens occidentaux ?
Selon la doctrine chrétienne, le vaudou a une réputation négative, selon trois mobiles cardinaux :
L'idolâtrie
Le christianisme enseigne le monothéisme exclusif, servant et adorant uniquement le Dieu Créateur Tout-Puissant. Le vaudou sert et vénère un Dieu suprême-Bondye, mais aussi des esprits intermédiaires (les Loas - Orishas), avec autels, statues et offrandes; s'immisçant ainsi dans l'idolâtrie, interdite par le premier commandement judéo-chrétien.
L'occultisme
Les pratiques de divination (magie), possession, communication avec les morts, charmes, maléfices, malédictions, et zombifications sont classées dans la Bible comme "arts occultes" (Deutéronome 18:10-12). Elles sont donc considérées comme spirituellement dangereuses et incompatibles avec la foi chrétienne.
L'incompatibilité spirituelle
Dans la théologie chrétienne, il n'y a que deux sources spirituelles : Dieu et les esprits déchus. Les esprits invoqués dans le vaudou ne venant pas de Dieu, sont donc interprétés comme trompeurs ou démoniaques.
Le catholicisme est historiquement très sévère, mais en Haïti et au Bénin, il y a eu un fort taux de syncrétisme. Une kyrielle de pèlerins pratiquent deux confessions spirituelles en associant les Loas aux Saints catholiques. Le Vatican considère officiellement cela comme incompatible.
Chez les protestants, la position est plus tranchée. Le vaudou est vu comme une pratique religieuse à abandonner lors de la conversion chrétienne, et fait l'objet de prières (jeûne, veille) de « délivrance ».
Cette doctrine a esquissé et propagé dans la culture occidentale l'image de « sorcellerie et magie noire », alors qu'un grand nombre de fidèles et d'initiés fervents, défendent cette confession ancestrale de guérison, de protection et de lien communautaire.
Le vaudou n'a été reconnu comme une religion à part entière qu'en 2003 par l'ex-président Jean-Bertrand Aristide, ex-prêtre catholique.
Les serviteurs de loas n’ont pas pu échafauder de plan pour consolider des infrastructures scolaires d'envergure puisqu'ils devaient constamment ou fréquemment se cacher et vivre en marronage.
L'école catholique et protestante utilisent l'écriture pour l'enseignement des connaissances manuscrites et imprimées de la Bible et d’autres livres. Elles instruisent et forment, éduquent et évangélisent.
Alors que le vaudou se transmet oralement au lakou par l'initiation, avec les danses, des chansons, en dessinant au sol des vèvès (portes des Loas) et par la connaissance des plantes médicinales.
L'idée d' «école vaudou publique » de conception chrétienne, ne correspond pas à la manière vaudouesque d'enseigner.
En Haïti, les académies chrétiennes reçoivent souvent des subventions, provenant de l'État et de leur maison mère d'outremer.
Le vaudou haïtien, culte légal depuis 2003, ne recevait auparavant aucun soutien financier et immobilier. Il ne bénéficiait lors, que d'apports privés des adeptes locaux. La population compte environ 60.000 houngans et mambos actifs en Haiti selon l'ATI national Max G. Beauvoir (2005-2015).
Des démarches pour faciliter l’accès du public à l’enseignement du vaudou ont été envisagées et ont débuté en 2003. Dès 1997, un groupe de chercheurs -Kosanba- a même tenté de l'enseigner au niveau universitaire comme discipline intellectuelle en l'éloignant et en l'écartant du contour occulte associé à la sorcellerie, aux maléfices de zombification que plusieurs veulent absolument dissocier de la dimension médicinale, philosophique et culturelle.
Quelques organisations vaudouisantes comme la KNVA par le biais de certains grands houngans en Haïti (P-au-P) et au Bénin ont mis sur pied des écoles communautaires, non dénommées « écoles vaudou », afin de ne pas être discriminées pour accueillir les gens indistinctement.
Peu connues et non étendues dans le pays, on compte en 2026 : Les écoles du (mouvement paysan à Papaye ) MPP, le Kolektif à Gros-Morne, et les écoles de lakou Souvenance, aux Gonaïves.
L'interdiction et la persécution séculaires subies par le vaudou, ont fait émerger le syncrétisme religieux, qui a problablement freiné et ralenti le processus d'éclosion des écoles vaudouesques en Haïti. Par ce stratagème astucieux, chaque Saint catholique est représenté par un Loa, son double vaudouisant.
Dans les rapports officiels, il faut souvent éviter des embrouillaminis ou des imbroglios :
« Population de 54% de catholiques, avec 2% de vaudouisants, la plupart du temps, est inexact. En pratique, c'est à la fois 54% de catholiques et de vaudouisants. »
Officiel :
- 2,1% se déclarent vaudouisants dans le recensement de la CIA World Factbook
- 1% des femmes et 3% des hommes dans l'enquête 2016-2017 du Ministère de la Santé haïtien.
Pratique :
- La CIA elle-même estime qu'environ 50% de la population pratique le vaudou, en plus de leur religion chrétienne.
- D'autres sources parlent de près de 90% de la population qui pratiquent le vaudou d'une manière ou d'une autre, souvent combinée avec le catholicisme.
Obtenir après le grade de base hounsi kanzo (rite de feu) le titre de prêtre houngan asogwe ou prêtresse mambo asogwe requiert en moyenne sept ans d'initiation dans un lakou; de même que pour devenir un prêtre catholique, il faut 6 à 8 ans de formation au Séminaire après le Bac., pour être ordonné ensuite par un évêque.
Quant au pasteur réformé ou évangélique, il devra réussir à la faculté de théologie protestante, la licence puis la maîtrise en théologie durant cinq ans; s'ensuivront un stage en paroisse et la consécration par l'Église protestante.
Épilogue
Non imbue de la gnose qui sonde, dévoile les phénomènes et enjeux mystérieux de la foi religieuse, la base de cette interrogation mise en exergue par le prêtre catholique et relayée par le comédien publiciste, nous semble reposer beaucoup plus sur l’histoire politique d'Haïti et l’organisation structurelle des religions, qu'elle ne paraît être indexée à la théologie.
L’Église chrétienne orthodoxe, de structure différente de l’Église catholique romaine, ne dépend pas d’un « Pape » hiérarchique ou d’une autorité centrale pyramidale.
L’Église Chrétienne Orthodoxe est une fédération ou communion de 15 Églises indépendantes, autocéphales (s’auto-administrant) dirigées par des Synodes.
Le Saint-Synode joue le rôle de l’autorité suprême. Chaque Église autocéphale est dirigée par son propre Synode d'évêques.
Le Chef de chaque Église est un Patriarche, Métropolite ou Archevêque. Ex: Patriarche de Moscou pour la Russie, Patriarche de Serbie, etc.
Le Patriarche Œcuménique de Constantinople, Bartholomée I, n'est pas le chef des orthodoxes, tel que le Pape. Il est primus inter pares c'est-à-dire premier parmi ses égaux. Une primauté d'honneur, convoquant les conciles pan-orthodoxes.
Il n'y a pas eu de système d’autorité unifiée depuis la rupture de 1054 avec Rome.
Jean Stanley A. BARRATTEAU
*Références Bibliographiques :*
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République d'Haïti & Saint-Siège (1860). _Concordat entre Haïti et le Vatican du 28 mars 1860._
Aristide, J-B. (2003). _Arrêté présidentiel du 4 avril 2003 reconnaissant le vaudou comme religion à part entière en Haïti._ Le Moniteur.
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_L'Église catholique face à la diversité religieuse à Port-au-Prince (1942–2012)._
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