Haïti dans l’œil du cyclone sous l’actuelle administration américaine

Le racisme culturel se durcit aux États-UnisComprendre la nervosité excessive du président américain Donald Trump envers les Haïtiens immigrés, dits illégaux aux États-Unis, suggère un réexamen de l’état mental des dirigeants étasuniens au 19e siècle.

Par Jean-Marie Beaudouin coifopcha@yahoo.fr
25 sept. 2026 — Lecture : 6 min.
Haïti dans l’œil du cyclone sous l’actuelle administration américaine

Little Haiti, Brooklyn un homme travaille à une table sous le drapeau haïtien

Le racisme culturel se durcit aux États-Unis

Comprendre la nervosité excessive du président américain Donald Trump envers les Haïtiens immigrés, dits illégaux aux États-Unis, suggère un réexamen de l’état mental des dirigeants étasuniens au 19e siècle. Situé en Afrique de l’Ouest, le pays Libéria actuel fut fondé en 1822 par une société coloniale américaine – American Colonization Society. Les colons américains commencèrent à s’y établir dès 1816 et ladite Société coloniale vit le jour officiellement en 1817 avec le but ultime de déporter, au Libéria, les noirs américains libres ou affranchis qui paraissaient indésirables aux yeux des élites blanches qui évoquent plutôt le concept « émigration volontaire ». Mais les esclaves noirs furent maintenus dans les champs cotonniers, dont l’industrie du coton était alors en plein essor. Toujours dans le cadre du programme de colonisation, les dirigeants étasuniens octroyaient l’indépendance au peuple du Libéria le 26 juillet 1847, dont la capitale est Monrovia en l’honneur du président James Monroe, le 5e président des États-Unis qui exerça du 4 mars 1817 au 4 mars 1825. Si le projet de transfert massif des noirs libres avait quelque peu échoué à cause des contestations venues de toutes parts, il n'en demeure pas moins que l’initiative intéressée des autorités américaines exprimait le sentiment d’aversion pour la race noire en générale. Et à notre époque le racisme culturel n’a pas vieilli aux États-Unis d’Amérique, malgré les progrès de la science moderne qui crèvent les yeux. De telle sorte que les textes législatifs n’ont pas plus d’empire sur la mentalité culturelle qu’on le croit ; le préjugé de couleur a la vie dure.

Histoire pour l’auteur du présent papier d’exprimer son réel sentiment d’appréhension et son incertitude sur le malheur qui suspend au-dessus de la tête des 350 000 Haïtiennes et Haïtiens en attente d’être expulsés des États-Unis vers Haïti, selon les mesures administratives adoptées par l’actuelle administration américaine. Tandis que notre pays insulaire s’évertue encore à se relever des fléaux internes qui le malmènent et le rongent depuis des décennies de misère morale et de pauvreté matérielle, donc une double peine humaine et sociale. Ces choses qui nous arrivent par-dessus la tête sont le résultat du laxisme administratif et de l’impéritie du gouvernent qui n’a su faire des choix rationnels dans la gestion professionnelle de l’administration de l’État, qui prenne en compte les classes et couches sociales de la nation haïtienne.

 Croire que le racisme aux États-Unis a disparu c’est se tromper bêtement, car le racisme relève de la réalité historique et sociologique de la société moderne étasunienne ; il y est au contraire systémique et multiforme. L’historien et écrivain haïtien Jean Demesvar Delorme (10 février 1831 – 25 décembre 1901) nous a alerté sur le racisme complexe aux États-Unis : « Dans ce pays-là, dit-il, civilisation signifie dollar. Il s'agit uniquement de faire de l'argent ; coûte que coûte. Toute idée de justice et de devoir est subordonnée à cette idée mère : avoir des millions. On est apprécié, estimé, considéré, quand on n'a pas la peau noire, bien entendu, suivant la somme d'argent qu'on a en sa possession. »    Demesvar Delorme : La misère au sein de la richesse. Réflexions diverses sur Haïti (1873). Page 144.

La chose n’est pas de savoir si l’État américain est entré dans un processus d’endurcissement inhabituel de ses relations avec l’État haïtien, ni d’analyser ce phénomène multiforme avec une approche manichéenne : comme si le Parti démocrate est moins raciste que le Parti républicain. Ils sont à notre avis deux rivières qui créent un confluent comme point de rencontre : rivière pour les guerres d’agression des États-Unis donc une rivière en crue, et confluent pour la grande maison de la bourgeoisie américaine. La présente considération est aussi valable pour tous les pays blancs : le racisme n'est pas plus présent aux États-Unis qu’il l’est en Europe ; encore que la presse et les médias occidentaux soient sous la contrainte constante des classes possédantes. En Occident capitaliste et chrétien, la liberté de la presse, la liberté d’expression et d’opinion sont un mythe dans la culture occidentale où la réalité existentielle est cruellement occultée, peut-on observer dans les débats publics, sur les plateaux de télévision comme sur les ondes radiophoniques.

La grande presse occidentale était au service de la propagande fasciste-nazie avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale, se souvient le prolétariat mondial. Le spectre du communisme hantait la bourgeoisie capitaliste, dirait Karl Marx, il fallait l’arrêter par tous les moyens sans exception aucune. Le pape Pie XI, le chef de l’Église catholique, affirmait déjà que « Le communisme est intrinsèquement pervers » d’après la lettre encyclique Divini Redemptoris « Divin Rédempteur » publiée par le Saint-Père le 19 mars 1937. La papauté est infaillible selon le magistère de l’Église ; le pape parle ex cathedra, donc carte blanche aux capitalistes pour aller écraser le communisme soviétique avec, bien sûr, l’aide puissante et meurtrière du fascisme-nazi dont ils étaient les admirateur et collaborateurs. Le pape Pie XI était fasciné par le leader nazi Adolf Hitler dont il exalte le courage et la détermination, selon un article de la revue Persée qui cite l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, François Charles-Roux. En voici un extrait du propos élogieux de Pie XI de son vrai nom Ambrogio Damiano Achille Ratti : « J’ai modifié mon opinion sur Hitler à la suite du langage qu’il a tenu ces jours-ci sur le communisme. C’est la première fois, il faut bien le dire, que s’élève une voix de gouvernement pour dénoncer le bolchevisme en termes aussi catégoriques et se joindre à la voix du pape. » Pierre Billet – Revue Persée : Le cardinal Pacelli, secrétaire d’État de Pie XI (1996)   Persée https://www.persee.fr 

Mais alors il incombe à l’État d’Haïti d’assumer ses responsabilités d’État sur les plans moral, civil, politique et économique, afin d’éviter que ne se reproduisent les traitements racistes infligés à nos compatriotes. Car les causes exogènes sont généralement dépendantes des causes endogènes ; il ne faut pas s’illusionner ni s’alarmer quand le Caucasien historique nous traite de « négro » ou de « sale nègre », mais nous devons nous mettre en harmonie avec nous-mêmes, avec ce qui a été fait en 1804, la proclamation solennelle de l’Indépendance d’Haïti qui était la meilleure réponse que nous ayons donnée aux rhétoriques malsaines et au barbarisme des empires coloniaux de l’époque. Aux élites haïtiennes de se conformer aux leçons de l’histoire, de concevoir des plans stratégiques de développement durable en s’appuyant sur notre Agriculture nationale, un vaste domaine dans lequel nous avons, du point de vue historique, une expérience légendaire. Par le passé et par nos forces de travail, nous avons été capables de nourrir la bourgeoisie occidentale réunie. Même si c’était sous la contrainte permanente des colons européens français, dont le commerce extérieur était responsable de l’essor vertigineux de l’économie de l’Empire colonial français grâce au travail forcé imposé à nos Aïeux et nos ancêtres. En ce temps-là, le régime colonial était dispensé des coûts salariaux de la main-d’œuvre ; l’esclavage des Nègres était un puissant moteur d’accumulation pour l’économie capitaliste mondiale. 

Nous devons en effet recommencer l’expérience par nous-mêmes, pour nous-mêmes, pour nos enfants et petits-enfants. L’expérience montre que, dès la découverte de l’agriculture, les peuples quels qu’ils soient se consacrent d’abord au travail de la terre pour satisfaire leurs besoins vitaux et pour assurer leur survie matérielle, avant de s’occuper des activités intellectuelles, culturelles et spirituelles. Se nourrir, se loger et se vêtir sont essentiels à la vie humaine. L’erreur est humaine, mais nous devons aussi apprendre de nos erreurs et de nos fautes. Plaise donc aux classes dirigeantes de la nation de prendre les bonnes décisions qui construiront nos vies et celles de nos enfants. Tel est notre CQFD.