Dans la première partie de cette réflexion, nous avons établi un fait qui pourrait surprendre beaucoup d’Haïtiens : la dette publique du pays est aujourd’hui relativement faible. Selon le rapport du Fonds monétaire international publié en mai 2026, la dette totale du secteur public est projetée à environ 10,7 % du PIB pour l’exercice 2026, tandis que la dette publique extérieure ne représenterait qu’environ 1,1 % du PIB.[1]
Pris isolément, ces chiffres pourraient conduire à une conclusion séduisante ; « Puisque nous avons peu de dette, empruntons massivement pour reconstruire Haïti. » Après tout, pourquoi un pays qui manque de routes, d’électricité, d’irrigation, d’écoles, d’hôpitaux, de ports et d’infrastructures numériques devrait-il conserver une dette aussi faible ?
La question est légitime. Mais la réponse exige une distinction fondamentale : avoir peu de dette n’est pas la même chose qu’avoir une grande capacité d’endettement. Et c’est précisément ici que les discours électoraux risquent de devenir dangereux.
Pour comprendre la réflexion et les calculs, commençons avec 100 gourdes. Reprenons notre méthode simple. Imaginons que toute la production annuelle d’Haïti représente 100 gourdes. Avec une dette publique équivalant à environ 10,7 % du PIB, le pays aurait une dette correspondant à 10,70 gourdes pour 100 gourdes produites.
À première vue, cela semble très confortable. Supposons alors qu’un candidat annonce que « Nous allons emprunter l’équivalent de 20 % du PIB pour reconstruire le pays. » Si tout le reste demeurait inchangé, la dette passerait approximativement de 10,7 % à 30,7 % du PIB. Le candidat pourrait alors ajouter « Même après cet emprunt, notre dette resterait inférieure à celle de nombreux pays. »
Mathématiquement, il n’aurait pas nécessairement tort. Économiquement, cependant, son raisonnement serait incomplet. Car une dette ne se rembourse pas avec un pourcentage. Elle se rembourse avec des recettes publiques et, lorsqu’elle est extérieure, avec des devises.
Deux personnes peuvent avoir la même dette et des capacités de remboursement complètement différentes. Prenons deux personnes. Jean doit 10 000 dollars et gagne 100 000 dollars par année. Paul doit également 10 000 dollars, mais gagne seulement 15 000 dollars par année. Les deux ont exactement la même dette. Pourtant, leur situation financière n’est évidemment pas la même. Pour Jean, 10 000 ÷ 100 000 = 10 % de son revenu annuel. Et, pour Paul 10 000 ÷ 15 000 = 66,7 % de son revenu annuel.
Voilà pourquoi les économistes ne regardent jamais uniquement le montant de la dette. Ils regardent aussi la production, les recettes de l’État, les exportations, les réserves internationales, les taux d’intérêt, la durée des prêts et surtout la capacité future de remboursement.
Le paradoxe haïtien
Le FMI et la Banque mondiale classent actuellement la capacité d’endettement d’Haïti comme “faible”.[2] Pour cette catégorie de pays, le cadre conjoint FMI-Banque mondiale utilise notamment les seuils indicatifs suivants : valeur actualisée de la dette extérieure / PIB : 30 %; valeur actualisée de la dette extérieure / exportations : 140 %; service de la dette extérieure / exportations : 10 %; service de la dette extérieure / recettes publiques : 14 %; et un repère de 35 % du PIB pour la valeur actualisée de la dette publique totale.[2]
Attention ! Ces nombres ne sont pas des autorisations d’emprunter jusqu’à la limite. Ce sont des seuils d’analyse du risque. Dire que « le benchmark est 35 %, nous sommes autour de 10 %, donc nous pouvons emprunter automatiquement 25 % du PIB » serait une mauvaise utilisation de ces chiffres. Pourquoi ? Parce que le PIB n’est pas le compte bancaire de l’État. Voilà une confusion fréquente. Le PIB mesure approximativement la valeur de ce que produit l’économie. Mais le gouvernement ne possède pas tout le PIB.
Supposons encore une économie de 100 gourdes. L’économie produit 100. Mais si l’État n’arrive à collecter qu’une petite fraction de ces 100 gourdes sous forme d’impôts, taxes et autres recettes, il ne dispose pas de 100 gourdes pour payer ses dépenses et ses créanciers. C’est pourquoi un pays peut présenter un ratio dette/PIB relativement faible tout en ayant une capacité budgétaire très limitée.
Le FMI insiste précisément sur l’étroitesse de la base de recettes publiques haïtiennes et sur la nécessité d’améliorer la mobilisation des recettes pour préserver la soutenabilité de la dette.[3] Ainsi, lorsqu’un candidat dit que « notre PIB est de plusieurs dizaines de milliards de dollars, nous pouvons donc emprunter plusieurs milliards », la première question à lui poser devrait être : « Combien l’État collecte-t-il réellement chaque année pour servir cette dette ? »
Pour la dette extérieure, il existe une deuxième contrainte qui est de trouver les dollars. Imaginons maintenant qu’Haïti emprunte 1 milliard de dollars à l’étranger. Le pays reçoit des dollars aujourd’hui. Mais demain, il devra rembourser par une addition simple : le principal + les intérêts dans une monnaie acceptable par le créancier.
L’État haïtien peut collecter des gourdes. Il ne peut pas créer des dollars. D’où viennent donc les devises d’une économie ? Notamment des exportations; des investissements étrangers; des transferts de la diaspora; de l’aide internationale; du tourisme et d’autres services exportés. C’est ici que la faiblesse actuelle de l’économie haïtienne devient déterminante.
Le FMI considère justement que la base d’exportation d’Haïti est devenue tellement étroite que certains indicateurs de dette liés aux exportations franchissent leurs seuils de risque dans les projections de long terme.[4]
Voici le chiffre qui devrait inquiéter davantage que le ratio dette/PIB. Dans l’analyse de soutenabilité publiée fin 2025, le FMI et la Banque mondiale projettent que le ratio : valeur actualisée de la dette extérieure / exportations passerait d’environ 68,4 % en 2025 à 142,2 % en 2028.[4] Le seuil indicatif correspondant à la faible capacité d’endettement d’Haïti est de 140 %.
Autrement dit, le problème n’est pas nécessairement que le pays aurait énormément de dette. Le problème est que ses exportations sont tellement faibles que même une dette extérieure relativement modeste peut devenir lourde par rapport aux dollars générés par l’économie. C’est une différence fondamentale.
Le service de la dette raconte la même histoire. Regardons maintenant non pas le stock de dette, mais ce qu’il faut payer chaque année. Le FMI projette que le ratio service de la dette extérieure / exportations passerait d’environ 4,8 % en 2025 à 10,9 % en 2028.[4] Or le seuil indicatif pour un pays à faible capacité d’endettement est de 10 %. Cela signifie que, selon cette projection, pour 100 dollars d’exportations, plus de 10 dollars pourraient être absorbés par le service de la dette extérieure. Et cela alors même que le stock de dette publique resterait relativement faible. Voilà le paradoxe.
Pourquoi le FMI peut-il dire simultanément « dette soutenable » et « risque élevé » ?
Ces deux expressions semblent contradictoires. Elles ne le sont pas. Le FMI et la Banque mondiale concluent actuellement que la dette publique haïtienne est soutenable dans le scénario de référence; mais le risque de surendettement extérieur est élevé; et le risque global de surendettement est élevé.[5] Pourquoi ?
Parce que la soutenabilité décrit la trajectoire centrale envisagée si certaines conditions se réalisent. Le risque demande « Que se passe-t-il si les choses tournent mal ? » Et en Haïti, beaucoup de choses peuvent tourner mal.
Faisons un test très concret. Le FMI a simulé plusieurs chocs. Prenons une catastrophe naturelle importante. Selon son analyse, un tel choc pourrait faire franchir au ratio dette extérieure/exportations son seuil indicatif dès 2026.[6] Pourquoi ?
Parce qu’un cyclone ou un séisme peut simultanément détruire des infrastructures; réduire la production; faire diminuer les exportations; augmenter les dépenses publiques; obliger l’État à emprunter davantage. Le numérateur (la dette) augmente pendant que le dénominateur (les exportations) diminue, le ratio peut donc exploser très rapidement.
La diaspora entre aussi dans l’équation. Les transferts de la diaspora constituent un amortisseur essentiel de l’économie haïtienne. Ils apportent des devises, soutiennent la consommation et contribuent indirectement à la stabilité de la balance des paiements. Le FMI teste donc également ce qui arriverait en cas de diminution importante des transferts; des dons internationaux; ou des investissements directs étrangers.
Dans ces scénarios, les indicateurs de dette extérieure se détériorent rapidement.[6] Un autre scénario défavorable publié par le FMI illustre l’ampleur du problème expliquant qu’une baisse de 10 % des exportations, de 10 % des transferts de fonds et de 50 % des dons officiels, par rapport au scénario de référence, créerait un besoin de balance des paiements estimé à environ 568 millions de dollars soit 1,4 % du PIB.[7] Un choc de quelques mois peut donc absorber rapidement une partie de la marge que semblait offrir le faible ratio dette/PIB.
Cela signifie-t-il qu’Haïti ne devrait plus emprunter ? Non. Ce serait tirer exactement la mauvaise conclusion. Un pays qui manque autant d’infrastructures que le nôtre peut avoir de très bonnes raisons d’emprunter. La question n’est pas « Dette ou pas dette ? » La vraie question est « Quelle dette, à quelles conditions, pour financer quoi, et comment sera-t-elle remboursée ? » Voilà le débat économique que nous devrions avoir.
Toutes les dettes ne se valent pas, et la comparaison de deux emprunts hypothétiques de 500 millions de dollars en offre une illustration frappante. Le premier (Emprunt A) est contracté à un taux concessionnel de 1 % sur une durée de 40 ans, assorti de plusieurs années de grâce et destiné à financer des infrastructures structurantes comme l'énergie, l'irrigation, les ports et le réseau routier. Le second (Emprunt B), en revanche, affiche un taux d'intérêt de 10 % remboursable en seulement 5 ans pour couvrir de simples dépenses courantes. Bien que le montant facial soit rigoureusement identique, leur nature économique diffère du tout au tout : là où le premier constitue un investissement productif dont la rentabilité à long terme et les conditions de remboursement légères renforcent la souveraineté financière, le second s'apparente à une charge étouffante qui détruit la valeur et fragilise durablement les finances de l'emprunteur.
À titre purement pédagogique, considérons uniquement les intérêts annuels simples calculés sur le montant initial. À un taux de 1 %, un emprunt de 500 millions de dollars génère 5 millions par an, tandis qu’à 10 %, il produit 50 millions par an. L’écart est donc de 45 millions de dollars chaque année. Et cela sans même tenir compte des différences de maturité, d’amortissement, de période de grâce ou de structure contractuelle. Ainsi, annoncer simplement : « Nous allons emprunter 500 millions » ne nous apprend presque rien. Pour comprendre la véritable portée économique d’une dette, il faut impérativement connaître ses conditions financières, maitriser les véritables enjeux de souveraineté et comment l’Etat va transformer chaque dollar engagé en un actif capable de multiplier le produit intérieur brut.
Une règle extrêmement simple pourrait protéger les générations futures. Haïti pourrait adopter ce que l’on appelle en finances publiques une règle d’or budgétaire adaptée à sa situation. L’endettement à long terme doit principalement financer l’investissement à long terme, et non les dépenses courantes permanentes. Autrement dit les dettes longues doivent nécessairement tendre vers des actifs durables. Une route qui servira pendant trente ans peut justifier un financement de longue durée. On peut appliquer cette assertion à une centrale électrique ou un système d’irrigation. Par contre, emprunter sur trente ans pour payer des dépenses qui disparaissent cette année revient à demander aux enfants de demain de payer la consommation d’aujourd’hui.
Prenons maintenant la proposition électorale cette du candidat qui va emprunter 10 milliards de dollars. Par pure fiction, imaginons qu’un candidat fasse cette promesse. Ne répondons ni oui ni non. Prenons une calculatrice. Prenons le rapport du FMI de mai 2026 projetant le PIB nominal haïtien de l’exercice 2026 à environ 5 143 milliards de gourdes.[1] Supposons, uniquement pour comprendre l’ordre de grandeur, que les 10 milliards de dollars représentent autour d’un quart du PIB annuel selon le taux de change utilisé. Ajoutés rapidement à une dette représentant déjà environ 10,7 % du PIB, ils pourraient faire bondir le ratio de dette vers un ordre de grandeur proche de 35 % du PIB ou davantage. Or 35 % correspond précisément au benchmark de valeur actualisée de dette publique utilisé pour les pays classés à faible capacité d’endettement.[2]
Attention ! Ce calcul est volontairement simplifié. Un véritable DSA devrait intégrer le taux de change, les décaissements année par année, la concessionnalité (préférentialité), la valeur actualisée, la croissance du PIB et les remboursements. Mais il montre quelque chose d’essentiel, « 10 milliards » n’est pas un slogan anodin. À l’échelle de l’économie haïtienne, c’est une transformation complète du bilan souverain.
Et emprunter auprès de la BRH (Dette interne)?
Un autre candidat pourrait éviter le mot « dette extérieure » et proposer : « Nous financerons nous-mêmes notre développement. La BRH peut avancer l’argent à l’État. » Là encore, attention ! Une banque centrale peut créer de la monnaie nationale. Mais elle ne peut pas créer du pétrole; des machines; du ciment importé; des équipements médicaux étrangers; des turbines; des dollars.
Si l’État crée énormément de gourdes alors que la quantité de biens disponibles n’augmente pas au même rythme, davantage de monnaie poursuit une quantité limitée de produits. Les risques deviennent inflation; pression sur le dollar; dépréciation de la gourde; perte de pouvoir d’achat. Le FMI avertit encore en 2026 que le financement monétaire temporaire et certaines opérations quasi budgétaires peuvent créer des passifs implicites à travers la Banque centrale.[8] Financer l’État par la planche à billets n’abolit donc pas le coût. Cela peut simplement déplacer ce coût vers les citoyens à travers les prix et le taux de change.
La bonne stratégie n’est donc ni « zéro dette » ni « empruntons tout ce que nous pouvons ». Les deux slogans sont mauvais. « Zéro dette » peut condamner un pays extrêmement pauvre en infrastructures à attendre des décennies avant de construire ce dont il a besoin. En revanche, « Empruntons massivement » peut reconstruire le piège dont Haïti vient justement de sortir. Il existe une troisième voie qui est l’endettement productif, concessionnel, transparent et proportionné à la capacité de remboursement.
Cinq règles simples pour une doctrine haïtienne de la dette
Avant tout nouvel emprunt souverain important, cinq questions devraient recevoir une réponse publique.
1.Quel actif précis sera construit ? (Pas « développement ». Pas « reconstruction ». Quel projet ?)
2.Combien coûtera réellement le financement ? (Taux d’intérêt – Maturité - Période de grâce – Devise - Calendrier de remboursement.)
3.Quelle nouvelle production l’investissement créera-t-il ?( Combien de mégawatts ? Combien d’hectares irrigués ? Combien de tonnes exportables ? Combien d’entreprises desservies ? Combien de réduction du coût logistique ?)
4.D’où viendront les ressources du remboursement ? (Recettes fiscales supplémentaires ? Exportations ? Revenus du projet ? Économies budgétaires ?)
5.Où le citoyen pourra-t-il suivre l’argent ? (Contrat – Décaissements - Entreprises bénéficiaires - Avancement physique - Coût final - Résultats.)
Un État qui ne peut pas répondre publiquement à ces cinq questions ne devrait probablement pas signer l’emprunt.
Et voici le piège ultime
Certains prennent du malin plaisir de comparer Haïti aux États-Unis, à la France ou au Japon. On entend souvent « Tel pays possède une dette supérieure à 100 % de son PIB. Pourquoi Haïti devrait-elle avoir peur de 30 % ? » Parce que 30 % de dette n’a pas la même signification dans toutes les économies.
Le cadre FMI-Banque mondiale le reconnaît explicitement. Pour un pays à faible capacité d’endettement, le benchmark de valeur actualisée de la dette publique est 35 % du PIB. Pour une capacité moyenne il est 55 % et 70% pour une capacité forte.[2] Pourquoi cette différence ?
Parce que la capacité d’un pays à porter sa dette dépend de la qualité de ses institutions, de ses perspectives économiques, de ses réserves, de ses exportations, de ses recettes et d’autres fondamentaux. Comparer seulement les ratios dette/PIB revient donc à comparer deux personnes uniquement par le montant de leur hypothèque sans regarder leurs revenus.
La véritable richesse d’Haïti aujourd’hui est une fenêtre, pas un chèque en blanc. Voilà peut-être la conclusion la plus importante des deux articles (Premier article[9]). Après les allégements de 2010, Haïti avait obtenu une première fenêtre. La dette s’est ensuite reconstruite. PetroCaribe est devenu le principal élément de la dette extérieure. Les avances de la BRH ont parallèlement fait grossir la dette intérieure. Puis l’accord avec le Venezuela a provoqué une deuxième réduction spectaculaire de l’endettement extérieur. Nous voici donc en 2026 avec une situation inhabituelle :
- dette publique projetée : environ 10,7 % du PIB;
- dette extérieure : environ 1,1 % du PIB.[1]
C’est une opportunité. Mais ce n’est pas un chèque en blanc. Le FMI prévoit d’ailleurs lui-même une reprise progressive de l’endettement extérieur concessionnel à partir des prochaines années pour accompagner les investissements nécessaires à la reconstruction.[4]
Dans son scénario, la dette extérieure remonterait progressivement pour atteindre environ 10,7 % du PIB en 2035, tandis que la dette publique totale suivrait une trajectoire graduelle compatible avec des investissements de reconstruction.[4] Le problème n’est donc pas d’emprunter. Le problème est de ne pas répéter l’histoire.
Le prochain candidat qui promet des milliards doit apporter une calculatrice. Nous devrions arriver à un niveau de maturité démocratique où annoncer « Je vais investir 5 milliards de dollars » provoque immédiatement cinq autres questions. D’où viendront-ils ? À quel taux ? Sur combien d’années ? Dans quels actifs ? Avec quelle source de remboursement ?
Le candidat qui ne peut pas répondre ne présente pas encore un programme économique. Il présente une intention. Et lorsqu’il propose de financer la promesse par la BRH, il doit également expliquer l’impact attendu sur la masse monétaire; l’inflation; le taux de change; les réserves internationales.
La dette doit laisser quelque chose derrière elle. Haïti n’a pas besoin d’avoir peur du mot dette. Elle doit avoir peur de la dette qui ne produit rien. Une génération peut légitimement emprunter pour construire une infrastructure dont plusieurs générations bénéficieront. Mais elle n’a pas le droit moral d’endetter celles qui suivent pour financer ce qu’elle consomme aujourd’hui sans leur laisser de patrimoine productif.
Voilà pourquoi notre règle nationale pourrait être extrêmement simple. Chaque dollar emprunté doit avoir une adresse, une centrale, une route, un système d’irrigation, un port, une école technique, un réseau numérique, une infrastructure d’eau, un actif identifiable, mesurable et auditable. Et une deuxième règle devrait l’accompagner. Chaque dollar emprunté à l’étranger doit contribuer, directement ou indirectement, à renforcer la capacité future du pays à générer des dollars. Et nous savons déjà pour générer des dollars, il faut produire davantage, exporter davantage, réduire certaines importations stratégiques, attirer l’investissement, accroître les recettes publiques. Voilà la différence entre s’endetter pour survivre et s’endetter pour construire.
La dette publique d’Haïti est aujourd’hui faible. La capacité d’endettement d’Haïti, elle, reste faible. Ces deux affirmations sont simultanément vraies. Et quiconque aspire à gouverner le pays devrait être capable d’expliquer pourquoi.
Références |notes
1. Dette publique et situation macroéconomique en 2026. Fonds monétaire international (FMI), Haiti: Third Review under the Staff-Monitored Program and Request for Extension, IMF Country Report No. 26/107, Washington, D.C., mai 2026.
2. Capacité d’endettement et seuils applicables à Haïti. Fonds monétaire international (FMI) et Association internationale de développement/Banque mondiale, Haiti: Debt Sustainability Analysis, annexé au IMF Country Report No. 25/337, décembre 2025.
3. Faiblesse des recettes et capacité budgétaire. Fonds monétaire international (FMI), Haiti: Second Review Under the Staff-Monitored Program and Request for Extension, IMF Country Report No. 25/337, Washington, D.C., décembre 2025.
4. Dette extérieure, exportations et reprise future des emprunts concessionnels. FMI-Banque mondiale, Haiti: Debt Sustainability Analysis, IMF Country Report No. 25/337, décembre 2025.
5. « Dette soutenable » mais « risque élevé ». FMI-Banque mondiale, Haiti: Debt Sustainability Analysis, IMF Country Report No. 25/337, décembre 2025.
6. Vulnérabilité aux catastrophes et aux chocs extérieurs. Ibid. Les tests de résistance montrent notamment qu’un choc de catastrophe naturelle ferait franchir au ratio de valeur actualisée de la dette extérieure/exportations le seuil de 140 % dès FY2026.
7. Exemple d’un scénario externe défavorable. FMI, Haiti: Second Review Under the Staff-Monitored Program and Request for Extension, IMF Country Report No. 25/337, annexe III.
8. Financement monétaire et passifs de la Banque centrale. FMI, Haiti: Third Review under the Staff-Monitored Program and Request for Extension, IMF Country Report No. 26/107, mai 2026.
9. La dette d’Haïti de 2010 à aujourd’hui expliquée sans jargon, Dacely Bertrand, Le Nouvelliste Haiti, 07 sept. 2026.
Dacely Bertrand
Ingénieur TELECOM | Maîtrise en IT
Professeur, University of the People (California)
Professeur, American University of the Caribbean (Les Cayes)
