Haïti a assez attendu : il est temps de rendre le pouvoir au peuple

Depuis plus de cinq ans, Haïti vit dans l’incertitude.

Par Dixie Band Thelusmond
21 sept. 2026 — Lecture : 3 min.
Haïti a assez attendu : il est temps de rendre le pouvoir au peuple

File d'électeurs dans un centre de vote

Depuis plus de cinq ans, Haïti vit dans l’incertitude. Incertitude politique, institutionnelle et sécuritaire. Pendant que les crises se succèdent, les institutions s’affaiblissent, l’État recule et la population continue de subir les conséquences d’une situation politique qui n’en finit plus.

Il faut maintenant avoir le courage de poser une question simple, mais fondamentale : jusqu’à quand allons-nous attendre ? 

La réponse devrait être tout aussi simple : Haïti doit organiser des élections. 

Pas lorsque toutes les difficultés auront disparu. Pas lorsque le pays sera devenu parfaitement sûr, car personne ne peut dire quand cela arrivera. Mais maintenant, partout où il est concrètement possible de voter. 

Bien entendu, certaines communes se trouvent aujourd’hui dans une situation qui rend l’organisation d’élections extrêmement difficile, voire impossible. C’est notamment le cas de Carrefour, Gressier, Kenscoff, Cabaret, Cornillon/Grand-Bois, Croix-des-Bouquets, Fonds-Verrettes, Ganthier, Thomazeau, Port-au-Prince, Grande-Saline, La Chapelle, Liancourt, Marchand-Dessalines, Montrouis, Petite-Rivière de l’Artibonite, Verrettes, Mirebalais et Saut-d’Eau qui connaissent des conditions sécuritaires particulièrement préoccupantes. 

L’impossibilité d’organiser des élections dans certaines zones ne doit pas devenir une justification pour empêcher au pays de renouer avec la démocratie. Là où les conditions le permettent, il faut voter. Là où elles ne le permettent pas encore, il faut travailler sans relâche à les réunir. C’est une approche pragmatique, mais surtout une nécessité démocratique. 

Dans un pays confronté à une crise aussi profonde, attendre des conditions parfaites pourrait signifier attendre encore plusieurs années. Et Haïti n’a plus ce temps. 

La transition politique a une raison d’être : préparer le retour à l'ordre constitutionnel. Elle ne peut pas devenir une nouvelle manière permanente de gouverner. Après plus de cinq années de crise institutionnelle et de transition, le pays doit maintenant franchir une nouvelle étape. 

Haïti traverse aujourd’hui une crise sécuritaire majeure. Mais la lutte contre l’insécurité ne peut pas être dissociée de la question de la légitimité politique. 

Un gouvernement issu d’élections crédibles disposerait d’un mandat populaire. Il serait mieux placé pour mobiliser l’appui de la communauté internationale, renforcer les institutions nationales de sécurité, restaurer progressivement l’autorité de l’État et reprendre le contrôle des territoires abandonnés aux groupes armés. 

Il pourrait également engager les réformes dont le pays a besoin dans les domaines de la justice, de l’administration publique, de l’économie et des institutions. 

Il est temps que les élections cessent d’être considérées uniquement comme une question de calendrier politique ou de stratégie partisane. Tous les acteurs doivent prendre leurs responsabilités : partis politiques, société civile, secteur privé, organisations religieuses, médias, organisations communautaires et diaspora. 

Ceux qui affirment vouloir sauver Haïti doivent être prêts à se soumettre au verdict des urnes. Ceux qui souhaitent diriger le pays doivent accepter de se présenter devant les électeurs. Et ceux qui contestent les résultats doivent être prêts à utiliser les mécanismes institutionnels prévus par la loi, plutôt que de recourir à la violence ou à la rue comme moyen de régler les différends politiques. 

Mais pour que les élections soient crédibles, il faut aussi créer un véritable climat de confiance. Le gouvernement, le Conseil électoral provisoire, les partis politiques, la société civile et les autres acteurs concernés doivent travailler ensemble pour garantir un processus aussi transparent, inclusif et crédible que possible. 

La communauté internationale ne peut pas rester spectatrice de la crise haïtienne. Elle doit accompagner les autorités haïtiennes et le Conseil électoral provisoire sur les plans technique, logistique, financier et sécuritaire afin de faciliter l’organisation d’élections crédibles. Mais cet accompagnement doit avoir un objectif clair : aider les Haïtiens à exercer leur souveraineté, et non choisir à leur place. 

Le soutien international doit contribuer au renforcement des capacités nationales et à la création des conditions nécessaires au fonctionnement durable des institutions haïtiennes. Haïti ne peut pas rester indéfiniment enfermée dans une transition dont la fin semble toujours repoussée.

Nous devons accepter une réalité : il n’existera probablement jamais de moment parfait pour organiser des élections en Haïti. Il faudra donc faire preuve de courage politique, évaluer honnêtement les risques, adapter le processus aux réalités du terrain et avancer là où cela est possible. 

Là où les élections sont impossibles aujourd’hui, le travail doit continuer pour qu’elles deviennent possibles demain. Mais là où elles sont possibles, il n’y a plus de raison de continuer à attendre. Le peuple haïtien a suffisamment attendu. Il est temps de lui rendre la parole. Le pouvoir doit retourner aux urnes. Et les urnes doivent retourner au peuple. 

 Dixie Band Thelusmond

Juriste & Communicateur dixiebthe@gmail.com