Choisir la démocratie : en finir avec la transition comme régime du chaos

On peut certainement formuler de nombreuses critiques à l’égard de la démocratie comme régime politique.

Par Mathias Pierre Ingénieur
17 sept. 2026 — Lecture : 3 min.
Choisir la démocratie : en finir avec la transition comme régime du chaos

Statue de Toussaint Louverture devant le Palais National

On peut certainement formuler de nombreuses critiques à l’égard de la démocratie comme régime politique. Mais il faut surtout reconnaître qu’il n’existe pas un modèle démocratique universel, applicable mécaniquement à toutes les sociétés.

La démocratie américaine est profondément liée à l’histoire, à la culture politique et aux institutions des États-Unis. Le modèle de la Ve République française repose, lui aussi, sur un équilibre institutionnel particulier, façonné par l’histoire politique de la France. Quant aux démocraties parlementaires, inspirées notamment du modèle britannique, elles se sont largement répandues et adaptées à des réalités nationales très diverses.

Chaque peuple doit donc construire une démocratie qui corresponde à son histoire, à sa culture, à ses mœurs et à ses réalités institutionnelles.

En Haïti, une conclusion s’impose cependant : la transition, devenue presque un mode de gouvernement à l’haïtienne, est un échec. Elle n’a pas permis de produire la stabilité politique, la légitimité institutionnelle et le retour durable à l’ordre constitutionnel qu’elle était censée préparer. Au contraire, la répétition des transitions a contribué à installer le provisoire dans la durée et à fragiliser davantage les institutions.

Or, sans stabilité politique, il est extrêmement difficile de construire dans la durée, d’attirer les investissements, de créer de la richesse et d’engager véritablement le pays sur la voie du développement et de la croissance. La stabilité ne constitue pas à elle seule le développement, mais elle en crée les conditions essentielles.

On peut donc débattre du modèle démocratique dont Haïti a besoin. On peut discuter de ses institutions, de l’équilibre des pouvoirs et des limites mêmes de la démocratie. Mais entre la perpétuation des transitions et la construction d’institutions démocratiques stables, le choix doit être celui de rechercher la stabilité, le développement et la croissance dans un cadre démocratique.

La véritable question n’est donc peut-être plus : « La démocratie convient-elle à Haïti ? », mais plutôt : « Quelle démocratie devons-nous construire pour qu’elle fonctionne durablement en Haïti ? »

La réponse passe d’abord par une décision essentielle : donner enfin une véritable chance à la démocratie proposée par la Constitution de 1987 et la Constitution de 1987 amendée, en permettant à ses institutions de fonctionner dans la durée plutôt que de les interrompre périodiquement par des transitions.

L’histoire des démocraties montre également que leur consolidation repose généralement sur la capacité des élites politiques, économiques et sociales à parvenir à des compromis fondamentaux sur les règles du jeu, à prendre conscience de leur intérêt commun à vivre dans la stabilité et, surtout, à intégrer progressivement les masses à la vie politique, économique et sociale.

La démocratie ne peut cependant se réduire à un arrangement entre élites. Le consensus au sommet doit se transformer en un véritable pacte national, capable d’intégrer les masses, d’élargir les opportunités, de favoriser la mobilité sociale et économique et de permettre au plus grand nombre de devenir acteur du développement national. La stabilité devient alors non pas la protection d’un ordre établi au bénéfice de quelques-uns, mais le socle d’une société dans laquelle chacun peut trouver sa place et espérer progresser.

C’est dans cette perspective que nous devons travailler à l’élaboration d’un Pacte socio-économique de développement pour la stabilité et la croissance (PSEDSC). Il doit permettre aux différentes composantes de la nation de rechercher les consensus fondamentaux nécessaires à la stabilité, au développement et à la croissance, tout en préparant progressivement l’évolution de notre système politique vers une démocratie davantage adaptée à nos mœurs, à notre culture, à notre histoire et aux réalités propres de la société haïtienne.

Il ne s’agit donc pas de renoncer à la démocratie ni de repartir continuellement de zéro. Il s’agit de cesser de faire de la transition un mode de gouvernement, donner enfin sa chance à la démocratie, rechercher par elle la stabilité nécessaire au développement et à la croissance et, parallèlement, travailler à construire une démocratie qui nous ressemble.

Haïti a suffisamment expérimenté la transition. Il est temps de donner sa chance à la démocratie.