Les informations qui nous parviennent de différentes régions du monde paraissent révélatrices d’une situation climatique de plus en plus préoccupante, au point de faire craindre, à terme, une véritable crise humanitaire et environnementale. Le cas d'Haïti doit nous interpeller. Il se présente d'après l'Unité Hydrométéorologique d'Haïti (UHH-Haïti), comme suit :
– à la mi-août 2026, les températures dans l'aire métropolitaine de Port-au-Prince varient entre 23⁰ C et 38⁰ C;
– au 15 septembre 2026, elles oscillent pour la même région entre 34⁰ C à 38⁰ C et de 20⁰ C à 26⁰ C. Donc, il y a lieu de s'inquiéter; car en août-septembre 2025 pour la même zone d'après UHM-Haïti, elles étaient comprises entre 31⁰ C et 35⁰ C; soit une escalade de 3⁰ C.
Depuis plusieurs années déjà, les scientifiques spécialisés dans les questions climatiques ne cessent d’alerter sur les conséquences du réchauffement de la planète. À l’approche de chaque nouvel été, leurs mises en garde se font davantage pressantes : il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) – CO2, CH4, N2O, vapeur d'eau et gaz fluorés qui empêchent une partie de la chaleur de répartir dans l'espace – et agir rapidement pour limiter les conséquences du dérèglement climatique.
Certaines activités industrielles, notamment celles qui reposent fortement sur les énergies fossiles – le pétrole, le gaz naturel et le charbon qui proviennent de la décomposition lente de manière organique animale et végétale –, sont parmi les principales sources de ces émissions. Leurs conséquences ne se limitent toutefois pas aux régions où elles sont produites. Le réchauffement climatique entraîne un véritable effet domino : élévation du niveau des mers, fonte des glaciers et des calottes glaciaires, risque de disparition sous les eaux des îlets, voire de certaines îles, multiplication ou aggravation de certains incendies de forêt (Amazonie au Brésil par exemple), perturbations agricoles (monnaie courante en Haïti), bouleversements des écosystèmes, menaces sur la faune et la flore et, dans certaines circonstances, augmentation de la mortalité liée aux événements climatiques extrêmes.
L’été 2026 semble, à plusieurs endroits du globe, avoir confirmé ces inquiétudes. Les mois d’août et de septembre 2026 ont été marqués par des températures particulièrement élevées dans plusieurs régions. Haïti n’a pas échappé à cette chaleur accablante. Dans ma résidence, à Lathan, où j'ai vécu au lendemain du séisme meurtrier du 12 janvier 2010, j’ai moi-même constaté une atmosphère qui donnait parfois l’impression de vivre dans une véritable fournaise, notamment au cours du mois d’août et de la première quinzaine de septembre 2026. N'en parlons pas de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince dans l'intervalle de midi à 14h. Mais face à cette situation, une question mérite d’être posée : quelle est la part de responsabilité d’un pays comme Haïti dans le dérèglement climatique ?
Beaucoup de nos compatriotes pourraient répondre qu’Haïti n’est pas un grand pays industriel et qu’elle ne peut donc être considérée comme un important pollueur à l’échelle mondiale. Ce raisonnement me paraît compréhensible, mais il ne doit pas nous dédouaner de toute responsabilité.
La Terre étant un tout, les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites dans une région s’inscrivent dans un phénomène climatique qui dépasse largement les frontières nationales. Haïti contribue certes beaucoup moins aux émissions mondiales que les grandes puissances industrielles, mais cela ne signifie pas que nous n’avons aucune responsabilité dans notre propre environnement.
Prenons un exemple malheureusement qu'on connait dans nos habitudes : la combustion en veux-tu, en voilà des pneus ou de la matière plastique, deux dérivés du pétrole et du gaz naturel.
Brûler un pneu n’est pas un geste anodin. Cette pratique libère dans l’atmosphère diverses substances polluantes et toxiques, en plus des émissions qui contribuent au dérèglement climatique. Or, en Haïti, la combustion de la matière plastique, en général et des pneus, en particulier, a une histoire qui remonte à plusieurs décennies. Elle a notamment été utilisée comme moyen de contestation politique dès les années 1980, dans un contexte de lutte contre le régime de Jean-Claude Duvalier. Depuis lors, malgré les changements politiques successifs, cette pratique est demeurée présente dans certaines formes de mobilisation et de protestation.
Quarante ans plus tard, ce phénomène demeure préoccupant. Combien de milliers, voire de millions de pneus ou de tonnes de matière plastique ou de tout autre ont été brûlés au cours de ces décennies ? Combien de substances toxiques ont ainsi été libérées dans l'air ? Quelles conséquences cela a-t-il eues sur la santé des populations vivant à proximité de ces foyers de combustion ? Autant de questions auxquelles il faudrait apporter des réponses scientifiques précises.
Il serait cependant dangereux d'attribuer directement à la combustion des pneus et corollaires l'ensemble des maladies ou des décès observés dans le pays sans disposer d'études épidémiologiques permettant d'établir un lien de causalité. Mais le principe de précaution devrait nous conduire à prendre très au sérieux les effets de cette pratique sur la qualité de l'air et la santé publique. C'est précisément dans ce carrefour qu'on aurait aimé rencontrer nos scientifiques du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), ceux des ministres de l'Environnement et de l'Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT). À contrario, nous disons : « chapeau à Ayibo Post » pour ses efforts de recherche et ses publication dans l'intérêt des 8 milliards de voisins pour répéter RFI.
En effet, la question climatique ne doit donc pas être perçue uniquement comme un problème des grands pays industrialisés. Elle concerne également nos comportements quotidiens et nos choix collectifs : brûlage des déchets, déforestation, production et mauvaise gestion des déchets, pollution des cours d'eau, utilisation irrationnelle de certaines ressources et absence d'infrastructures adaptées.
Ce constat est précisément à l'origine de ce texte
Après avoir passé le mois d'août et la première quinzaine de septembre 2026, j'ai été sauvagement frappé par cette chaleur qui semblait envelopper sinon le pays tout entier mais l'aire métropolitaine de Port-au-Prince. Cette impression était d'autant plus saisissante qu'elle coïncidait avec la reprise des activités scolaires et la rentrée de nombreuses familles dans leur routine quotidienne. Il en résulte que cette situation pourrait Impacter considérablement le rendement scolaire des apprenants, tous niveaux confondus, dès la première étape de septembre– octobre 2026.
Il ne s'agit pas simplement de se plaindre de la chaleur. Il s'agit de nous interroger
Que pouvons-nous faire, individuellement et collectivement, pour préserver notre environnement ? Que devons-nous changer dans nos habitudes ? Comment sensibiliser davantage les jeunes générations ? Et surtout, comment faire comprendre que la protection de l'environnement n'est pas un luxe réservé aux pays riches, mais une nécessité pour la survie de tous ?
La canicule de 2026 doit peut-être considérée comme un signal d'alarme. Elle nous rappelle que le climat change et que personne ne peut se considérer totalement étranger à ce phénomène.
Chaque geste compte. Chaque arbre préservé compte. Chaque déchet correctement éliminé compte. Chaque pneu qui n'est pas brûlé compte.
La planète étant notre maison commune, la protéger n'est donc pas la responsabilité des seuls scientifiques, des gouvernements ou des grandes industries. C'est aussi la responsabilité de chacun d'entre nous, y compris de chaque Haïtien. Donc, c'est une responsabilité citoyenne à laquelle on doit s'atteler.
À cet effet, il serait intéressant que les notions de l'environnement et de climat intègrent résolument le curriculum de l'école haïtienne et qu'elles deviennent désormais des matières non chichement abordées mais régulièrement et très largement enseignées à tous les niveaux de l'école classique au même titre que les mathématiques, la physique, la chimie et autres. Et, c'est à ce moment et à moment seulement que la contribution d'Haïti et de ses fils en faveur d'une planète plus vivable, plus sécuritaire et plus clémente devienne appréciable.
