Ce weekend du dimanche 22 au 24 août 2026, la Commune de KENSKOFF a vécu une nuit de terreur inscrite dans l'une de nos épisodes de massacres les plus cruels des quarante (40) dernières années en Haïti.
Près d'une centaine de personnes ont été assassinées et de nombreuses autres portées disparues. Sans oublier les biens incendiés et les animaux, chats, chiens et chevaux, massacrés.
Il faut préciser que ce massacre de Kenskoff a été bel et bien annoncé par un certain chef de gang sans masque ou sans cagoule, il y a deux (2) mois de cela, sur les réseaux sociaux.
Durant cette tragique période de silence de l'État, d'interventions dans la presse traditionnelle, de longues détresses des uns et des autres, la ville de KENSKOFF et ses milieux environnants sont restés sans cesse en alerte rouge, mais toujours impuissants face aux menaces des gangs. Ces derniers n'ont pas cessé pourtant de fourbir leurs armes et de finaliser leur plan macabre.
Et comme dans cette « Chronique d'une mort annoncée » de L'écrivain et Prix Nobel Colombien, Gabriel Garcia Marquez, le massacre annoncé, a bel et bien eu lieu dans la nuit du dimanche 24 août 2026.
Comme de fait, au lendemain de sa réalisation magistrale, le dimanche 24 août 2026, le massacre de Kenskoff qui fait couler beaucoup d'encre, a été pourtant revendiqué comme chez toutes entités terroristes, d'abord, par le patron des gangs de la Croix-des-Bouquets, puis, par l'ensemble des chefs du Groupe « Vivre ensemble », (Viv ansanm) à l'unanimité.
Ils en ont d'ailleurs profité pour annoncer collectivement d'autres massacres dont pourraient être victimes, selon eux, cette fois, les riverains de quartiers comme Gérald Bataille et Tabarre, non loin de l'Aéroport international et de l'Ambassade des États-Unis d'Amérique. L'un des chefs de Gangs prénommé Jeff apparu cagoulé sur les réseaux sociaux, au lendemain du massacre de Kenskoff est le patron de la région de Canaan située à l'entrée Nord de la Capitale, laquelle région en connexion aussi, par ailleurs, avec le Plateau central, il a précisé que les mois d'octobre et de novembre prochains constitueraient des mois pendant lesquels, le Premier ministre, Alix Didier Fils Aimé devrait quitter coûte que coûte le pouvoir, comme s'il s'agissait d'un ultimatum au PM actuel.
« Beaucoup de gens vont mourir bientôt » annoncent-ils avec détermination et précision.
De fait, des communes comme Lascahobas, dans le Bas Plateau central, Pétion-ville et Delmas, dans le département de l'Ouest, où le groupe « Vivre ensemble » prévoit de tout raser, de tout detruire, de tout tuer, de tout éliminer, incluant les nouveaux nés de cette commune de Delmas, sont entrées dans le viseur des gangs métropolitains. Delmas jusque-là avait connu une petite paix et elle a même servi entretemps à accueillir une bonne partie de l'administration publique en fuite.
Tout ceci pour dire que les gangs de « Vivre ensemble » ont bel et bien porté une attention particulière pour leurs futurs projets de massacres, à la commune de Delmas.
En résumé, un peu comme ils l'avaient fait pour KENSKOFF, en termes de menaces et de prédictions, toutes ces communes et quartiers (sans oublier Mirebalais) ont été ciblés pour les prochaines saisons de massacres prévues au calendrier du Groupe « Vivre ensemble » (Viv ansanm) qui, à l'occasion, ont exhibé entr'autre leurs stocks d'armes de calibres divers prêts pour la guerre. Or, parmi ces gangs, il y en a qui parlent de dialogue, et qui brandissent leur drapeau blanc comme pour dire : on dépose les armes.
Pourtant, ce sont ces mêmes gangs qui assument par ailleurs le massacre de Kenskoff et qui exposent du coup, toute une vision saugrenue, particulière ou personnelle, des notions de paix et de dialogue, différentes de ce que nous, on a toujours lu dans le dictionnaire.
À travers une autre vidéo en circulation sur les réseaux sociaux, les gangs prévoient de faire « la finale » (selon leur propre mot) entamée à Kenskoff, ce 24 août écoulé, très bientôt. Cette « finale » qui voudrait bien dire poursuivre le massacre, pourrait avoir lieu, selon eux, soit à Vyvy Mitchel ou encore, à Pétion-ville.
Si l'on a bien compris leur communication bien codée, il n'y a pas de doute que Pétion-ville reste et demeure en fin de compte, une fatale obsession pour faire cette « finale » qui partirait de Kenskoff, selon eux , si Dieu leur prête encore pouvoir et vie.
Pris au piège entre le pouvoir de la parole des gangs et le silence, l'inefficacité de l'Etat.
Certains objecteront qu'en principe, on ne devrait jamais prendre en considération les propos des gangs. Or, ce sont les rares propos malheureusement qui ont une suite. Les autorités en place parlent parfois pour ne rien dire, si non, elles parlent et leurs propos n'ont aucune suite.
Alors que le slogan des gangs est : « Nou pa fè rumeur ».
J'ai même entendu de mes oreilles, ce slogan idem sorti tel quel, de la bouche d'un Premier ministre en poste dans notre pays. Ce PM en question lors d'une prise de parole en public, a clairement dit lui aussi, à l'instar des gangs : « Nou pa fè rumeur... ».
Les autorités parlent-elles le même langage que les gangs sans le savoir? Est-ce une coïncidence? Est-ce un hasard ? S'agit-il plutôt de l'inconscient collectif des gangs qui prend le dessus cette fois, sur celle des autorités en place ?
Sommes-nous conscients que la société entière s'entraîne lentement, mais sûrement, dans la boue des valeurs, au moins pour l'instant, par ces réflexes discursifs, ou par ces propos violents ...
Qu’avez- vous fait de mon pays ?
En effet, suite au départ de Jean Claude Duvalier, le vendredi 7 février 1986, date à laquelle, Haïti, comme d'ailleurs
- les Philippines, de Corazon Aquino,
- le Chili de Pinochet,
- le Paraguay de Stroessner,
(Haïti pour sa part) croyant sortir, dans les années 86 ou 90, des ombres absolument noires d'une dictature sanglante, s'est retrouvée de préférence avec un peuple qui a été purement et simplement remis en cage afin d'être constamment humilié et massacré, tantôt à petits feux, tantôt de manière brutale.
Les massacres, les violences, les climats de tensions et les situations de graves instabilités n'ont pas manqué d'illustrer les moindres faits et gestes de ce pays turbulent, jusqu'à l'assassinat de Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, ainsi que les cinq (5) années ayant suivi tout cela, d'animer la vie quotidienne des Haïtiens (es) dont certains presqu'en masses, n'ont eu d'autres choix, que de partir parfois, en exil, en quête d'une vie meilleure.
Du 7 février 1986 à nos jours, on est donc passé d'un pays libéré (entre guillemets) à un pays où règne uniquement l'anarchie.
- celle des foules qui cassaient tout, hélas, lors des multiples manifs, de 1986 à récemment , jusqu'à cette anarchie des gangs qui font la loi désormais , qui s'installent sans foi, ni loi, en passant bien sûr, par les inoubliables Zenglendos qui ont régné près de 10 ans , entre la fin des années, précisément de 1989, 1990, jusqu'au début des années 2001 et 2002, soit légèrement avant la fin du règne de Jean Bertrand Aristide, en février 2004.
On rapporte avec insistance que des individus lourdement armés que les caméras de surveillance ont permis d'identifier alors comme des militaires à cette époque, ont fait irruption dans une entreprise du centre-ville où l'on vendait de l'or par onces. C'était donc ainsi, dit-on, le point de départ des Zenglendos.
Ces individus armés allaient prendre tout leur temps pour terroriser les populations en pénétrant dans leur petit commerce, ou encore, chez elles, de jour, comme de nuit, violer, piller le peu qu'elles pourraient posséder.
Le pic des effractions de ces malveillants remontent à la période située entre fin 1991 (coup d'état contre Jean Bertrand Aristide) et Octobre 1994 coïncidant avec le "retour à la démocratie" illustré alors par l'arrivée de près de 20.000 Marines américains venus (entre guillemets) ramener l'ordre sur notre sol.
Si non,
Ces Zenglendos entraient chez nous, comme ils veulent, il était une fois, gros midi, soleil chaud, par effraction, armes et couteaux aux poings, pour violer, piller, tuer, terroriser les familles et les entrepreneurs qui ont dû finalement abandonner le centre-ville au fur et à mesure.
Ce sont eux, ces Zenglendos qui en effet, ont absolument tiré à bout portant, à l'intérieur d'une entreprise de matériels électroniques au cœur du Champ de Mars, non loin du Rex Théâtre et du Palais national, aux environs de 11 heures du matin.
Le 11 septembre 2001, jour j des attentats du 11 septembre à New York.
Tiens.
Quelle coïncidence ce jour-là, avec les attaques terroristes perpétrées par le Réseau
Al-Qaïda contre les Tours Jumelles du World Trade Center...
Un 11 septembre en Haïti.
Un 11 septembre à New York....
Pour ainsi dire, entre le massacre du 26 avril 1986 sur la route de Fort Dimanche, celui du 29 novembre 1987, à la Ruelle Vaillant qui devait conduire à des résultats électoraux présidentiels, notamment, sans oublier le massacre du 11 septembre 1988, à Saint Jean Bosco, un dimanche matin de Brassards rouges préparés pour tuer des fidèles de l'église de Saint Jean Bosco, un autre massacre dont personne ne parle, reste et demeure celui du 27 juillet au 29 juillet 1988, au cours duquel un célèbre camion rempli de cadavres destinés aux fosses communes de TiTanyen, a été découvert par la population sur la Grand Rue ou Boulevard Jean Jacques Dessalines. Ils ont tous été exécutés entre le 27 et le 29 juillet 1988, en pleine nuit d'horreurs dans les enceintes mêmes des Casernes Dessalines dirigées alors le Colonel Jean Claude Paul.
A cette longue liste de massacres, il nous manque la période allant de septembre 1991 à octobre 1994, correspond au coup d'état contre Jean Bertrand Aristide.
D'aucuns (dont la ministre de la communication de l'époque, Marie Laurence Lassègue) parlent de 6 mille personnes assassinées durant ces trois (3) années de coup d'état.
Tandis qu'entre 2004 et 2006, le nombre de personnes assassinées au cours des années ayant suivi le coup d'état de février 2004, toujours contre Jean Bertrand Aristide, a tourné autour de quatre (4) à cinq (5) mille victimes.
A bien regarder, ce sont plutôt des années de violences ou plutôt de rudes instabilités socio-politiques, avec quelques interactions de tueurs ou d'assassins en marge de toutes structures criminelles identifiées, connues et organisées à cette époque.
Pourtant, le tout premier enlèvement (kidnapping) que j'ai vécu moi-même personnellement, date de l'année 1988, coïncidant avec le règne de Lesly Manigat qui n'a duré que de février 1988 à juin 1988. J'avais mes cours d'arts plastiques chez l'artiste peintre, Gary Chanel qui résidait à Delmas 32.
Un des élèves du cours, en rentrant chez lui, l'après-midi, a été enlevé dans un tourbillon insolite, non loin de la télévision nationale d'Haïti (TNH).
Il sera alors retenu en otage un certain temps pour être libéré par la suite sans rançon. Toutefois, il a été terriblement battu et est même sorti handicaper physiquement suite aux affreuses tortures qu'on lui a fait subir.
Dans cette tentative de survol sur la problématique des enlèvements (attention, ne pas toujours confondre enlèvement et kidnapping au point de vue sémantique) chez nous, un adolescent a été enlevé l'année suivante dans le cadre , dit-on, d'une simple affaire de famille où le papa de l'enfant aurait été personnellement impliqué dans cet enlèvement opéré au niveau de Haut Delmas, axes entre Delmas 95 et Delmas 105, au moment où la mère de l'enfant conduisait son fils à la maison, juste après l'école.
Un kidnapping très médiatisé pour cette époque.
Et pourtant, Je parlais à un ami de tous ces enlèvements enregistrés chez nous, à ma connaissance quand mon ami m'a rappelé que le plus ancien kidnapping remonte plutôt en Haïti, au 23 janvier 1973, aux alentours de Bourdon et qu'il s'agit bien de l'enlèvement de l'Ambassadeur américain, de l'époque, Klinton Knox, pris dans une embuscade et conduit chez lui où il a été retenu en otage dans sa propre résidence, en compagnie d'ailleurs du Consul général américain, du moment, Ward Christensen.
Les deux (2) Diplomates seront donc libérés sains et saufs, par la suite, puisque les différentes exigences formulées par les ravisseurs dont par exemple :
- libération immédiate de plusieurs prisonniers politiques de l'époque,
- une rançon de 70000 dollars us et
- enfin l'obtention d'un sauf conduit vers le Mexique.
Ces exigences ont été toutes respectées.
Mais en 2010 - 2011, je me suis retrouvé témoin d'une négociation pour libérer cette fois, la belle-sœur d'un collègue journaliste, alors que j'étais moi-même directeur général de la télévision nationale (TNH). Tout cela a été fait, appui institutionnel oblige, avec la DCPJ (Direction centrale de la police judiciaire) de l'époque, en arrière-plan et en backup.
La belle-sœur retenue en otage, à Rivière Froide, à Carrefour, sera libérée sur rançon. Sauf que les gangs ont pris le soin de rappeler ce jour-là , aux proches de la victime, que, s'ils se livraient à des actes de kidnapping, c'était uniquement pour pouvoir collecter des fonds leur permettant d'obtenir les ressources financières nécessaires afin de pouvoir aller aux élections et mener amplement « campagne électorale. »...
Ces gangs ont tenu à préciser qu'ils n'étaient pas des Kidnappeurs professionnels....Entretemps, toute la commune de Carrefour, sans exception, est passée d'un site de kidnapping non professionnel, informel, à un site privilégié pour les cachettes d'otages, et transformé, entre Village de Dieu, en face du Théâtre national d'Haïti jusqu'aux confins des localités de Fontamara 49, voire même, de Gressier, en une multiplicité de cachettes criminelles, incluant la communauté de Grand Ravine, des hôtels, des Supermarchés des résidences privées etc...ainsi que le célèbre village de Dieu, comme sites d'hébergement des nombreux otages, victimes du kidnapping.
Les banques, les centres hospitaliers avouent être impuissants jusqu'à faire aveu eux aussi de coopération avec ce statut quo cruel et criminel inacceptable.
Le massacre de Kenskoff survenu ce dimanche 24 août écoulé n'est donc pas un cas isolé comme on vient de le décrire.
La société a coopéré tantôt ouvertement, tantôt en toute conscience. Les familles ont démissionné par rapport à leur mission d'éducation. Les églises, prêtres, pasteurs, Houngans, ont cessé d'encadrer les jeunes. Les maîtres d'écoles ont foutu le camp à leur manière. L'État et les institutions de sécurité n'ont plus désormais cette mission de protéger et servir. Tout le monde se bat pour un job sans obligation de service public. Tout le monde se soucie plutôt de s'enrichir au maximum et ils perdent ainsi cette occasion de jouer leur rôle collectif et celui de salut public.
Chaque fois que la police nationale tente de faire une intervention appropriée aux dérives des gangs, on eût dit que quelque part, il y a une main qui retient cette police tiraillée entre rétablir l'ordre et coopérer au bordel ambiant qui attire l'ensemble du corps social.
L'argent facile. La drogue. L'immoralité et le sexe exposés avec rage sur les réseaux sociaux, au même titre que les appels aux violences véhiculés tant par les gangs que par des personnalités qui auraient dû être prises comme des modèles pour notre jeunesse ; La boîte de Pandore est tombée sur notre tête.
Tout le monde insulte tout le monde. Il est clair que notre génération a échoué lamentablement. Et si rien n'est fait, bientôt, il ne restera même plus un pouce de cette civilisation haïtienne que nos ancêtres ont voulu concevoir, construire et implémenter.
Le plus gros morceau reste pour finir, la faillite des zones frontalières, la faillite des ports, celle des aéroports et des mers, le tout constamment livré aux étrangers sans vergogne, sans scrupules, et toujours en complicité avec les gangs criminels qui contrôlent le territoire à 99 pour 100.
Quand un massacre comme celui de Kenskoff se réalise, on politise, on insulte, on accuse, on révoque, on pointe du doigt des autorités qu'il faut remplacer illico. Nos émotions prennent le dessus sur notre bon sens cartésien.
Aussi, quand ces massacres se produisent, la police nationale d'Haïti (PNH), par exemple, gaspille toutes ses ressources humaines professionnelles à force de révoquer et de remplacer un commissaire par un autre, un inspecteur par un autre, un inspecteur général par un autre inspecteur général, un directeur général par un autre et...
Ainsi de suite ...
Au pire des cas, on remplace même le Premier ministre par un autre, le président de la République par un autre....
Au fil du temps il n'en reste plus rien à convoquer, ni à remplacer.
Puisque personne ne prend le temps de poser la bonne question.
(À suivre)
