À une immortelle

La Fondation Odette Roy Fombrun pour l’Éducation (FORF) a organisé cette année la première édition de son Concours national d’écriture jeunesse autour du thème « Si je pouvais parler à Odette Roy Fombrun».

Par Blainika Pierre
01 sept. 2026 — Lecture : 3 min.
À une immortelle

Blainnika Pierre

La Fondation Odette Roy Fombrun pour l’Éducation (FORF) a organisé cette année la première édition de son Concours national d’écriture jeunesse autour du thème « Si je pouvais parler à Odette Roy Fombrun». Le Nouvelliste publie, dans cette édition, le texte de Blainika Pierre, la première lauréate dudit concours.

Si je pouvais parler à Odette Roy Fombrun, je lui dirais…

Chère Odette Roy Fombrun,

Je n’ai pas eu la chance de vous regarder en face lors de votre si long et inspirant parcours ici-bas. Pourtant, je vous ai connue dès ma classe de septième année, dans le calme d’une bibliothèque de la ville des Gonaïves. Alors que je cherchais sans cesse Les arbres musiciens pour esquisser une danse imaginaire avec Jacques Stephen Alexis, mes mains ont croisé vos œuvres : KololoGrand émoi à l’écoleCoup double ou Vacances Lakay. C’est là, au milieu des livres, que notre rencontre a commencé.

C’est du haut des cieux de la mémoire que tout s’anime, là où le temps s’efface devant la grandeur des histoires. Je vous imagine encore, le visage collé au hublot de l'avion, vos yeux dévorant avec une ferveur douloureuse la large baie de Montrouis, au nord de Port-au-Prince, qui se dessinait sous les ailes du temps perdu. Après quatorze années d’un exil volontaire sur la terre d’Afrique, vous reveniez enfin chez vous. À travers vos récits, vous m’aviez inculqué de précieuses notions sur la période des Duvalier. Merci ! Dès ce retour, sous vos yeux émus, s'étalent les mornes majestueux de l'Hôpital et Port-au-Prince, votre ville natale accablée sous un soleil de plomb.

À travers votre chef-d'œuvre révisé, Ma Vie en quatre temps, et vos volumes historiques sur Saint-Domingue, vous semez des graines d’étincelle. Apprises toute petite, elles m'ont poussée à entrer un jour à Port-au-Prince, en vain, pour vous poser cette question suspendue : Comment faut-il bien raconter l’histoire aux enfants ? Pour guider nos pas, vous offrez le manuel Gid pou Timoun / Konbit Ayiti Pwòp, tandis que dès mon secondaire, vous concevez la Morale civique et éducation à la citoyenneté.

Votre encre continue de faire battre le cœur de notre jeunesse en tressant le mystère à l'enseignement civique, éveillant les consciences par le charme de l'intrigue. La disparition soudaine de Sissi, lors de son somptueux bal costumé de neuf ans, jette un voile d'angoisse sur ses parents. Aux côtés du détective Bertholo et de l’intrépide Pipo, le jeune lecteur devient un chercheur de vérité. Derrière cette disparition se cache une leçon : vous apprenez aux enfants à affronter l'inconnu avec courage et à dépasser les fausses apparences de la richesse.

Votre plume se fait plus proche des réalités de notre peuple. Le policier Bertholo et son filleul Pipo font face à deux injustices entremêlées : le vol de Mimose, la courageuse marchande de trottoir, et le kidnapping de Sita, la jeune pharmacienne. Heureusement, l'audacieuse guérisseuse Madame Dorilas apporte sa force à cette quête. Par ce récit vibrant, vous transmettez un message profond sur l'égalité, la justice et la nécessité de protéger les plus faibles.

En nous inculquant des valeurs de l'amour du terroir, vous ouvrez grand les portes de la joie pure. En suivant Rosette, Bouboule et Anna à la campagne, nous partageons le bonheur des plongeons dans la rivière, malgré les vilains tours de Bobi le taquin. Le cœur de l'histoire bat surtout au rythme d'un véritable konbit traditionnel. C’est une leçon d'éducation civique qui apprend aux jeunes à aimer leur terre natale, à respecter la paysannerie et à comprendre la force de l’union.

Vous nous apprenez l'honnêteté en communauté. L’intrigue pénètre l'enceinte de la classe. Le vol de « la caisse de la foire », cet argent économisé au prix de sacrifices pour un projet commun, sème le doute entre les élèves. Mais, grâce au travail d'équipe de Pipo, de son camarade et de l'infaillible détective Bertholo, le coupable est démasqué. Vous livrez un message essentiel sur l'honnêteté, le respect du bien public et le refus des accusations injustes.

Chère Odette, le dénouement de vos histoires converge vers une même lumière : l'espoir en la jeunesse. En refermant vos livres, les lecteurs comprennent que chaque mystère résolu par Pipo et Bertholo est une victoire de la justice sur le chaos. Vous avez semé des valeurs d'entraide, d'intégrité et de civisme.

Merci d'avoir été cette éducatrice éternelle qui, par des mots simples et des personnages inoubliables, continue de guider Haïti vers un avenir plus juste et solidaire.

Première lauréate du concours de textes de la Fondation Odette Roy Fombrun