Cap-Haïtien: Quand l’ignorance sacrifie un temple du savoir (2 de 4)

Une ville aussi importante pour le pays, aussi dangereuse en période cyclonique et aussi exposées face aux tremblements de terre comme le Cap-Haïtien, aurait dû avoir un plan d’urbanisation.

Par Islam Louis Etienne
24 août 2026 — Lecture : 5 min.
Cap-Haïtien: Quand l’ignorance sacrifie un temple du savoir (2 de 4)

Démolition d’une partie du bâtiment du Collège Regina Asumpta se poursuit au Cap-Haïtien

Une ville aussi importante pour le pays, aussi dangereuse en période cyclonique et aussi exposées face aux tremblements de terre comme le Cap-Haïtien, aurait dû avoir un plan d’urbanisation. C'aurait été les conclusions des assises que nous avions envisagées  dans le texte précédant  et que les pouvoirs locaux auraient dû provoquer avant d'exécuter leur plan machiavélique  et  sectaire de destruction. On n'aurait pas posé seulement la question du drainage mais aussi on aurait  fait le tour de tous les problèmes cuisants, épineux  et  fondamentaux de la ville. D'une pierre, on aurait fait plusieurs coups. N’oubliez pas que le dernier tremblement majeur vécu par la ville du Cap-Haïtien remonte à plus d’un siècle. La situation actuelle est inquiétante; les rues sont étroites et on construit de plus en plus en hauteur sans aucun contrôle.

Ce qui aurait évité les prises de décisions anarchiques et  partisanes, les frustrations et les colères provoquées, les préjudices et les dommages subis, qu’une administration détruise ce qu’une administration antérieure avait autorisé parce qu’on n’avait aucune marche à suivre, aucun guide pour orienter les prises de décisions, pour éviter les règlements  de compte, les excès, les abus et les sautes d’humeur.

Le plan d'urbanisation est un document  officiel qui organise le développement, l'aménagement et l’avenir du territoire. C’est une feuille de route imposable à tous les pouvoirs locaux actuels et à venir. Il  indique ce qu'on a le droit de  construire, où  et comment on peut le faire. Il sert à éviter l’anarchie urbaine en séparant harmonieusement les espaces de vie. Il répond à trois grands objectifs fondamentaux :

a. Planifier l’avenir de la ville.

Il prévoit les besoins des Capois pour les 10 à 15 prochaines années (besoin de nouveaux logements, de transport, de routes, d’écoles, d’espaces de loisirs, etc.).

b. Réglementer le droit du sol.

C'est la référence absolue pour accorder ou refuser un permis de construire ou une autorisation des travaux.

c. Protéger l’environnement et le patrimoine.

Il préserve les forêts, les terres agricoles et l'identité architecturale des vieux quartiers.

Le zonage de la ville.

Ce plan découpe la ville en quatre grandes zones  principales :

a. La zone urbaine : espaces déjà construits ou se trouvent les habitations, le commerce et les services publics

b. La zone à urbaniser :

Espaces actuellement vides mais réservés pour accueillir les futurs quartiers de la ville.

c. La zone agricole.

Espaces strictement réservés aux activités agricoles et où les constructions sont interdites sauf les bâtiments de ferme.

b. La zone naturelle et forestière.

Espaces verts protégés pour leurs valeurs écologiques et paysagères.

Quelles sont les règles imposées  par le plan d’urbanisation aux habitants ?

Si on souhaite construire ou modifier une maison ou un bâtiment, le plan vous dictera:

1. La hauteur maximale de votre bâtiment.

2. L’implantation c’est- à- dire la distance à respecter par rapport à la rue et aux voisins.

3. L’aspect extérieur : les couleurs de façades autorisées, le type de tuiles utilisées etc.

4. L’obligation d’aménager des places de stationnement et de planter des arbres.

Le crime de lèse- mémoire commis par le spectacle de l’incompétence au Cap-Haïtien.

La Cap-Haïtien, joyau historique de notre patrie, brille à travers le monde par son caractère héroïque, sa culture hospitalière et ses monuments mémoriels qui défient le temps. Au cœur de cette cité d’histoire et de mémoire, le Collège Régina Assumpta s’impose depuis plus d’un demi-siècle  comme  une forteresse infranchissable du savoir, un monument vivant de la résistance éducative au sein d’une Nation dépourvue de structures scolaires étatiques dignes de ce nom.

Traverser tout ce temps en maintenant avec ferveur un standard d’excellence en permanence est un exploit que les pouvoirs locaux rétrogrades, dépassés, arriérés  et irresponsables ont choisi d’ignorer en lançant  des excavatrices contre les murs de l’institution  pour un simple différend hydraulique qui aurait pu être  résolu par plusieurs autres méthodes moins spectaculaires et moins visibles que l’ingénierie moderne a mis à notre disposition. 

Ils ont préféré des démonstrations démagogiques et populistes  de force pour avoir la sensation forte de faire bonne impression et pour se mettre en évidence comme des faiseurs  de rois au lieu de rechercher  la solution du problème  auprès des  spécialistes dans le calme et la modération. D’ailleurs, ils ne sont pas à leur coup d’essai. D’autres rétrogrades sans jugements, sans capacité d’analyse ni esprit de discernement ont essayé avant eux.

Ce vandalisme d’État démontre que l’ignorance des décideurs  efface l’histoire plus sûrement et plus chèrement que la pire des corruptions.

En choisissant la démolition brutale en première intention plutôt que l’examen d’alternatives techniques simples et abordables, ils ont choisi de se jeter dans la poubelle de l’histoire comme des ordures de mauvaise qualité et de vulgaires voyous. Le crayon de l’histoire  n’a pas de gomme ; ce qui est écrit, est scellé et il reste pour la vie. Dans une région qui devrait chérir chaque mètre carré de salle de classe comme un trésor national, ce sacrifice architectural est une ignominie. Ce spectacle hideux de la force brutale réalisé par les pouvoirs locaux en mal de reconnaissance médiatique ne parviendra pas à masquer leur effroyable déficit de compétence technique.

Le grand danger pour une société démocratique, ce n'est pas seulement d’avoir des  citoyens incompétents qui deviennent  des laquais politiques, mais c'est surtout de  leur avoir donné le pouvoir. La différence entre les humains et les animaux, c’est que les animaux ne laissent jamais un idiot diriger la meute. Et c’est peut-être, le plus grand péché de notre espèce.

Nous sommes la seule forme de vie capable de remettre le commandement  de notre destinée entre les mains des pires d' entre nous: les plus bruyants, les plus visibles, les plus démagogues et les plus creux, mais aussi les plus soumis et qui manquent de tripes.

Aucun loup ne suivrait un chef faible. Aucun lion n’obéirait à un lâche ; mais nous autres, les humains, nous applaudissons, obéissons, déifierons et nous  défendons même ceux qui auraient dû être ignorés.

Le problème, c'est que lorsque l’intelligence se tait, la stupidité  montre sur le trône et règne avec convictions. Les animaux suivent leur Instinct, nous suivons les apparences. Ils suivent la force, nous suivons le bruit. Ils reconnaissent le leadership, nous confondons les cris avec l’autorité. Nous accordons beaucoup plus d’importance à l’emballage qu’au contenu. Et le résultat est toujours le même : un troupeau sans sagesse et une société égarée. Comprendre le pouvoir, ce n’est pas devenir manipulateur; mais, c'est apprendre à voir ce que les autres ne sentent pas encore et à développer  au profit de la collectivité les mécanismes silencieux qui influencent nos choix, nos relations et nos rapports de force.

Les plaies béantes infligées au bâtiment du Collège Régina Assumpta resteront le symbole d’une gestion publique défaillante, déshonorante et théâtrale. Le Cap-Haïtien, cité hospitalière et fière, gardera la mémoire de cette agression gratuite contre l’une de ses plus nobles institutions. Il est temps de rappeler à ceux qui exercent l’autorité que le patrimoine d’un peuple n’est pas un décor de théâtre que l’on peut abattre pour soigner des ambitions mesquines et éphémères.