Dignité, solidarité et responsabilité : Haïti face à l’incertitude de ses compatriotes aux États-Unis

Plus de 350 000 de nos compatriotes haïtiens vivant aux États-Unis traversent aujourd’hui une période d’incertitude quant à leur avenir migratoire.

Par Pierre Aunis Gilles
21 août 2026 — Lecture : 3 min.
Dignité, solidarité et responsabilité : Haïti face à l’incertitude de ses compatriotes aux États-Unis

Little Haiti, Brooklyn mobilisation pour les droits des immigrants lors d'une foire aux ressources

Plus de 350 000 de nos compatriotes haïtiens vivant aux États-Unis traversent aujourd’hui une période d’incertitude quant à leur avenir migratoire. Mais derrière ce chiffre, il y a avant tout des vies humaines. Il y a des mères et des pères qui travaillent pour leurs familles, des jeunes qui poursuivent leurs études, des enfants qui grandissent, des travailleurs qui contribuent chaque jour à leur communauté, et des familles qui vivent aujourd’hui avec beaucoup de questions sur leur avenir.

Dans ces moments difficiles, notre première responsabilité doit être de leur témoigner notre solidarité. Ils doivent savoir qu’ils ne sont ni oubliés ni abandonnés par leur pays.

Haïti doit continuer, dans le respect des lois américaines et des relations entre nos deux pays, à utiliser les voies diplomatiques et institutionnelles disponibles pour défendre la dignité et les intérêts légitimes de ses ressortissants. Le dialogue avec les autorités américaines et nos partenaires internationaux doit rester ouvert, constructif et respectueux, avec une attention particulière portée aux réalités humaines, familiales, sociales et économiques de chaque situation.

Cette démarche diplomatique doit cependant s’accompagner d’un devoir de responsabilité et d’anticipation.

Si, malgré les efforts entrepris, les circonstances devaient conduire au retour d’un nombre important de nos compatriotes, Haïti doit être prête à les accueillir dignement. Préparer cette éventualité ne signifie pas renoncer à défendre leur situation actuelle. Au contraire, cela signifie agir avec responsabilité en envisageant toutes les possibilités afin que personne ne soit laissé sans accompagnement.

Un éventuel retour ne devrait jamais se résumer à une arrivée à l’aéroport suivie d’un abandon à soi-même. Derrière chaque personne qui revient se trouve une histoire, une famille, des compétences, des projets et parfois des années de sacrifices.

C’est pourquoi notre pays devrait envisager dès maintenant un véritable plan national d’accueil, d’accompagnement et de réintégration sociale et économique. Ce dispositif pourrait faciliter l’accès aux documents administratifs, à l’emploi et à la formation professionnelle, tout en soutenant l’entrepreneuriat et les petites entreprises. Une attention particulière devrait également être accordée aux familles les plus vulnérables ainsi qu’aux enfants et aux jeunes qui auraient besoin d’intégrer ou de réintégrer le système éducatif haïtien.

Nous devons aussi regarder ces compatriotes non seulement à travers leur statut migratoire, mais à travers ce qu’ils représentent humainement et ce qu’ils peuvent apporter à leur pays.

Beaucoup ont acquis au fil des années des connaissances, des expériences professionnelles et des compétences dans la santé, l’éducation, la construction, les transports, la technologie, l’administration, le commerce, les services ou encore l’entrepreneuriat. Si certains sont appelés à revenir un jour, notre responsabilité sera aussi de créer les conditions leur permettant de mettre ces compétences au service de leur propre avenir et, lorsqu’ils le souhaitent, du développement national.

Une telle politique ne pourra réussir sans une mobilisation collective. L’État, les collectivités territoriales, le secteur privé, la société civile, la diaspora et les partenaires internationaux devront travailler ensemble. Aucun gouvernement, aucune institution et aucun secteur ne pourra relever seul un défi de cette ampleur.

Notre position doit donc être à la fois humaine, responsable et équilibrée : continuer à défendre nos compatriotes là où ils se trouvent, tout en préparant avec sérieux et dignité leur accueil si les circonstances devaient un jour conduire à leur retour.

Ce sujet ne devrait pas devenir une occasion supplémentaire de nous diviser. Il devrait plutôt nous rappeler une vérité simple : lorsque des Haïtiens traversent une période difficile, c’est toute la nation qui doit se sentir concernée.

La dignité d’un citoyen haïtien ne s’arrête pas à une frontière. Qu’il vive à Port-au-Prince, dans une ville de province, aux États-Unis ou ailleurs dans le monde, il demeure une fille ou un fils d’Haïti.

À nos compatriotes qui vivent aujourd’hui cette incertitude, notre message doit être un message de respect, d’espoir et de solidarité. Et à nos institutions, notre appel doit être celui de la responsabilité, du dialogue et de la préparation.

C’est dans l’union, la solidarité et le respect de la dignité humaine que nous trouverons la force d’avancer ensemble.

Pierre Aunis Gilles

Entrepreneur, Licencié en droit, Spécialiste en immigration et Candidat aux primaires du Sénat de l’Ouest.