Migrer pour construire : la diaspora au cœur des dynamiques mondiales

 IntroductionLe concept de diaspora désigne la dispersion d’une communauté humaine en dehors de son territoire d’origine.

Par InelTorchon Ineltoch38ans@gmail.com
17 août 2026 — Lecture : 16 min.
Migrer pour construire : la diaspora au cœur des dynamiques mondiales

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Introduction

Le concept de diaspora désigne la dispersion d’une communauté humaine en dehors de son territoire d’origine. Elle forme une communauté identitaire, tout en conservant des liens sociaux, culturels, économiques ou politiques avec celle-ci. Longtemps perçue principalement comme un phénomène lié à la migration et à l’exil, la diaspora est aujourd’hui considérée comme un acteur majeur des dynamiques économiques et sociales contemporaines. Dans plusieurs pays, elle ne se limite plus aux transferts financiers destinés aux familles, mais participe également à la création d’entreprises, à l’investissement de capitaux, au transfert de compétences et même à l’orientation des politiques nationales.

À l’échelle internationale, certaines diasporas ont réussi à devenir de véritables partenaires du développement de leur pays d’origine grâce à leur capacité d’investissement et à leurs réseaux économiques. L’expertise acquise dans les pays d’accueil en est un levier. Toutefois, toutes les diasporas ne disposent pas des mêmes ressources ni des mêmes opportunités. Leurs succès dépendent étroitement des conditions économiques, sociales et institutionnelles des pays d’accueil, d’une part, et du choix des politiques publiques implémentées par les États d’origine, d’autre part.

Dans le cas d’Haïti, la diaspora représente une composante essentielle de la réalité économique et sociale. Présente principalement en Amérique du Nord, dans les Caraïbes et en Europe, elle contribue largement à travers les transferts financiers, le soutien aux familles et certaines initiatives communautaires. Cependant, malgré son importance économique considérable, la diaspora haïtienne demeure confrontée à plusieurs limites. La fragmentation organisationnelle, faible intégration dans les stratégies nationales de développement et la prédominance d’une logique de soutien familial, en lieu et place d’un investissement potentiel. Leur support apparaît encore davantage comme un mécanisme de survie face aux difficultés structurelles du pays que comme un véritable moteur de transformation économique.

Dès lors, une interrogation fondamentale se pose : la diaspora constitue-t-elle aujourd’hui une solution durable au développement économique d’Haïti ou demeure-t-elle principalement un mécanisme de survie ? On va explorer le concept dans sa multiplicité et dans ses perspectives mobilisatrices et de changement.

Brève histoire

Dans une approche historique, l’Europe a évolué au gré des mouvements des races d’un espace à l’autre. Les anthropologues désignent des gens comme des nomades d’ailleurs. Les nouveaux arrivants seraient des hommes barbares pour qualifier l’interaction sociale lors de la migration dans la zone périphérique du continent d’Asie vers l’Europe. Dans l’Empire perse, la péninsule balkanique, l’Italie et l’Égypte, en passant par le gros de l’Afrique, résument des interactions entre les humains. Paul Topinard, professeur d’anthropologie biologique à l’École d’anthropologie de Paris, disait: « une race est donc susceptible d’évolutions, de transformations, mais elle a un caractère suffisamment fixe à l’échelle des temps historiques pour que sa stabilité permette de répéter sa permanence et d’en retrouver les vestiges au sein des plus anciens squelettes exhumés »

Dans la revue intitulée « Le lien diasporique et la création culturelle portant l’empreinte de Jacques Barou », se trouve aussi une compréhension du concept de diaspora : le fait de vivre en diaspora a des incidences sur la création culturelle. L’élargissement des horizons que procure l’expérience de la migration puis de l’installation, plus ou moins durable, en terre étrangère favorise l’expression du ressenti par des moyens littéraires, artistiques ou d’autres formes de langage adaptées.

L’Amérique au milieu du 15e siècle se considérait comme l’écosystème de la diaspora européenne.

Le professeur Wesner Emmanuel avait analysé la transformation du continent américain. La petite histoire, à son tour, a bien illustré que l’hospitalité et la passivité des autochtones facilitèrent l’intégration de nouveaux arrivants dans les Caraïbes. Ils se réclament d’être plus américains que les Indiens dans la temporalité. Sur la terre d’Haïti, de nouveaux arrivants ont été généreusement accueillis à l’ère de la victoire triomphale pour la liberté. Ce nouvel État avait donné le ton de la théorie du citoyen-monde prônée par les baptiseurs de l’indépendance. Haïti avait accueilli des réfugiés politiques de partout et de nouveaux libres afro-américains et d’Amérique latine cherchant la liberté après 1804, ce qui forma alors le métissage identitaire. Pratiquement tout le monde se retrouve noyé soit dans un élément identitaire de base, soit dans l’interculturalité et le multiculturalisme. Aujourd’hui, le concept dépasse la simple migration pour intégrer des dimensions économiques, politiques et culturelles.

Les prétextes pour immigrer !

La recherche de mieux-être est souvent constituée des éléments d’Éldorado. Une vague de citoyens s’est levée massivement et a fui le pays. Les migrants sont dictés par l’annonce des autres pays. Les États étrangers cherchent toujours à occuper, à construire et à développer leurs pays désertés. Ils allègent les procédures et les politiques migratoires en ouvrant leurs frontières. Car l’humain est l’élément de modernité et le moteur de la croissance. Théoriquement, le droit international précise : « Tout espace de terre non réclamé ni habité est considéré comme espace abandonné et sujet à la convoitise des pays limitrophes. Les îles Malouines (Falkland Islands), situées en Argentine, furent l’objet de discussions tantôt avec l’Espagne en 1816, tantôt avec le Royaume-Uni en 1833, par le seul fait de leur abandon.

a) Aspect migratoire

Les États-Unis, le Canada, la République dominicaine, le Suriname, le Chili et le Brésil, entre autres, ont compris cette arme de développement et ont relâché les procédures migratoires pour accueillir des Haïtiens. Cette politique consiste à libérer les conditions d’entrée. L’Absence de procédures et de cadre légal entre les deux pays entraîne parfois leur échec à répondre à leurs attentes. La main-d’œuvre des Haïtiens a fleuri dans l’économie du pays du Suriname entre 2018 et 2021. Deux principes à mobiliser : acteur migratoire et facteur migratoire.

Acteur migratoire

Les États-Unis ont souvent ciblé la main-d’œuvre haïtienne. En 1982, il y eut un flux migratoire, et sous le gouvernement de Biden-Kamala en 2024, ils ont ouvert la frontière avec un programme baptisé populairement Biden pour deux ans. Aujourd’hui, ils sont pourchassés par une politique migratoire.

Le Canada, de son côté, annexe souvent un programme de travailleurs qualifiés ou de réunification familiale. Le nouveau concept de dépérissement des peuples peut bien être la cause à venir de s’installer dans la terre glaciale. Selon le titulaire de la Chaire en études sur le Québec contemporain, Alain G. Gagnon, et le sociologue David Sanschagrin, segmentés dans le livre « La politique québécoise et canadienne illustre le choc culturel ». Ils parlent de la diversité et de la cohésion sociale au Québec. Une province pratique influencée par les élites intellectuelles haïtiennes. Les auteurs mettent en emphase la mouvance québécoise : « Si la thématique de l’identité québécoise traverse autant de questionnements et de polémiques, c’est qu’un ensemble d’échanges publics à propos de la définition ou de la contestation des contours de l’espace citoyen y converge. » C’est l’appartenance, la diversité, l’inclusion, la cohérence sociale et le sens de l’expérience citoyenne au Québec. ». Aujourd’hui, les pays industrialisés comme la France, le Canada et les États-Unis font de la migration un outil politique et une arme tranchante en vue d’un mixage parfait de l’interculturalité et de la coopération.

En France, la rhétorique de la diaspora noire de 1930 à 1950 a connu une effervescence avec les tenants du Sénégalais Léopold Sédar Senghor, du Martiniquais Aimé Césaire, du Guyanais Léon-Gontran Damas et de Jean Price-Mars du côté d’Haïti (Introspection). Ils sont étudiants de différentes facultés à Paris. Ils portèrent le flambeau de l’identité des Noirs dans le salon littéraire de Paulette Nardal en vue d’une mouvance pour la valorisation de l’originalité culturelle du monde noir.

En opposition à des politiques migratoires, de grandes puissances formatent directement des pays par la désintégration des États et par la fragmentation des pays en application du nouveau concept international avec surtout le courant du néocapitalisme.

b) Connotation de Diaspora

Le penseur Albert O. Hirschman explique dans sa théorie (Exit, Voice and Loyalty) que lorsque les individus choisissent de partir (Exit) plutôt que de participer à l’amélioration de leur société (Voice), les institutions nationales s’affaiblissent.

1) Facteur migratoire

 L’Éldorado change d’un pays à un autre. L’haïtien, suivant plusieurs commentaires, est un peuple résilient et facile à reconvertir et à adapter. Il se retrouve à la croisée des chemins. Bon nombre en font un succès, d’autres sont à la merci des miettes. Dans une moindre mesure, des penseurs croient que la diaspora américaine facilite l’économie et fait rejaillir le ruissellement dans le pays d’origine; par contre, le système canadien est plus enclin à fournir des documents administratifs et la France, pour la coopération universitaire. Cet échantillonnage est pris de manière isolée et est considéré comme un modèle pour les autres pays. Ce qui porte à croire que le concept de diaspora est diversifié d’un pays à l’autre. Un coup d’œil en effet sur les caractéristiques d’une diaspora moderne :

a) maintien d’un lien avec le pays d’origine ;

b) organisation communautaire dans le pays d’accueil ;

c)circulation de ressources financières et intellectuelles ;

d)influence sur les politiques nationales. En revanche, deux termes à mobiliser :

1)migration individuelle : départ d’une personne pour des raisons personnelles ;

2)diaspora organisée : communauté capable de mobiliser des ressources pour influencer son pays d’origine.

Contribution économique de la diaspora

Le flux migratoire vers les États-Unis, le Canada, la France et les Caraïbes est pris en étau par des crises économiques et politiques telles que : la recherche d’opportunités économiques ; l’instabilité politique ; le chômage ; l’insécurité ; les faibles perspectives sociales et les études universitaires. La migration porte sur la transformation progressive d’une diaspora d’exil et de survie en une diaspora professionnelle et entrepreneuriale, malheureusement heurtée par des bracelets électroniques.

a) les statistiques

Selon le rapport de la Banque mondiale, Haïti est de plus en plus dépendant de la diaspora. Son apport au PIB est évalué à environ 30 %, soit 3 milliards de dollars par an. Le Fonds monétaire international (FMI) estime que l’apport de la diaspora ne se limite pas à une aide familiale, mais constitue un apport financier vital.

Alors la Banque de la République d’Haïti (BRH) se dit avoir révisé ses circulaires 118 et 114 afin de renforcer la régulation des transferts. En janvier 2024, sur les 256,55 millions d’USD reçus, 47,89 millions ont été déposés directement sur des comptes bancaires. Cette mesure vise à canaliser les devises vers le secteur formel et à garantir le respect des normes de change.

Dans la foulée, le professeur sociologue néerlandais Hein de Haas estime que les transferts ne conduisent pas automatiquement au développement ; leur efficacité dépend de la qualité des institutions et des politiques publiques.

Pourtant, une étude menée par la Banque interaméricaine de développement (BID) souligne que ces transferts contribuent à réduire la pauvreté et à améliorer l’accès à l’éducation.
En 2025, les transferts ont atteint environ 5 milliards USD, soit une hausse de 20 % par rapport à 2024. En 2026, malgré des pressions politiques aux États‑Unis, ils demeurent vitaux et s’élèvent à près de 6,1 milliards USD, représentant environ 20 % du PIB haïtien. Ils dépassent de façon exponentielle la République voisine.

Les transferts d’argent vers Haïti ont un impact direct sur l’économie nationale, car ils soutiennent les ménages, financent la consommation et stabilisent partiellement l’économie. Ils constituent une source vitale de devises pour les banques et le marché des changes. Leur rôle dépasse la sphère économique ; ils renforcent la résilience sociale et compensent les faiblesses de l’État. À titre d’illustration, le tableau ci-dessous montre le rapport d’équivalence entre Haïti et la République dominicaine.

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b) Les taxes

L’État haïtien prélève continuellement des taxes sur chaque transfert international à partir du régime Martelly-Lamothe. La diaspora a doublement contribué à la croissance économique du pays avec ce prélèvement. Des mains tendues aux familles proches pour aider à pallier des moments durs et des amis éparpillés bénéficient du soutien des Haïtiens vivant en terre étrangère. Lesquels sont du ressort de l’État en termes de responsabilité ? Les 1,50 $ s’ajoutent au budget national pour le financement de politiques publiques. Ce prélèvement, par ailleurs, vise à alimenter notamment des fonds destinés à l'éducation et à certains programmes de développement. Partant de l’exercice, sur un échantillon de 1000 transferts de 100 USD venant de la diaspora à travers le monde, l’État va collecter plus de 1500 dollars par jour. L’État devrait mobiliser ces ressources pour réaliser divers projets durables pour le bien du pays. La diaspora pourrait bénéficier du retour de l’ascenseur par la vision de redistribution à la diaspora. Les ménages pourraient aussi jouir des services de la communauté dans les endroits reculés. Nous présentons ce tableau pour mieux comprendre.

Ce tableau que nous venons de présenter illustre le côté budgétivore de l’État sans aucun projet solide pour réaménager le pays et assurer des infrastructures dans les autres départements.

 

Le transfert de compétences et la mobilisation de la diaspora

Selon Robin Cohen, les diasporas modernes ne sont plus seulement des communautés géographiquement dispersées. Elles forment un vaste réseau transnational capable de faciliter les investissements, le commerce, les échanges technologiques et la coopération internationale. Pour Cohen, la diaspora constitue un acteur économique qui relie le pays d'origine au pays d'accueil en favorisant la circulation du capital financier et du capital humain. (Principe du facteur migratoire).

a) Suivant l’approche du transnationalisme, Alejandro Portes avait précisé en 1999 que les migrants développent des activités économiques simultanément dans plusieurs espaces nationaux. Grâce à leurs entreprises, leurs investissements et leurs réseaux professionnels, ils créent un espace économique transnational qui favorise les échanges de capitaux, de technologies et de savoir-faire entre les pays d'origine et les pays d'accueil.

Dans le même ordre d'idées, Peggy Levitt (1998) introduit le concept de « remises sociales » (social remittances). Elle soutient que les migrants ne transfèrent pas uniquement de l'argent, mais également des idées, des compétences, des normes de gestion, des pratiques professionnelles et des valeurs démocratiques. Ces ressources immatérielles peuvent contribuer à améliorer la gouvernance, l'entrepreneuriat et les capacités institutionnelles des pays d'origine.

b) Cette vision est également partagée par Sonia Plaza et Dilip Ratha (Banque mondiale), qui considèrent la diaspora comme une véritable ressource stratégique pour le développement. Selon ces auteurs, les diasporas contribuent au développement par plusieurs mécanismes notamment :

  • Les investissements directs dans les entreprises ;
  • La création de PME ;
  • Le financement des infrastructures ;
  • Le transfert de technologies ; 
  • La mobilisation de réseaux internationaux ;
  • L’émission de « diaspora bonds » (obligations destinées à la diaspora) pour financer des projets de développement.

La Diaspora et ses limites

Les professionnels haïtiens établis au Canada, aux États-Unis, en France ou dans d'autres pays possèdent des expertises dans les domaines de la santé, de l'ingénierie, des technologies de l'information, de la finance, de l'éducation et de l'entrepreneuriat. Leur leadership et leur expertise en matière de machines industrielles seraient utiles à l’implantation d’industries à grande échelle en Haïti.

Néanmoins, l'instabilité politique, l'insécurité, la corruption, la faiblesse des infrastructures et l'absence de politiques publiques cohérentes limitent encore leur participation au développement économique du pays.

Ainsi, le véritable défi pour Haïti n'est pas seulement de mobiliser les ressources financières de sa diaspora, mais aussi de créer les conditions institutionnelles permettant de valoriser son capital humain, son expertise et ses investissements dans une perspective de développement durable. Selon les théoriciens, il est donc nécessaire de subdiviser le support :

  • Le capital financier (investissements et transferts de fonds) ;
  • Le capital humain (compétences, expertise, innovation) ;
  • Le capital social (réseaux professionnels, coopération internationale, influence transnationale).

Les contraintes structurelles

a) La faiblesse des institutions publiques, selon Douglass North (1990), le montage des dossiers et l’ouverture des entreprises emportent sur les faits. L’exécution des contrats, la sécurité de l’investissement, les coûts et les risques augmentent considérablement.

b) L’instabilité politique et l’insécurité

L’instabilité constitue un obstacle majeur. Les changements fréquents de gouvernement posent des problèmes sérieux. Selon Paul Collier (2007), les pays touchés par des conflits ou par une instabilité chronique connaissent une baisse importante des investissements privés, nationaux comme étrangers, en raison de l'incertitude qu'ils génèrent. En Haïti, cette situation conduit des membres de la diaspora à privilégier l'achat de biens immobiliers ou les transferts familiaux plutôt que le financement d'entreprises ou d'activités productives.

c)La corruption et la faiblesse du système judiciaire

L’absence de transparence et les procédures administratives sont très complexes. Les marges de manœuvre pour détourner des fonds réduisent la confiance des investisseurs. Susan Rose-Ackermann en 1999 illustre que la corruption élimine la compétitivité économique. La question du monopole sur le marché économique haïtien est la plus corsée des décisions administratives.

d) Les insuffisances des infrastructures économiques

Le développement en économie nécessite des infrastructures performantes.

  • Insuffisance de la production d'électricité
  • Dégradation du réseau routier ;
  • Faiblesse des infrastructures portuaires ;
  • Accès limité aux technologies numériques.

e) L’absence de politiques publiques

Le gouvernement devra faciliter l’intégration dans la croissance économique. Les incitations fiscales et les guichets uniques pourraient hanter la diaspora. Selon Dilip Ratha et Sonia Plaza, l’absence de stratégie limite la participation de la diaspora à des projets structurants.

f) La faiblesse du climat des affaires : selon la Banque mondiale, un climat des affaires défavorable réduit l’investissement privé, comme la lourdeur administrative, les difficultés d’accès au crédit, la faiblesse de la protection des investissements et le manque de sécurité juridique. Les dysfonctionnements administratifs, la lenteur judiciaire et l'insécurité juridique découragent les investisseurs de la diaspora, qui hésitent à engager leurs capitaux dans des projets à long terme.

A priori, l’absence de bonne coordination et de vision des entreprises multinationales dans leur pays d’accueil réduit leur performance. Le penseur Gunnar Myrdal, dans sa théorie de la causalité cumulative[1],a expliqué que « les économies pauvres peuvent être enfermées dans des mécanismes qui renforcent leur retard ». S’il n’existe pas sur place de professionnels pour les implémenter. Le phénomène de la fuite des cerveaux frappe à la porte. Les ressources envoyées peuvent maintenir le système dans un état de léthargie.

Entre mécanisme de survie et levier de développement

Suivant Oded Stark, la migration est une stratégie collective des ménages visant à diversifier les revenus et à réduire les risques économiques. Ils participent à la solidarité familiale plutôt qu’à une logique d’investissement. L'expérience comparée dans plusieurs pays, tels qu'Israël, l'Inde ou l'Irlande, montre que la diaspora peut devenir un puissant levier de développement lorsque l'État met en place un environnement favorable à l'investissement, à l'entrepreneuriat et au transfert de compétences.

À l'inverse, le cas haïtien confirme l'analyse de Hein de Haas : « une diaspora, aussi importante soit-elle, ne peut à elle seule compenser les défaillances de l'État. Tant que les contraintes structurelles persisteront, son action restera principalement orientée vers la survie des ménages plutôt que vers la transformation de l'économie nationale. »

Stratégie de développement

Les ménages utilisent ces ressources pour satisfaire leurs besoins essentiels et réduire les risques économiques. Cette fonction sociale est fondamentale, mais elle ne favorise pas nécessairement la création de richesses ni l'augmentation de la capacité productive du pays.

La deuxième concerne la dépendance économique : le comportement paresseux développé chez certains membres de la famille les empêche de progresser sur le plan éducatif et sur le marché du travail.

La troisième concerne une vision claire d’une filière capable de garantir une économie stable.

La quatrième évoque les effets macroéconomiques ambivalents.

Une économie orientée vers les importations plutôt que vers la production nationale, pour acheter des biens importés. En dépit du fait que les fonds contribuent à réduire les vulnérabilités chez la famille. Ils entraînent aussi des conséquences à long terme par rapport au changement de comportement chez les ménages. L’acculturation aux produits étrangers, en ignorant les difficultés auxquelles est confrontée la diaspora pour trouver de l’argent.

Les perspectives d'une meilleure mobilisation de la diaspora

Dans la même perspective, Sonia Plaza (2011) souligne que la diaspora ne doit pas être considérée uniquement comme une source de financement, mais également comme un réservoir de compétences, d'innovations et de réseaux internationaux. Elle recommande l'élaboration de politiques facilitant le retour temporaire des professionnels, le transfert de technologies, la coopération universitaire et l'accompagnement des jeunes entrepreneurs.

L'approche transnationale développée par Alejandro Portes (1999) montre également que les migrants peuvent contribuer simultanément au développement de leur pays d'accueil et de leur pays d'origine. Cette dynamique favorise la création de réseaux économiques, commerciaux et scientifiques capables de renforcer l'intégration d'Haïti dans l'économie mondiale.

À cet égard, plusieurs pays ont développé des politiques performantes de mobilisation de leur diaspora. Israël a utilisé les Diaspora Bonds pour financer de grands projets nationaux ; l'Inde a attiré les investissements et les compétences de sa diaspora grâce à des réformes économiques et à des dispositifs spécifiques ; l'Irlande a mobilisé ses expatriés pour soutenir son développement technologique et industriel. Ces expériences montrent que la diaspora peut devenir un partenaire stratégique lorsque l'État définit une vision claire et met en place un cadre institutionnel crédible.

Dans le cadre d’Haïti, on peut explorer plusieurs pistes :

  • Élaborer une politique nationale de mobilisation de la diaspora ;
  • Créer un guichet unique destiné aux investisseurs de la diaspora ;
  • Mettre en place des incitations fiscales pour les investissements productifs ;
  • Développer des fonds d'investissement et des obligations de la diaspora afin de financer les infrastructures, l'agriculture, l'énergie et les PME ;
  • Favoriser le transfert de compétences par des programmes de retour temporaire des professionnels et d'échanges universitaires ;
  • Renforcer la gouvernance, la transparence et la sécurité juridique afin de restaurer la confiance des investisseurs.

Tout compte fait

Le principal défi ne réside pas dans la capacité financière de la diaspora, mais dans la mise en place d'un cadre institutionnel stable et crédible permettant de transformer cette solidarité familiale en un véritable levier de développement économique durable.

En effet, l’étude nous a permis de faire un constat d’échec, à savoir que les autorités du pays peinent à associer la diaspora au binôme de solidarité familiale ponctuelle et à la dynamique d’investissement durable.

Le statut de la diaspora haïtienne est jusqu’à présent demeuré théorique. La constitution haïtienne amendée a consacré la double nationalité pour certains niveaux de postes électifs, lequel statut reste bancal. De plus, il n’existe pas vraiment d’organisation connue publiquement regroupant toutes les sensibilités des membres de la diaspora haïtienne, si ce n’est qu’une frange d’organisations qui militent sous le label de la diaspora en général. Le problème du vote électronique est toujours dans l’impasse lors des élections en Haïti, ce qui est peut-être dû à des mécanismes infrastructurels et aux problèmes financiers, qui entravent cet exercice afin de permettre aux membres de la diaspora d’exprimer leur droit de vote. Il n’est pas surprenant d’avoir des bracelets aux pieds, mais quid de la capacité de transformer ce risque en opportunité ? Les ressources humaines sont à rechercher partout.

References

 Alain G. Gagnon et David Sanschagrin, la politique québécoise et Canada, Acteurs, Institutions, Sociétés, Presses de l’université du Québec,2e édition 2014, page 89

 Jacques Barou, le lien diasporique la création culture : https://shs.cairn.info/revue-hommes-et-migrations-2021-1-page-119?lang=fr

Seraille William, Afro-American emigration to Haiti during the American Civil War. vol 35 1978, Cambridge University

Alain G. Gagnon, la politique québécoise et canadienne, page 97, 2e paragraphe

Albert Hirschman, theory Exit, Voice and Loyalty

North, D. C. (1990). Institutions, Institutional Change and Economic Performance. Cambridge University Press.

Banque mondiale. Migration and Développement Brief (dernières éditions).

Banque de la République d'Haïti (BRH). Rapports annuels sur les transferts de fonds et les indicateurs économiques.