L’absence de politique publique sur les NTIC a transformé l’accès aux réseaux sociaux en un outil d’aliénation : culture du buzz, obscénités et perte de repères minent la jeunesse et la réputation de nos communautés. Célébrant le premier anniversaire de l'émission NaEl's House Talk Show, cet article appelle à inscrire d'urgence l'éducation au numérique à l'école et à exiger une véritable vision stratégique des futurs dirigeants.
À l’occasion du premier anniversaire de la reprise de l'émission NaEl's House Talk Show, présentée par Nadine et Elvenson Nelson et diffusée chaque dimanche de 18 h à 19 h sur les plateformes numériques, nous revenons sur l'une des réflexions les plus fondamentales menées au micro de notre émission le 11 novembre 2025 avec le Dr. Adenet Médacier : l'impact dévastateur du monde digital sur l'unité familiale, la foi et la cohésion sociale.
Nous vivons une époque paradoxale. Jamais l’humanité n’a été aussi connectée, et pourtant, jamais le sentiment d’isolement, la dissolution des liens familiaux et la perte des repères moraux n’ont été aussi criants. En Haïti comme dans une grande partie de sa diaspora, la démocratisation sauvage de l'accès aux Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) s'est faite sans boussole, sans vision et, surtout, sans politique publique d'encadrement.
En l'absence totale de leadership d'État quant à la régulation et à la gouvernance du numérique, l'accès universel aux réseaux sociaux — qui aurait dû être un formidable levier d'auto-formation, de perfectionnement académique et de création de richesse — s’est transformé en un Far West numérique.
De la promesse d'émancipation aux dérives de l'obscénité
Là où d'autres nations canalisent la puissance algorithmique pour booster leur économie de la connaissance, notre société assiste, impuissante, à un nivellement par le bas. Des jeunes en quête de repères aux adultes prétendument responsables, l'usage des plateformes vire trop souvent à la mise en scène de l'obscénité, à la culture du buzz facile et à la haine en ligne.
D'un point de vue philosophique, nous observons le triomphe de l'avoir et du paraître sur l'être. La quête de validation par le « like » remplace la quête de vérité et de dépassement de soi. Théologiquement, comme le rappelait le Dr. Adenet Médacier lors de notre échange, Pasteur Principal de « Holy Nation Church », une église située dans la ville de Hollywood en Floride, ce phénomène crée une « relation sans communion ». La technologie nous donne l'illusion de la présence, mais nous prive de l'authenticité, de l'altérité et du recueillement spirituel.
Sur le plan scientifique et psychologique, les recherches les plus récentes en neurosciences démontrent que la surconsommation de contenus futiles réorganise le circuit de la dopamine chez les jeunes, détruisant leur capacité d'attention profonde, de pensée critique et d'effort soutenu. Le résultat est désastreux : des générations entières sont distraites des choses essentielles dignes de leur destinée, troquant leur avenir intellectuel et professionnel contre une satisfaction éphémère.
Plus grave encore, cette empreinte numérique toxique ruine durablement la réputation digitale des individus, des familles et de communautés tout entières, fermant au passage des portes académiques et professionnelles internationales de plus en plus exigeantes sur le passé virtuel des candidats.
L'urgence d'une éducation aux médias : L'exemple de la Floride
Cette dérive n'est pas une fatalité ; elle est le produit direct d'un vide éducatif et institutionnel. Ailleurs dans le monde, la réponse passe par l'école. Aux États-Unis, notamment dans l'État de Floride (Florida Statutes § 1006.147 / lois sur l'alphabétisation média), le système éducatif a inscrit obligatoirement dans son curriculum des cours d'éducation à l'usage des réseaux sociaux et à la citoyenneté numérique (Social Media Literacy). Les élèves y apprennent à détecter les fausses informations, à protéger leur vie privée, à mesurer la portée de leur empreinte digitale et à utiliser le web comme un outil de production scientifique et économique.
Pourquoi Haïti devrait-elle rester l'exception où l'écran est un outil d'aliénation plutôt que d'émancipation ? Le ministère de l'Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) doit d'urgence intégrer un module d'éducation au numérique dans notre système scolaire, dès le fondamental.
Un impératif pour les futures joutes électorales
Alors que le pays devra inévitablement se tourner vers des échéances électorales pour refonder ses institutions, la question du numérique ne saurait être reléguée au second plan. La souveraineté numérique, la protection de notre jeunesse et l'encadrement des NTIC sont des questions d'urgence nationale, au même titre que la sécurité, l'économie ou la santé.
En tant que citoyens et électeurs, nous avons le devoir d'interpeller les futurs candidats à la présidence et au Parlement. Nous devons exiger des futurs législateurs qu'ils inscrivent à leur agenda législatif des propositions de loi concrètes :
Une loi sur la citoyenneté et la protection numérique des mineurs.
L'obligation d'un programme d'alphabétisation médiatique dans les écoles.
Des incitations fiscales pour les plateformes éducatives et entrepreneuriales.
Reprendre le contrôle de notre destinée
Le numérique est un couteau à double tranchant : il peut construire une nation ou achever de la démolir. Alors que nous célébrons le premier anniversaire du retour de NaEl's House Talk Show, notre engagement au micro demeure inchangé : utiliser les plateformes virtuelles non pas pour alimenter le bruit, mais pour élever les consciences, restaurer la communion au sein de nos familles et inspirer un leadership responsable.
Il est temps de sortir de la passivité. Exigeons de nous-mêmes, de nos enfants et de nos futurs dirigeants un usage intelligent, éthique et orienté des réseaux sociaux. Notre avenir national en dépend.
