Le registre des idéaux

Le moteur principal de l’humain, ce n'est pas le plaisir ni le pouvoir. C'est de trouver un sens à sa vie. Privé de sens, c’est le désespoir. Dr. Viktor Frankl

Jean Stanley  A. BARRATTEAU
06 août 2026 — Lecture : 8 min.
Le registre des idéaux

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Hors de la dialectique de Socrate, de Hegel et de Marx… la conversation de circonstance entretenue par des électeurs et des électrices pouvant voter à Droite, à Gauche, au Centre ou à l'extrémité des deux pôles, notamment sur les violentes exactions criminelles et sanguinaires commises principalement en temps de paix sur la Terre par des tyrans absolus et toxiques, des leaders de convictions opposées ayant le profil de la Tétrade Noire de la Personnalité, peut entraîner des joutes de rhétorique controversée, enflammée, partisane et déséquilibrée... à l'instar des intervenants excessifs ou fanatiques, conscients ou non, d'une périple de distorsions dans la mêlée politique.

Dans l'opinion publique, la presse écrite, télévisée, numérisée des médias sociaux et universitaires à travers le monde, on constate avec stupéfaction les exécutions ordonnées par des despotes de Gauche, lesquelles sont traitées différemment de celles perpétrées par des extrémistes de Droite. Et, ce double standard avéré semble découler de certains dénouements ou conjonctures aléatoires.

Analysons d’abord le cadre idéologique d'époque.

Après 1945, le fascisme et le nazisme ainsi que le colonialisme post 1960 deviennent en Occident le mal absolu

Avec la Droite, on court le risque d'un retour au fascisme mais le Communisme (la Gauche) demeure l' idéal trahi. L'idée d'égalité et de martyr pour le peuple survit.

Jugée sur les intentions et ses résultats, la Droite autoritaire représente la répression de classe.

La Gauche autoritaire fait elle-même figure d'excès de zèle pour construire un monde nouveau.

Comparaison n'est pas raison, semble-t-il... même dans le compte funèbre des idéaux. En effet,

- Les tueries, liquidations, exécutions enregistrées de 3200 personnes et 40.000 torturés d'une population de 10 millions sous les 17 ans de tyrannie militaire du général Augusto Pinochet Ugarte au Chili ou encore les 25 millions de trépassés dont 14 millions de soviétiques affamés, plus six millions de Juifs gazés, exterminés et des millions d'autres détenus fusillés, éliminés et incinérés aux fours crématoires d'Adolf Hitler dans les camps de concentration nazis durant la seconde Guerre mondiale, sont des crimes d'État horribles alors que les 25 millions de décédés prématurés sous le totalitarisme du bolchévique Joseph Staline avec ses 28 millions de déportés ne sont que les "dérives d'une utopie".

- Les 10 millions d'occis Congolais démembrés de Léopold II, roi de Belgique, sont une abomination déicide devant les 70 millions cumulés de chinois sacrifiés par Mao Zédong au profit, entre autres, de noble idéal : “Faire accéder trois millions de chinois du lumpen prolétariat (paysans pauvres) à une classe d’ouvriers urbains privilégiés en (27 ans de totalitarisme) 1949-1976 sur une population de 540 à 900 millions".

-  Le razzia du quart de la population cambogienne par les Kmers Rouges avec Pol Pot (Saloth Sar), en fait, deux millions de massacrés par "excès de zèle révolutionnaire," lesquels sont classés en-deça des 20 à 30 mille monstruosités assassines de mises à mort d'opposants orchestrées pendant 29 ans en Haïti par les dictateurs Duvalier, père Dr François puis fils Jean-Claude, secondés de militaires des Forces Armées d'Haïti et de sbires paramilitaires : les Tontons Macoutes.

Il y a ensuite le contrôle du récit historique par les vainqueurs.

1945-1991, Guerre froide. Le Bloc Ouest gagne. Ses archives, universités et médias dominent. La droite latino-américaine, l'apartheid en Afrique du Sud, les dictatures militaires sont documentées, jugées à Nuremberg, par la Cour Pénale Internationale (CPI)

En 1991, le Bloc de l'Est s'effondre. Il y a l'ouverture tardive des archives. L'URSS de Lénine, Staline, Kroutchev, Brejnev... la Chine de Mao, le Cambodge des Kmers Rouges et Pol Pot sont donc étudiés 40 ans plus tard.

Quelle fut la justification officielle utilisée par chaque camp idéologique ?

Pour la Droite autoritaire qui est pour "l'ordre", "l'anticommunisme", "la sécurité nationale" et "la religion". Elle est considérée comme la "défense des privilégiés", avec l'absence d'idéal universel.

La Gauche autoritaire avec "la révolution", "le peuple", "l'égalité", "la lutte anti-impérialiste"... qui est appréciée comme “ Sacrifice pour un idéal noble... même raté.”

L'intelletuel pardonne plus facilement "trop de zèle pour l'égalité" que "tuer pour protéger la propriété". La finalité pèse plus que les moyens dans le jugement moral.

Les étudiants, syndicalistes, paysans et opposants sont identifiés comme les Victimes de la Droite alors que les militaires, policiers et élites représentent les Bourreaux. Le narratif est simple et médiatique, "faibles contre puissants."

À Gauche on identifie les koulags, les intellectuels "bourgeois", les dissidents du parti, les prêtres comme Victimes et comme Bourreau, "le peuple au pouvoir". Avec un narratif moins manichéen et plus complexe.

En s’alignant géopolitiquement, les USA et l'UE prônent depuis 1991 le discours des droits humains.

Pour restreindre la Droite, on renforce l'OTAN, l'ONU, la CPI. Ce qui est politiquement rentable.

On atténue l'effet Démocratie contre Totalitarisme par la création d’une équivalence URSS = USA. Ainsi, le récit de l'Occident comme défenseur de la liberté s’affaiblit.

Diplomatiquement, un Pinochet ou un Duvalier est rapidement sanctionné tandis qu'un Daniel Ortega, Nicolas Maduro, Fidel Castro… bénéficient de plus de temps de grâce dans les capitales occidentales au nom de "l'anti-impérialisme"

En Haïti on a eu Dr François, puis son fils Jean-Claude Duvalier avec les Tontons Macoutes de 1957 à 1986 qui représentaient la Droite coupable de multiple méfaits et atrocités sanglantes. La condamnation est immédiate. Documentées par l'UNESCO, les données peuvent être consultées et dispensées dans les cours d'histoire.

À Gauche on met à jour les exécutions, moins d’un millier sous les gouvernements Lavalas de Jean-Bertrand Aristide ex-prêtre réduit à l'état laïc ainsi que l'agronome René Préval 1991-2004. Mis à part dizaine de milliers d’enfants ayant succombé sous l’embargo américain suscité en 1991-1994. Il est rapporté par contre qu'une masse populaire de près de 5 000 partisans lavalassiens fut décimée par les militaires des FADH lors des coups d’état de 1991 et 2004. Les assassinats reprochés au régime Lavalas reçoivent l'appellation "dérives populaires", "auto-défense". Ces données moins documentées, sont par conséquent moins sanctionnées.

Pas que les macchabées comptent moins, c'est que les médias, le milieu universitaire et diplomatique pèsent les intentions avec le camp géopolitique d'abord, avant de considérer le nombre.

On ne juge pas que l'acte "tuer". On juge "tuer pour quoi, contre qui, avec quel allié international". Et depuis environ 80 ans, "tuer pour l'égalité contre l'impérialisme" pèse moins lourd que "tuer pour l'ordre contre le Communisme" dans l'opinion publique occidentale.

La casuistique linguistique étant l'art de tordre les mots pour que l'acte reste le même, tandis que le jugement change. Elle constitue exactement le mécanisme qui explique pourquoi les exécutions de Gauche diffèrent de celles à Droite dans le débat public. On change de vocabulaire et le cortex cérébral change d'avis.

Dans l'acte de tuer des opposants (exécution politique), notons l'effet sur le jugement.

À Droite on parle d''assassinat, de crime d'État, de massacre, de liquidation.

À Gauche on dit élimination, purge, nettoyage, excès de zèle, dérives utopiques. Le crime est illégitime alors que la purge équivaut á la logique d'un processus.

Dans le cas d'emprisonnement sans procès, à Droite on écrit Prison politique, détention arbitraire

À Gauche on note Rééducation, camp de redressement, isolement protecteur

La détention arbitraire fait peur tandis que la rééducation évoque la pédagogie.

En cas de tuerie de civils, à Droite, il y a bavure, boucherie, terreur d'État

À gauche, on inscrit Dommages collatéraux, frais de la révolution, peuple qui se fait justice.

La terreur d'État accuse une faute morale tandis que Dommages collatéraux affichent un coût acceptable.

La dénomination des chefs qui commandent, dictateur, tyran, sanguinaire à Droite.

Et à Gauche, Guide, timonier, homme providential trahi par ses lieutenants.

La faute colle au nom ou s'évapore.

En Haïti quand Les Macoutes 1957-1986 tuent, c'est un crime des Duvalier entourés de militaires et de Tontons Macoutes.

Si, de 1991 à 2004 sous Aristide - Préval, les Chimères exécutent ou assassinent, c'est la violence populaire, une dérive Lavalas, l'auto- défense du peuple.

Même balle, même machabée, verbe différent et mémoire différente.

Dans le cerveau, certains morts apportent des charges émotionnelles surprenantes.

Massacre déclenche un dégoût immédiat alors que Purge amorce une curiosité intellectuelle.

La casuistique linguistique peut aussi servir d’arme politique aiguisée et efficace.

En 2026, des vocables et des slogans sont péremptoirement diffusés sur la scène électorale haïtienne. Tel ou telle candidat-e, qualifié-e de "technocrate", "diplomate", "entrepreneur-e”, mots neutres qui conviennent aux internationaux. Aspirant-e avec "coup d’Etat", "rebelle", "ex-détenu", termes irritants, antipathiques aux USA et autres puissances occidentales. Concurrent-e étiqueté-e de "shérif", "commissaire", "homme ou femme de l'ordre”, paroles rassurantes pour l'international. Prétendante "veuf-ve", avec un "symbole", lié-e à la "justice”, lexèmes émotionnels attirant une certaine sympathie populaire.

En Haïti comme ailleurs, on ne gagne pas légitimement ni légalement aux urnes munis seulement de fusils d'assaut. Il faut habilement utiliser à fréquence donnée des expressions châtiées et pertinentes, en créole ou en français.

Épilogue

En aparté ou dans la foule qui danse et se bouscule pour pouvoir s'orienter, il faudrait se prémunir contre des prévarications inopportunes, en s'imposant individuellement un raisonnement logique, impartialement rigoureux ainsi qu'un judicieux équilibre de discernement (jugement) quand on peut se le permettre, c'est-à-dire un gros bon sens sur les thématiques d'importance toujours conflictuelles.

D+S   27  juillet  2026

Jean Stanley  A. BARRATTEAU

Bibliographie. :

Le livre noir du Communisme : Crimes, terreur, répression. Courtois, Stephane, et al.

Robert Laffont 1997

Snyder, Timothy. Bloodlands : Europe between Hitler et Staline. Basic Books, 2010.

Hochschild, Adam. King Leopold's Ghost : A Story of Greed, Terror, and Heroism in Colonial Africa. Hough Mifflin, 1998.

Judt, Tony. Postwar : A History of Europe Since 1945. Penguin, 2005.

Todorov, Tzvetan. Mémoire du mal, tentation du bien : Enquête sur le siècle. R. Laffont, 2000.

Paulhus, Delroy L. & Williams, Kevin M. "The Dark Triad of Personality :

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Haidt, Jonathan. The Righteous Mind : Why Good People Are Divided by Politics and Religion. Pantheon, 2012, Orwell George. "Politics and the English Language". Horizon, 1946.

Chomsky, Noam & Herman, Edward S. Manufacturing Consent : The Political Economy of The Mass Media. Pantheon, 1988.

Fatton Jr., Robert. Haiti's Predatory Republic : The Unending Transition to Democracy. Lynne Rienner, 2002.

Dupuy, Alex. Haiti in the New World Order : The Politics of the Model Republic. Westview Press, 1997.