Haïti ne manque ni de diagnostics ni de rapports. Depuis plusieurs années, les crises se succèdent, les constats s'accumulent et les recommandations se multiplient. Pourtant, le pays demeure confronté à une insécurité grandissante, à une gouvernance fragile, à un affaiblissement des institutions et à une profonde crise de confiance entre l'État et la population.
La Déclaration finale du IVᵉ Forum national de la société civile, organisé à Pétion-Ville les 26 et 27 juillet 2026, ne constitue donc pas un simple document de circonstance : elle se veut un appel pressant à transformer les paroles en actions.
Ce texte présente une analyse lucide de la situation nationale. Il souligne que la transition engagée depuis 2021 n'a pas atteint ses principaux objectifs : rétablir la sécurité, renforcer l'État de droit, améliorer les conditions de vie des citoyens et créer un climat favorable à la tenue d'élections crédibles. Ce constat, partagé par une large représentation de la société civile — plus d'une cinquantaine de délégués représentant plus de 500 organisations de la société civile (OSC), issues des dix départements et de la diaspora — invite chacun à dépasser les intérêts particuliers pour privilégier l'intérêt supérieur de la Nation.
Cependant, la force de cette déclaration ne réside pas uniquement dans son diagnostic. Elle propose une vision fondée sur des principes essentiels : la sécurité des citoyens, le respect de la légalité, une gouvernance transparente, une participation inclusive et une transition limitée dans le temps, assortie d'objectifs clairement définis. Ces orientations rappellent qu'aucune démocratie ne peut prospérer sans institutions crédibles, sans responsabilité publique ni sans participation citoyenne.
Les recommandations formulées traduisent une approche globale. Elles insistent sur la nécessité de renforcer les forces de sécurité, de restaurer la justice, de lutter contre la corruption, de relancer les services publics, de soutenir les collectivités territoriales et de préparer des élections véritablement libres, transparentes et crédibles. Il ne s'agit pas de mesures isolées, mais des différentes composantes d'un même projet de reconstruction nationale.
L'une des avancées majeures de cette déclaration est la création d'un Comité de suivi chargé d'assurer la mise en œuvre des recommandations, de produire des rapports publics et de maintenir un dialogue permanent entre les autorités, la société civile, les collectivités territoriales et la diaspora. Cette décision traduit une volonté de rompre avec la culture des engagements sans lendemain et d'instaurer un véritable mécanisme de redevabilité.
Le véritable défi commence maintenant. Une déclaration, aussi pertinente soit-elle, ne transformera pas, à elle seule, la réalité nationale. Son efficacité dépendra de la volonté politique, de l'engagement des institutions, de la vigilance de la société civile et de la mobilisation de chaque citoyen. L'avenir d'Haïti ne peut être construit par quelques acteurs seulement ; il exige une responsabilité collective.
Aujourd'hui plus que jamais, notre pays a besoin d'un nouveau pacte de confiance fondé sur la transparence, la justice, la participation et le respect de l'État de droit. Si chacun assume sa part de responsabilité, cette déclaration pourra devenir bien plus qu'un document : elle pourra marquer le point de départ d'une nouvelle espérance pour Haïti.
