"Les hommes passent mais les institutions demeurent. "
78 ans de vibrations ininterrompues , une discipline de fer et un génie rythmique inégalé. Le 27 Juillet, l'orchestre septentrional s'affirme comme le Doyen absolu de la scène musicale nationale.Il continue d' écrire l 'histoire à travers une course de relais inter générationnelle unique.Retour sur l' épopée d' un monument du patrimoine immatériel haïtien qui refuse de s' éteindre!
Une course de relais inter générationnelle à travers l' histoire.
Le 27 Juillet 1948, sous l' impulsion de pionniers visionnaires, l' orchestre septentrional voyait le jour au Cap Haitien. Issu de la fusion créative entre le Trio symphonia, le Quatuor septentrional et deux musiciens indépendants, il s 'est lancé en pleine renaissance culturelle, sous le gouvernement du président Dumarsais Estimé.Depuis, Septent a traversé les cycles politiques et les tourments de la vie nationale avec une force herculéenne.
Sa longévité tient d' un véritable miracle organisationnel. Tel un coureur engagé dans une course de haies temporelle, chaque génération de musiciens s'est relayée pour franchir les obstacles de son époque. De maestro en maestro, de virtuoses en virtuoses, les artistes se transmettent le témoin sans jamais le faire tomber, préservant ainsi la flamme artistique sur plus de huit décennies .Ce relais ininterrompu constitue un cas d' école unique dans les annales de la musique afro- caribéenne, érigeant cette formation musicale en un monument de résilience historique offert à la Nation.
Le rythme "Boule de Feu" : l'aîné légendaire du Compas direct.
Septent ne s' est pas seulement contente de suivre uniquement l évolution musicale du moment, en jouant exclusivement du Compas direct; il a aussi creusé ses propres sillons, tracé sa propre route, défini son propre univers , en introduisant sa signature rythmique dans l architecture musicale haïtienne : " Le rythme Boule de Feu ".Il est caractérisé par le jeu simultané et enclavé du tambour,de la batterie et de la contrebasse. Cette innovation majeure est immortalisée par la musique fondatrice :" Mambo Bossu" qui est la première composition du maestro Ulrick Pierre Louis et aussi la première pièce dans la discographie de l' orchestre septentrional.
Ce rythme est conçu par le bassiste fondateur Raymond Jean Louis assisté d'Arthémis Dolce a la batterie et d' Arthur François au tambour.
Ce rythme a été joué pour la première fois le 11 Fevrier 1950 au Rumba Night Club du Cap Haitien soit cinq ans avant le Compas Direct qui n'a vu le jour que le 26 Juillet 1955 sur la Place Sainte Anne a Port - au - Prince.
En encrant cette cellule rythmique et magique dans la tradition musicale, Septent a dote le Nord d Haiti d un patrimoine immatériel indélébile, faisant de son répertoire une archive sonore vivante de notre identité.
La République de Port-au-Prince : le creuset de référence par excellence.
Dans les années 1950, la communication n'était pas ce qu'elle est aujourd hui.Les villes de province n' étaient pas aussi proches de la capitale. On prenait près de deux jours pour effectuer le trajet Cap Port au Prince. La capitale était le pays par excellence.Tout ce qui était valable, important et recherché ,était à la capitale où venait de la capitale.
Pour passer les examens officiels tout le reste du pays venait à la capitale. Toute l 'ingénierie de l' examen ( inscription,choix, épreuves ,correction,résultats) se faisait a la capitale , pour entrer à l' Université, il faut se rendre à la capitale ,le carnaval national se faisait a la capitale, pour être un membre de la sélection nationale de football, il faut jouer la coupe Pradel a Port au Prince, les meilleurs techniciens dans tous les champs de compétence de trouvaient a la capitale, la musique des villes de provinces n' arrivait pas et ne se jouait pas a la capitale alors qu on avait de nombreux orchestres très populaires dans toutes les grandes villes de province du pays, ils sont tous disparus, faute d' ouverture ,les stations de radio de la capitale étaient relayées pas les villes de province pour avoir des informations sur ce qui se passait dans leurs propres villes.Voila pourquoi le rythme Boule de Feu n' est pas connu alors que Septent n a jamais cessé de le jouer jusqu' aujourd hui et avec succes.Septent a reçu sa lettre de noblesse après sa premiere participation au carnaval de port au prince en 1966. Tout le monde se souvient du fameux " Madame Bonga ." D' ailleurs le maestro Nemours Jean Baptiste l' avait clairement dit au maestro Ulrick Pierre Louis que " Bonbon nan plaine pa van la ville ."
Une académie de l'excellence et de la rigueur administrative.
Du point de vue musicologique et sociologique, la pérennité de Septent offre un modèle d' organisation et de discipline administrative sans équivalent en Haiti. Il fonctionne comme une véritable académie. Il est une école de rigueur quasi- militaire ou la passation des savoirs entre aînés et jeunes talents est codifiée avec une précision d orfevre.
Sa structure a permis de négocier la transition des grands ensembles cuivrés vers les exigences technologiques modernes.Septent devient un sujet d' étude magistrale ou sa viabilité et sa longévité doivent être mises en évidence comme modèle et comme échantillon dans la structuration de toute organisation similaire.
L' incandescence d' une symphonie tropicale au cœur de la nuit.
L' orchestre septentrional embrasse les nuits haïtiennes de ses cuivres rutilants et du cuir vibrant de ses tambours.Sa musique est une fresque incandescente de couleur locale: le bleu d' Azur d 'une nuit capoise, le rouge ardent des passions créoles et l 'or chaud des trompettes qui déchirent le silence.
Les notes s 'y bousculent comme l' écume sur les rivages de l 'ocean, portant des textes qui sont autant de poèmes populaires, de chroniques amoureuses parfumées d'hibiscus et de mélancolie.C 'est le souffle d' un saxophone velouté qui caresse l' âme d' une Nation, une alchimie sonore suspendue au temps qui continue, 78 ans plus tard, de faire danser nos ombres sous la lune éternelle.
Septent est une poésie en mouvement, un feu qui illumine les nuits haïtiennes depuis huit décennies.Ses mélodies sont des caresses textuelles, des chroniques amoureuses et sociales qui chatouillent le coeur des haïtiens. Son harmonie défie le calme de la nuit et le battement de ses tambours retentit au rythme des espoirs et des rêves d' une Nation.Il représente cette symphonie éternelle qui continue d' écrire note apres note ,la bande sonore de notre dignité et de notre fierté.
Cap sur le centenaire
En célébrant ce 78e anniversaire, la Nation haïtienne ne se contente pas de saluer un passé prestigieux et memorable, elle contemple un phare pour l 'avenir, un puissant projecteur qui se propose de produire encore 22 megawatts de courant, un train qui doit encore parcourir 22 kilometres de route malgré les conditions actuelles de telle sorte qu' en 2048,Septent devienne
un véritable événement non seulement dans la culture haïtienne mais encore sur toute la planète terre.
A travers les crises et les tempêtes réelles ou provoquées, Septent a prouvé que l art est notre plus belle forme de résistance et d' unite.
Bonne et heureuse fête à septentrional.Que les 22 prochaines années continuent de resonner au rythme de cette determination farouche, de cette discipline exemplaire pour que la flamme allumée au Cap Haitien éclaire encore plusieurs autres generations et notamment celles qui viendront apres 2048!
Vanité,vanité ,vanité, tout est vanité!
Les pionniers qui ont investi toute leur existence dans la mise en place de cette noble structure au détriment de leurs propres familles sont tous partis les mains vides.Ceux qui les ont remplaces sont aussi partis avec les mains vides.Les actuels Dirigeants partiront dans les mêmes conditions
C est un honneur et un privilège si son nom est associé a une oeuvre aussi colossale et noble.C est aussi une obligation et une très lourde responsabilité de respecter et de gérer convenablement en bon père de famille ce que l' on n'a pas construit pour assurer et garantir une passation paisible sans reproches et sans heurts parce que tôt ou tard, comme les générations de musiciens, on doit céder la place a une nouvelle équipe quels que soient son attachement , son autorité et son emprise sur l institution.
On a mis le cap sur le centenaire.La besogne est immense, la route est longue, sinueuse.Il faut éviter la falaise et les ouvriers sont peu nombreux.
Personne ne sait qui sera présent en 2048.
Gerer, c 'est prévoir et n' oublions surtout pas qu' on est venu sur terre avec les mains vides et on partira comme on était venu; parce qu ici bas tout est vanite.On a le pouvoir non seulement pour jouir mais surtout pour servir avec désintéressement.
Comme Septent a dépassé les rêves, les objectifs et les perspectives de ses fondateurs pour servir la communauté pendant plus de trois quarts de siècle avant de cdevenir un patrimoine culturel immatériel national , les timoniers doivent savoir qu ils n 'ont pas droit a l' erreur. L' orchestre est déjà rentré dans l' imaginaire haïtien . Même dans ma tombe ,j aurais aimé qu on vienne me parler de ces méga événements à l' occasion des festivités du centenaire. Bonne fête Septent!
