Dans l'histoire de la Faculté d'Ethnologie, d'abord comme étudiant, puis professeur jusqu'à devenir vice-doyen des Affaires Académiques, bien des employés ont marqué mon expérience à plusieurs niveaux, parmi lesquels je veux nommément citer aujourd'hui M. Nelson Joseph.
En effet, depuis mon départ du pays dans des circonstances qui ne sont pas nécessaires à mentionner ici, M. Nelson Joseph est l'un des membres du personnel de la Faculté avec qui je garde un contact étroit et fondé.
Il ne s'est jamais passé une semaine sans que l'on n'ait à échanger sur divers points de l'actualité, sans négliger de débattre des progrès qu'effectuent ses filles au Brésil, dont Madame Nedlyne Jean-Philippe Joseph, qui était mon étudiante.
Rentré un peu plus tôt du travail ce 13 juillet 2026, j'ai, comme par enchantement, eu le besoin d'appeler M.Nelson.
Ce qui fut fait.
Ayant très vite remarqué que le timbre de sa voix a changé au cours de la conversation, je lui ai demandé : « Qu’est-ce qui ne va pas pour lui ?
C'est alors qu'il m'apprend que sa fille, Madame Nedlyne, a présenté un tableau dyspnéique et qu'elle a été conduite immédiatement à l'hôpital par son mari.
Dans le dialogue avec son gendre, comme il me l'a confirmé après, celui-ci lui a fait savoir que Nedlyne a été admise aux urgences et que le diagnostic posé est un accident cérébrovasculaire.
J'ai vite compris la raison pour laquelle le timbre de sa voix a changé et, sans détour, je lui ai dit qu'il ne faut rien précipiter, en attendant les résultats des examens paracliniques y relatifs.
C'est sur cette note que l'on a fermé la communication.
Moins de dix minutes, M. Nelson m'a rappelé, pour me confirmer, cette fois, que Madame Nedlyne, sa fille, est décédée des suites d'une hémorragie cérébrale.
Je me retrouve donc devant un fait inattendu et difficilement acceptable pour les raisons que l'on peut considérer.
Un choc terrible pour moi.
Les mots se sont estompés automatiquement, car l'important dans un tel cas, c'est de trouver tout ce qui peut soulager, renforcer la conviction chrétienne chez mon ami, somme toute, lui offrir un appui qui ne doit pas manquer dans une circonstance pareille. L'émotion a été à son paroxysme de part et d'autre.
On s'est promis d'en reparler plus tard. Ce qui ne fut pas possible, compte tenu de la gravité du coup.
Mon étudiante, Madame Nedlyne, comme beaucoup d'autres, a laissé le pays qui l'a vu naître sans avoir eu la chance de revenir mettre ses compétences au bénéfice de ceux qui méritent une prise en charge psychologique effective par rapport aux conditions actuelles qui ont trop longtemps perduré en affectant la santé mentale des concitoyens, ce que tous nous constatons même au loin.
Aujourd'hui, le Département de Psychologie de la Faculté d'Ethnologie pleure une de ses perles rares qui, pour nous répéter, est partie beaucoup trop tôt, pendant que la tâche à accomplir à la maison est immense et significative par sa dimension.
Nul ne peut savoir quand s'arrêtera la fuite des cerveaux vers d'autres horizons, parce que chez nous tout s'harmonise pour que cela continue !
De mon étudiante, j'ai gardé de grands souvenirs, d'abord à un séminaire organisé par le Rectorat de l'Université d'État d'Haïti à la Faculté de Médecine et de Pharmacie, sur " Les entraves aux soins psychologiques", où Neldyne a fait une démonstration de son savoir-faire en insistant sur une méthodologie clinique affûtée sous-tendue par une argumentation de qualité.
Puis au Caribe Convention Center au cours d'un autre séminaire sur " L'évaluation critique des instruments utilisés en psychologie clinique". Au terme de la rencontre de 3 jours, il y eut une chorégraphie avec les couleurs locales et Neldyne n'a pas manqué de se faire admirer par ses habiletés de danseuse.
Déjà, je ne peux m'empêcher de penser à ce terme qui est cher pour le Dr. Louis Mars, l'ethnopsychiatrie, où peuvent se combiner l'ethnodrame et le psychodrame, à la recherche d'une thérapie adaptée dans laquelle Neldyne y contribuera doublement en tant que psychologue et danseuse liée aux faits culturels susceptibles de diminuer l'incidence des pathologies existentielles chez l'homme haïtien.
Face à ce drame qui vient changer en profondeur la structure des familles Jean-Philippe et Joseph, je m'incline devant la dépouille mortelle de mon étudiante Madame Neldyne, pour présenter mes sincères sympathies à ses parents, son époux, son fils, le décanat de la Faculté d'Ethnologie, le corps professoral, les promotionnels de Neldyne, le secrétariat et le personnel de soutien.
Ton nom est gravé à jamais dans notre mémoire.
Repose en paix.
P.S. Les funérailles de la très regrettée Madame Neldyne Jean-Philippe Joseph ont été chantées ce dimanche 19 juillet 2026, à São Paulo, au Brésil.
