Cher Dany,
Monsieur le Vice-Recteur à la Recherche,
Monsieur le Secrétaire Général,
Madame la Présidente de la Commission Coordonnant la visite de Dany Laferrière, Prof. Darline Alexis,
Mesdames et Messieurs les Doyens,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Chers membres du personnel administratif et technique,
Chers étudiantes et étudiants,
Représentants de la Presse,
Chers invités
Il y a des semaines qui laissent une empreinte. Celle qui s'achève aujourd'hui en est une. Pendant cinq jours, notre Université a vibré d'une énergie particulière — celle que seul un grand esprit, généreux de son temps et de sa parole, peut insuffler à toute une jeunesse.
Au nom de l’Université d’État d’Haïti, je voudrais, avant toute chose, vous dire merci, cher Dany. Merci d'avoir répondu présent. Merci d'avoir accepté de diriger vos livres vers nos salles de classe, merci d’avoir multiplié toutes ces activités : - rencontrer nos jeunes ; - les écouter ; - leur parler ; et surtout - leur donner, sans compter, les conseils que seule une vie tout entière consacrée à l'écriture, à la lecture et à l'observation du monde peut offrir.
Cette semaine a été un succès. Un succès parce que nos étudiants sont repartis de chaque rencontre avec vous un peu plus grands, un peu plus confiants, un peu plus curieux. Dans un pays où la jeunesse cherche parfois désespérément une boussole, où les repères vacillent et où les modèles se font rares, vous êtes venu rappeler une évidence simple : on peut naître en Haïti, grandir dans la difficulté, et devenir une voix qui porte, une voix que le monde entier écoute. Vous êtes, pour cette jeunesse haïtienne en quête de sens et de direction, un modèle. Un modèle de rigueur, de patience, et surtout de fidélité — fidélité à sa terre, à sa langue, à sa mémoire.
Et c'est peut-être là, cher Dany, le mot qui vous résume le mieux : la fidélité dans le mouvement.
Vous êtes de ceux qui ouvrent les chemins, qui tiennent le carrefour. Et permettez-moi, devant cette assistance, de vous appeler par ce nom que notre culture réserve à ceux qui gardent les portes et ouvrent les routes : vous êtes un Legba de la culture haïtienne.
Comme Legba, vous êtes à la croisée des chemins. D'un côté, vous prenez notre culture – nos histoires, notre lumière et nos ombres, la petite maison au bord de la mer, Petit-Goâve, notre manière bien à nous de dire le monde – et vous la faites voyager. Vous l'avez portée à Paris, à Montréal, jusqu'à l'Académie française, dans toutes les langues où l'on vous traduit.
Mais vous faites aussi le chemin inverse. Vous ramenez vers Haïti ce que le monde a de meilleur : ses idées, ses débats, ses manières de penser la littérature, les migrants, la ville de Montréal que vous reconnaissez comme votre seconde demeure, et vous rendez tout cela accessible, proche, chaleureux, à portée de nos jeunes. Vous ne faites pas seulement sortir Haïti vers le monde. Vous faites entrer le monde en Haïti.
C'est cela, la fonction du gardien du carrefour : ne fermer aucune route, ne laisser aucune circulation s'arrêter. Et vous l'accomplissez, année après année, livre après livre, rencontre après rencontre, avec une générosité et une simplicité qui forcent le respect et l’admiration.
Chers étudiants, retenez cette semaine. Retenez les mots que Dany vous a donnés. Retenez surtout qu'il n'y a pas de contradiction entre rester profondément d'ici et parler au monde entier — qu'on peut, comme lui, porter Haïti comme une lumière et non comme un fardeau.
Je vous remercie.
17 juillet 2026
