Depuis plusieurs décennies, les Gonaïves occupent une place importante dans l'histoire du football haïtien, notamment grâce à leurs clubs emblématiques. Le Racing FC, l'Éclair AC, le Vénus FC, l'Aigle Rouge, pour ne citer que ceux-là, figurent parmi les grands pourvoyeurs de talents du pays. Malgré les compétitions populaires organisées durant les vacances, les jeunes prodiges peinent aujourd'hui à exprimer pleinement leur potentiel. Entre 2020 et 2026, on relève toutefois quelques rares exceptions, notamment Kervenson Dumé, Oscar Jean Marxon, Guivenson Jean-Philippe, Schweitzer Jacques, Emmanuel Delly, Max Kenley Renelus, Schneidison Théramène et Rijkardy Dorival. Ce déclin sportif profond n'est-il pas le reflet de difficultés structurelles, économiques et organisationnelles ?
L'un des principaux facteurs de cette décadence réside dans la détérioration continue des infrastructures sportives. Le Parc Sténio Vincent, principal terrain de football de la ville, est resté pendant plusieurs années dans un état de dégradation avancée. Cette situation prive les clubs et les jeunes d'un espace répondant aux normes minimales requises pour les entraînements et les compétitions. Le Parc Miguel Saint-Jean, quant à lui, souffre également d'un manque d'entretien et se trouve dans un état de quasi-abandon.
La crise sécuritaire, économique et sociale qui a frappé Haïti durant cette période a également fragilisé le secteur sportif. Les ressources consacrées au sport se sont considérablement réduites. Plusieurs activités sportives ont été annulées ou reportées, tandis que de nombreux jeunes ont abandonné la pratique du football au profit d'autres préoccupations liées à leur survie quotidienne.
Les clubs historiques des Gonaïves ont eux aussi subi les conséquences de cette situation. Le manque de financement, l'absence de commanditaires, les difficultés de déplacement et la faiblesse des infrastructures ont freiné leur développement. Malgré les efforts des dirigeants, des passionnés de football et des bénévoles, plusieurs équipes ont éprouvé des difficultés à maintenir un niveau de compétitivité satisfaisant. Certaines ont même disparu.
Le sport scolaire et communautaire n'a pas été épargné. Les compétitions interscolaires se sont faites plus rares et plusieurs terrains de quartier se sont progressivement dégradés, laissant place à la construction de bâtiments résidentiels ou commerciaux. Cette réalité a réduit les occasions de détecter et de former de nouveaux talents, compromettant ainsi la relève sportive de la ville.
Malgré ce contexte difficile, certaines initiatives locales ont permis de préserver une certaine dynamique. Des organisations sportives, d'anciens athlètes et des bénévoles ont continué à organiser des tournois de proximité afin de maintenir vivante la passion du football et d'offrir aux jeunes des espaces d'expression de leurs talents et de socialisation. Ainsi, les terrains de la plaine des Gonaïves (Kayon, Descordes, Chanflot, etc.) sont devenus des lieux de rassemblement privilégiés pour les amateurs de football tout au long de l'année.
En 2026, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer l'abandon des infrastructures sportives des Gonaïves. Des acteurs du sport, d'anciennes gloires du football et des journalistes ont lancé des appels aux autorités afin que la réhabilitation du Parc Sténio Vincent devienne une priorité nationale. À la suite de ces démarches, le ministère de la Jeunesse, des Sports et de l'Action civique (MJSAC) a effectué une mission d'évaluation des installations, laissant entrevoir la possibilité d'interventions futures. Mais pour quand?
Au fait, la période 2020-2026 représente une phase de déclin du football aux Gonaïves, marquée par la dégradation des infrastructures, les difficultés économiques, la baisse des investissements et le recul des grandes compétitions sportives. Néanmoins, l'attachement de la population à son patrimoine sportif demeure intact. Avec une véritable volonté politique, des investissements durables et une mobilisation de l'ensemble des acteurs locaux, Gonaïves dispose encore du potentiel nécessaire pour maintenir sa place parmi les grandes villes du football haïtien.
