Une personne, plusieurs votes: ma proposition pour les élections en Haïti

Depuis plusieurs décennies, chaque processus électoral en Haïti semble conduire au même résultat : une période d’espoir rapidement suivie de contestations, de manifestations, de blocages économiques et d’une profonde crise de légitimité.

Une personne, plusieurs votes: ma proposition pour les élections en Haïti

Des personnes consultent les listes électorales dans un bureau de vote

Depuis plusieurs décennies, chaque processus électoral en Haïti semble conduire au même résultat : une période d’espoir rapidement suivie de contestations, de manifestations, de blocages économiques et d’une profonde crise de légitimité. Le problème ne réside pas uniquement dans l’organisation des élections. Il réside également dans notre mode de scrutin.

En Haïti, le principe est simple : une personne, un vote. Ce principe garantit l’égalité entre les citoyens. Cependant, dans un contexte où plusieurs dizaines de candidats se présentent parfois à une même élection, il produit un effet paradoxal.

Les élus accèdent souvent au pouvoir avec le soutien d’une faible proportion de l’ensemble des électeurs. Lorsqu’on additionne l’abstention, les bulletins invalides et la dispersion des voix entre de nombreux candidats, il arrive qu’un président, un maire ou un parlementaire soit élu avec l’appui d’une minorité de la population appelée à voter.

Cette situation fragilise sa légitimité politique dès son entrée en fonction. Les opposants contestent facilement son autorité, les tensions augmentent et les crises postélectorales deviennent presque habituelles. Face à ce constat, je propose d’ouvrir une réflexion nationale sur un nouveau mécanisme électoral que je résume ainsi : Une personne, plusieurs votes.

Il ne s’agit évidemment pas de permettre à certains citoyens de voter davantage que d’autres. Chaque électeur conserverait une valeur égale. Ma proposition consiste plutôt à permettre à chaque électeur d’exprimer plusieurs préférences parmi les candidats en les classant par ordre de choix ou en accordant plusieurs voix selon des règles clairement définies.

Ainsi, si le premier choix d’un électeur ne peut être élu, ses préférences suivantes continueraient à être prises en considération. Le candidat finalement élu bénéficierait alors d’un soutien beaucoup plus large au sein de l’électorat.

L’objectif n’est pas de compliquer les élections, mais de renforcer la légitimité démocratique des dirigeants, de réduire les frustrations politiques et d’encourager l’émergence de candidats capables de rassembler plutôt que de diviser.

Une démocratie solide ne consiste pas seulement à compter des bulletins de vote. Elle consiste aussi à s’assurer que les élus représentent réellement une majorité significative de citoyens.

Haïti mérite d’explorer des innovations institutionnelles adaptées à ses réalités. La démocratie ne doit pas être figée ; elle doit évoluer lorsque les mécanismes existants ne produisent plus les résultats attendus.

Cette proposition n’est pas une vérité absolue. Elle constitue une invitation au débat, à la réflexion et à la recherche collective de solutions susceptibles de renforcer la stabilité politique et la confiance des citoyens envers leurs institutions.