Une plante “miracle” dans la commune d’Anse-Rouge

Depuis mon enfance, j’ai grandi en observant cet arbuste (Annona Glabra L.

Absalon Pierre, Ing.-Agr, M.Sc., Ph.D.
24 juin 2026 — Lecture : 7 min.
Une plante “miracle” dans la commune d’Anse-Rouge

Fruit du kachiman kochon

Depuis mon enfance, j’ai grandi en observant cet arbuste (Annona Glabra L.) qui poussait le long d’une source d’eau appelée « Manmiyen ». Cette source ne tarit jamais même en période de sécheresse prolongée. Il est important de mentionner qu’elle dessert encore toutes les communautés avoisinantes de la localité de Terre-des-Nègres, située dans la première (1e) section communale d’Anse-Rouge, dans le département de l’Artibonite, mais limitrophe du département du Nord’Ouest d’Haïti.

Cette plante, Annona glabra L. (Cachiman Cochon), appartient à la famille des annonaceae et est présentée dans la littérature comme une plante miracle, pourtant méconnue dans notre région. C’est justement à l’issue d’une récente visite dans cette localité, que j’ai quittée depuis plusieurs années, que j’allais retrouver cette plante “miracle” avec laquelle pourtant j’ai grandi.

De la visite de la zone

Du 7 au 9 juin 2026, j’ai conduit une délégation qui voulait visiter la localité de Terre-Des-Nègres (Commune d’Anse-Rouge) dans l’objectif d’une éventuelle collaboration. Cette visite entrait dans le cadre d’une initiative citoyenne qui vise à contribuer au développement communautaire de cette localité. Plusieurs cadres originaires de la zone (incluant la diaspora), autorités et membres de la population se sont réunis autour d’un regroupement appelé GRADEKT (Gwoup Refleksyon ak Aksyon pou Devlopman ak Envestiman nan Kominote Tèdènèg) afin de pouvoir aider cette communauté à relever ses défis en termes d’infrastructure routière et d’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux soins de santé, etc.  Le grand lancement de cette structure de développement communautaire a eu lieu les 1er et 2 mai 2026 en présence de certaines autorités et certains notables de la commune dont les CASECs, les ASECs et les autorités policières. Durant ce lancement, les grands axes  d’un plan de développement  de 10 ans pour cette localité ont été présentés. 

Lors de cette visite, la délégation a parcouru toute la zone pour découvrir ses atouts et ses défis. Après avoir  visité l’état de la route reliant cette localité à Anse-Rouge et à Jean-Rabel, elle s’est rendue à la source Manmiyen qui constituait une priorité dans le cadre du développement de la zone vu son importance.

La source Manmiyen: un patrimoine communautaire historique

La source porte le nom d’un arbuste bien connu qui donne un fruit charnu très proche du cachiman et du corrosol : manmiyen. Mais, on pourrait aussi imaginer qu’il y avait quelqu’un qui habitait cet endroit et dont la source portait son nom. Si Miyen était le nom, Madame Miyen (Manmiyen en créole) serait son surnom. Mais, on n'est pas encore là. Il faut dire que cette source draine une longue histoire. Elle est un patrimoine et se trouve dans un environnement spécial.  Coincée entre le flanc de deux collines, la source, dont le débit n’est pas si grand, alimente toute la zone et ses environs en dépit des défis environnementaux : déboisement, érosion et sécheresse. Il faut dire aussi qu’elle se trouve dans une ravine qui s’appelle Manmiyen qui a pris naissance dans la localité de Terre-des-Nègres pour se terminer dans la plaine de l’Arbre, commune d’Anse-Rouge. 

Au niveau de la source, quelques arbres et arbustes tels que le figuier (Ficus carica), le campêche (Haematoxylum campechianum), le bayahonde (Prosopis juliflora) et le manmiyen /Cachiman cochon y créent un environnement agréable tant il fait toujours bon. Il y a quelques années de cela,  cette source a été captée par la Direction Nationale d’Eau Potable et de l’Assainissement (DINEPA) dans le cadre d’un projet financé par la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Grâce à cette intervention de la DINEPA, aujourd’hui, la population a accès à l’eau de source de meilleure qualité. 

De l'Annona Glabra L. (la plante miracle)

De la Famille des annonacées, du genre Annona et de l’espèce Glabra, A. glabra est un arbuste de 3 à 8 mètres de haut, ramifié près de la base, à rameaux brun-rougeâtre et glabres (d’où son nom). Fouqué (1972) l’a décrit comme une plante qui pousse mieux en climat humide et dans les basses altitudes. Il n’est pas très exigeant pour le sol.  Il aime les zones humides et donne un fruit vert charnu avec une odeur très agréable. Dans cette localité, le fruit n’est pas trop consommé.  Dans certains endroits francophones, on l’appelle : Anone des marais, Bois flot, Cachiman cochon, Corossol des marais, Guanamin, Mamain (Fouqué, 1972). En Guadeloupe, on l’appelle aussi “mammier”. S’il faut espérer des fruits, il faudra attendre jusqu’à la 3e ou la 4e année. 

De son importance nutritionnelle, médicinale, environnementale…

Dans la localité de Terre-des-Nègres, malgré les conditions difficiles en termes d’accès à certains fruits, la population ne consomme généralement pas le cachiman cochon. Même dans la littérature, il est rapporté que les fruits sont rarement consommés au naturel. D’après Fouqué (1972), le plus souvent, la pulpe, très riche en jus, est utilisée pour la préparation de boissons et de sorbets. Je dois avouer que mes visiteurs ne pouvaient pas résister à la tentation de le goûter. Même quand j’avais l’habitude de le tester comme beaucoup d’autres enfants de la zone, j’avais conseillé à mes invités de ne pas en abuser. C’était à ce moment-là que la plante a suscité notre curiosité. 

Après cette visite et en arrivant chez moi, je me suis lancé dans la recherche sur cette plante dont j’avais la photo de plusieurs parties : branches avec fruit, feuilles… Avec Internet et l’intelligence artificielle, la connaissance devient à la portée de tous. J’ai commencé à chercher une application ou un site Internet qui pourraient m’aider. Picture this, avec accès libre et sans payer, est cette application qui m’a vite permis d’identifier cette plante miracle dont je ne connaissais pas le vrai nom depuis plus de 40 ans.  

En téléchargeant une photo de cette plante avec son fruit, en quelques secondes, toutes les informations sur manmiyen étaient apparues. C'est alors que je trouve que cette plante dans cette source-là permet de purifier l’eau en enlevant certains métaux lourds qui sont néfastes pour notre santé (Sinchana et al., 2024). Elle protège les berges des rivières contre les inondations. Au niveau pharmaceutique et de la médecine traditionnelle, il semble que ses feuilles, utilisées sous forme d’infusion,  aident contre la diarrhée, certaines inflammations et surtout le cancer (ses graines en particulier). N’est-ce pas une plante remarquable dans une zone réputée pour la sécheresse et les conditions socio-économiques précaires de sa population?

En guise de conclusions

En définitive, cette visite m’a permis de faire l’une des plus grandes découvertes de ma vie au niveau de cette source qui a façonné mon enfance, mais que je n’avais pas revue depuis plusieurs années. Pendant longtemps, j’ai vécu sans bien connaître le Cachiman cochon. Grâce à cette visite, je suis de plus en plus intéressé par mon environnement d’enfance. Il semble que le nom “Manmiyen” soit venu de l’un des noms vulgaires francophones de la plante : mamain ou mammier et non de madame Miyen. 

Après cette visite, il est venu l’idée d’identifier un ensemble de plantes de la zone et de faire un petit bouquin destiné aux enfants des écoles de cette localité, notamment celle où j’ai fait mes études primaires. J’aimerais aussi continuer à diffuser l’importance d’autres plantes de la zone ayant une valeur nutritionnelle, médicinale et environnementale et dont l’importance n’est pas bien connue. 

Ce travail pourrait s’étendre dans d’autres localités de la commune pour identifier des poches/endroits où se trouve le Cachiman cochon (mamain). Connaître son nom dans d’autres localités pourrait être aussi intéressant.  Il semble que la sensibilisation de la communauté autour de cette plante miracle devrait être aussi une nécessité. Tout compte fait, identifier certaines plantes ayant certaines propriétés intéressantes au niveau de la localité de Terre-des-Nègres, Commune d’Anse-Rouge, fera partie de notre plan de développement de 10 ans de la zone et pourra faire l’objet d’un mémoire d’étudiants en agronomie et/ou environnement. Une visite inattendue a permis d’identifier une plante remarquable dans une communauté résiliente tenant compte de ses contraintes socio-économiques et agro-environnementales.

Quelques documents consultés :

Fouqué, A. (1972). Espèces fruitières d'amérique tropicale. Fruits, Vol. 27, n.1. Disponible sur: https://revues.cirad.fr/index.php/fruits/article/view/33855/33119 consulté le 6/15/2026

Pierre, A. (2009) Le métier d’agronome : perception, témoignages, réflexion, plaidoyer. L’Harmattan, Paris.

Sinchana, R. , Tamizh Mani, T.,  Pavithra, T. and  Shiju, L. (2024). A review on a miracle plant Annona glabra Linn. International Journal of Pharmacognosy; Vol. 11(3): 65-77. Disponible sur: https://revues.cirad.fr/index.php/fruits/article/view/33855/33119 consulté le 6/15/2026

Quelques sites consultés:

Absalon Pierre, Ing.-Agr, M.Sc., Ph.D.

Spécialiste en gestion des ressources animales et végétales en milieux tropicaux

Professeur et chercheur en éducation agricole supérieure

Université Internationale d'Hispaniola (UNIDHI)

Président honorifique du Groupe de Réflexion et d’Action pour le Développement et l’Investissement dans la Communauté de Terre-des-Nègres (GRADEKT), commune d’Anse-Rouge

Contacts : absulpeter@yahoo.fr /38744420