En cette journée consacrée à la lutte contre la désertification et la sécheresse, je repense avec beaucoup d’espoir à mon passage au Lycée Technique Agricole de Cance (LyTAC), aux Cayes, à l'occasion de la première Foire agroécologique et gastronomique organisée par les élèves, les enseignants et la direction de l’établissement pour le 5 juin, journée mondiale de l'environnement. Cette foire a réuni une nouvelle génération du Nouveau Secondaire, des jeunes qui ne se contentent pas d’apprendre des notions en classe, mais qui cultivent, transforment, entreprennent, apprennent à protéger et découvrent comment créer de la valeur à partir des ressources de leur territoire.
À l’occasion de cette journée mondiale, l'expérience de ce nouveau lycée démarré en 2023 prend une signification particulière, combinée au protocole sur l'initiative nationale pour l’éducation pour le développement durable engagé également en 2023 entre le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) et le Ministère de l’Environnement (MdE). Ce programme soutenu par l'UNESCO, sert de feuille de route pour renforcer l'Éducation au Développement Durable (EDD) dans les programmes scolaires haïtiens dans le cadre de la transformation curriculaire. En effet, la lutte contre la désertification et la sécheresse est devenue un enjeu majeur pour notre pays. La dégradation des terres, l’érosion des sols, la diminution de la couverture végétale, la fragilité des ressources en eau et les effets des changements climatiques mettent en danger notre capacité à produire durablement et à garantir la sécurité alimentaire.
Les indicateurs nationaux et internationaux rappellent l’urgence d’agir pour faire progresser l’intégration de l’éducation à la citoyenneté et au développement durable dans le système éducatif haïtien. Selon l’Environmental Performance Index (EPI) 2024, qui évalue 180 pays à partir de 58 indicateurs liés notamment au changement climatique, à la santé environnementale et à la vitalité des écosystèmes, Haïti se classe au 150e rang mondial avec un score de 36,4 sur 100. Ces résultats traduisent les défis importants auxquels nous faisons face dans la gestion durable de nos ressources naturelles, la protection des écosystèmes et le renforcement de notre résilience environnementale.
Ainsi, ces chiffres ne doivent pas seulement être lus comme un constat de vulnérabilité. Ils doivent être un appel à l’action. Nous devons transformer ce défi en opportunité de formation, d’innovation et de mobilisation nationale. La réponse ne viendra pas uniquement des politiques publiques ou des grandes infrastructures. Elle viendra aussi des écoles, des communautés et d’une jeunesse préparée à mieux connaître, protéger et valoriser son environnement.
Les initiatives qui mobilisent les élèves autour de solutions concrètes, comme les démarches d’apprentissage par projet et les actions de sensibilisation environnementale, montrent que la jeunesse haïtienne peut devenir une véritable force de proposition face aux défis écologiques. C’est pourquoi des lycées techniques agricoles peuvent devenir des acteurs essentiels d’une stratégie nationale de résilience climatique. Un réseau de lycées techniques agricoles dans les différents départements pourrait devenir un véritable réseau de laboratoires territoriaux pour expérimenter des techniques agroécologiques adaptées à nos réalités, pour restaurer les sols et mieux gérer l’eau, accompagner les communautés rurales et renforcer la sécurité alimentaire.
Comme je l’ai rappelé aux élèves de Cance, la question la plus importante pour Haïti n'est pas tant quel pays nous devons léguer aux nouvelles générations, mais quelles nouvelles générations devons-nous léguer à Haïti. Les grandes transformations commencent souvent avec la présence et l'implication des jeunes dans une salle de classe, dans un champ, dans un laboratoire, dans un atelier de conception et de production, dans un geste posé pour protéger la vie. Nous devons donner à notre jeunesse les moyens de faire pousser de nouvelles racines : des racines de connaissance, de production de richesse, de solidarité et de respect de la nature.
On aura ainsi légué à Haïti une nouvelle génération de gouverneurs de la rosée.
*Nesmy Manigat | 17 juin 2016.*
