La Coupe du monde n’est pas seulement un tournoi sportif. Elle est devenue, pour Haïti, une scène inattendue où se révèlent nos forces, nos contradictions, nos espoirs et nos urgences nationales. La sélection qui nous a conduits à cette phase finale a ouvert une brèche dans la vie du pays — une brèche lumineuse, révélatrice, impossible à refermer.
Les Grenadiers qui portent aujourd’hui nos couleurs sont, pour la grande majorité, des expatriés. Ils vivent ailleurs, évoluent dans d’autres systèmes, affrontent d’autres réalités, parlent d’autres langues, détiennent souvent le passeport d’un autre pays. Certains ne connaissent même pas Haïti autrement que par les récits de leurs parents.
Et pourtant, malgré tout, ils représentent Haïti dans toute sa splendeur, sans contestation, sans ambiguïté, sans hésitation.
Leur performance a replacé notre nom dans la conversation mondiale. Pour une fois, on parle d’Haïti en termes positifs, admiratifs, respectueux. Ils ont mis sur la table, sans discours, sans commission, sans débat interminable, les pièces détachées du problème de la double nationalité. Le sport est allé plus vite que la politique. Aucun match n’a été joué dans le pays. Nous ne connaissons même pas tous les joueurs. Certains peinent à s’exprimer en créole.
Mais ils ont fait ce que nos institutions n’ont jamais réussi à accomplir : unir, rassembler, projeter une image forte et moderne de la Nation.
Les politiciens de tout acabit, les partis, les candidats au Parlement ne peuvent plus se cacher derrière aucun prétexte pour éviter de résoudre l’épineuse question de la double nationalité. Nous avons permis à la diaspora de voter. Il faut maintenant aller plus loin, plus vite, plus courageusement. Le pays doit s’ouvrir à d’autres compétences, d’autres expertises, d’autres énergies qui ne demandent qu’à servir.
Aujourd’hui, deux images positives circulent dans le monde :
- la qualification historique d’Haïti à la Coupe du monde ;
-la performance du magistrat Michel Saint-Croix, qui redonne à la cité capoise son rayonnement et sa visibilité d’antan.
La Coupe du monde ne dure qu’un mois, mais cette étape, elle, restera gravée dans notre histoire. Elle marque un tournant. Elle nous oblige. Elle nous appelle à avancer dans la bonne direction, cette fois sans faux-fuyants, sans démagogie, sans calculs.
Les Grenadiers ont ouvert la voie.
À nous maintenant de poursuivre l’assaut.
Grenadiers à l’assaut !
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