(Lire pour comprendre, lire pour reconstruire, lire pour devenir)
Le 4 juin 2026, la 32e édition de l’initiative culturelle Livres en folie se tient au El Rancho Convention Center. Au-delà de sa dimension littéraire, cet événement revêt une portée stratégique particulière pour Haïti.
Dans un pays confronté à des défis institutionnels, économiques, éducatifs et sécuritaires majeurs, la promotion du livre ne relève pas uniquement de la culture. Elle participe directement à la construction du capital humain, à la formation de la citoyenneté et au renforcement de la résilience nationale. Dans les États fragiles, les infrastructures peuvent être détruites, les institutions affaiblies et les ressources limitées. Pourtant, une richesse demeure toujours disponible : celle du savoir.
A – Le livre comme instrument de résistance intellectuelle
Dans l’histoire des nations, les périodes de crise ont souvent été aussi des périodes de réflexion.
Lorsque les sociétés traversent l’incertitude, le livre devient un espace de liberté intellectuelle. Il permet :
a. de préserver la mémoire collective ;
b. de transmettre les connaissances ;
c. de développer l’esprit critique ;
d. de préparer les générations futures.
Dans un contexte marqué par l’instabilité, la lecture constitue une forme de résistance contre l’ignorance, la désinformation et le découragement. Un État fragile a besoin de routes, d’écoles et d’hôpitaux. Mais il a également besoin d’esprits capables de penser son avenir.
B – Haïti : une nation fondée sur la force des idées
L’histoire haïtienne rappelle que les grandes transformations ne naissent pas uniquement de la force matérielle. La Révolution haïtienne fut également une révolution intellectuelle. Les idéaux de liberté, d’égalité et de dignité humaine ont nourri l’action de générations entières. De nombreux penseurs haïtiens ont ensuite contribué à enrichir la réflexion nationale :
a. Anténor-Firmin ;
b. Jean-Price-Mars ;
c. Franck-Étienne
d. Jacques-Roumain ;
e. Michel-Rolph-Trouillot.
Leurs œuvres démontrent qu’aucune reconstruction durable n’est possible sans production intellectuelle.
C – Lire pour comprendre le monde du XXIe siècle
Le XXIe siècle est dominé par la connaissance. Les grandes puissances investissent massivement dans :
a. l’éducation ;
b. la recherche ;
c. l’innovation ;
d. l’intelligence artificielle.
Dans ce contexte, la lecture n’est plus seulement une activité culturelle. Elle devient une compétence stratégique. Celui qui lit régulièrement développe :
a. sa capacité d’analyse ;
b. son autonomie intellectuelle ;
c. sa compréhension des enjeux contemporains ;
d. son aptitude à prendre des décisions éclairées.
À l’inverse, une société qui lit peu risque de devenir dépendante des idées produites ailleurs.
D – Livres en folie : bien plus qu’un événement culturel
Depuis plus de trois décennies, Livres en folie constitue l’un des plus importants rendez-vous intellectuels du pays. Cette initiative favorise :
a. la valorisation des auteurs haïtiens ;
b. la diffusion du savoir ;
c. la promotion de la lecture ;
d. le dialogue entre les générations.
Dans un contexte de fragilité, chaque livre publié, acheté ou lu représente une contribution à la reconstruction intellectuelle du pays. Car les nations ne se développent pas uniquement par les investissements financiers.
Elles se développent aussi par les investissements dans les idées.
E – La lecture comme politique publique de développement
Pour Haïti, la question du livre ne devrait pas être considérée comme secondaire. Une véritable stratégie nationale pourrait inclure :
a. le renforcement des bibliothèques publiques ;
b. l’accès numérique aux ouvrages ;
c. le soutien à l’édition nationale ;
d. la promotion de la lecture dans les écoles et universités ;
e. l’encouragement à la recherche scientifique.
Les États qui investissent dans la connaissance investissent dans leur souveraineté future.
À l’occasion de cette 32e édition de Livres en folie, il convient de rappeler une vérité simple mais fondamentale : un peuple qui lit est un peuple qui prépare son avenir. Dans un monde où l’information circule à une vitesse sans précédent, la lecture demeure l’un des moyens les plus sûrs de développer la réflexion, la compréhension et la liberté intellectuelle.
Lire pour apprendre !
Lire pour comprendre !
Lire pour grandir !
Lire pour devenir !
Car dans les États fragiles comme Haïti, les livres ne sont pas un luxe. Ils sont un instrument de reconstruction nationale. Et celui qui lit possède une richesse qu’aucune crise ne peut entièrement lui enlever : la richesse de l’esprit.
En définitive, dans un pays où les urgences du quotidien prennent souvent le dessus sur le temps de penser, la lecture apparaît parfois comme un luxe. Elle est pourtant l’un des actes les plus essentiels pour une nation qui veut se relever et se projeter dans l’avenir. Chaque page lue est une victoire silencieuse contre l’ignorance. Chaque livre ouvert est une porte qui s’ouvre sur d’autres possibles. Et chaque jeune qui lit devient, sans bruit, un bâtisseur de demain.
À la nouvelle génération haïtienne, il ne s’agit pas seulement de demander de lire, mais de comprendre que lire, c’est se donner une chance. La chance de penser autrement, de décider autrement, de rêver autrement et surtout de construire autrement. Haïti n’a pas seulement besoin de bras. Elle a besoin d’esprits éclairés. Elle n’a pas seulement besoin d’énergie. Elle a besoin de conscience. Et cette conscience se nourrit, patiemment, dans le silence des livres. Alors, à vous qui avez encore tout devant vous : ne laissez pas les écrans remplacer les pages, ni l’instantané effacer la profondeur. Prenez un livre. Ouvrez-le. Persévérez. Car un jour, sans que vous vous en rendiez compte, ce que vous aurez lu deviendra ce que vous êtes.
Me Jonel Dilhomme, Av.
Chercheur en droit international et gouvernance globale,
Ancien professeur à l’Université d’État d’Haïti,
Membre du GRUCH
Jonel.dilhomme30@gmail.com
