La commune de Thomonde fait aujourd’hui face à une réalité sociale et humanitaire préoccupante : l’augmentation progressive des sites de déplacés internes sur son territoire. Cette situation, alimentée par l’insécurité et les crises répétées qui frappent le département de l’ouest, les communes de Mirebalais et de Saut-d’Eau, entraîne des transformations profondes dans l’organisation sociale et urbaine de la commune.
Actuellement, Thomonde compte trois principaux sites de déplacés internes : le site Idayi, le site PDZ World Vision situé dans la troisième section de Tierra Mouscady, ainsi que le site de l’École Nationale d’Oreste Zamor dans la première section savanette cabrale. Parmi eux, le site Idayi attire particulièrement l’attention en raison de son développement rapide et désordonné, laissant présager la naissance du premier véritable bidonville de la commune dans les prochaines années.
Une population déplacée en quête de survie
Le site Idayi accueille principalement des déplacés internes venus de Saut-d'Eau et de Mirebalais, ainsi qu’un groupe d’artisans déplacés originaires de l’Ouest du pays. Les familles déplacées de Mirebalais et de Saut-d’Eau représentent environ 33 familles, parmi lesquelles l’on dénombre près d’une centaine d’enfants vivant dans des conditions extrêmement précaires.
À cette population s’ajoutent 24 artisans pèlerins marchands de produits artisanaux et des milliers de gens vivant dans les familles d’accueil dans la commune de Thomonde. Pendant environ six années, ces artisans avaient occupé la place publique de Thomonde. Avant, ils parcouraient le département du Centre dans les fêtes champêtres pour vendre leurs produits et avaient choisi Thomonde comme point d’ancrage en raison de l’hospitalité de sa population ainsi que de sa position géographique stratégique.
Sous demande des autorités municipales, ces artisans ont quitté la place publique pour s’installer sur le site Idayi, rejoignant ainsi les déplacés de Mirebalais et de Saut-d’Eau déjà présents sur l’espace.
Une urbanisation anarchique et sans encadrement
Avant l’arrivée des artisans, les nouveaux déplacés s’entassaient dans les anciennes maisons du site Idayi. Avec le temps, les artisans ont commencé à construire des abris afin d’exposer leurs produits artisanaux et y dormir. Les anciens déplacés ont également profité de cette dynamique pour ériger des abris indépendants.
Parallèlement, plusieurs habitants de la ville de Thomonde ont aussi commencé à occuper illégalement l’espace en construisant leurs propres abris. Aujourd’hui, le site compte environ 90 nouveaux abris, construits majoritairement en tôle, en bois et en planches de palmier.
Cependant, cette croissance s’effectue sans aucun plan d’aménagement. Aucune structure étatique n’a fourni de support technique dans la distribution des parcelles, l’organisation de l’espace ou la construction des abris. Cette absence totale de planification favorise une occupation anarchique du site.
La situation devient encore plus inquiétante lorsqu’on observe qu’une ravine traverse le site et que son lit est déjà touché par certaines constructions. Cette tendance expose les habitants à des risques importants, particulièrement durant les périodes de fortes pluies.
Des conditions sanitaires alarmantes
Le site Idayi souffre d’un manque criant de services de base. Les services WASH (Eau, Assainissement et Hygiène) sont pratiquement inexistants.
Le site ne dispose actuellement que d’une seule toilette de type fosse perdue, jugée non hygiénique et largement insuffisante pour répondre aux besoins de l’ensemble des habitants.
Autrefois, l’organisation ORRAH assurait l’approvisionnement en eau du site. Toutefois, cette assistance est interrompue depuis plusieurs mois, aggravant considérablement les conditions de vie des déplacés.
L’absence d’eau potable, d’assainissement adéquat et d’infrastructures sanitaires augmente fortement les risques de maladies et d’épidémies au sein du site.
Une sécurité fragile et improvisée
Le site Idayi ne bénéficie d’aucune présence policière régulière. Face à cette absence des forces de l’ordre, les déplacés tentent eux-mêmes d’assurer la sécurité de l’espace à travers des mécanismes communautaires improvisés.
Depuis leur installation sur le site, les artisans ont déjà enregistré un cas de cambriolage nocturne au cours duquel plusieurs objets artisanaux ont été volés. Cet incident illustre la vulnérabilité des habitants et le climat d’insécurité qui règne sur le site.
Des enfants sans espace de loisirs
La situation des enfants demeure particulièrement préoccupante. Malgré la présence d’une centaine d’enfants sur le site, aucun espace de jeu ou de loisir n’a été aménagé pour eux.
Dans un contexte marqué par le déplacement forcé, les traumatismes et la précarité, l’absence d’espaces récréatifs risque d’avoir des conséquences importantes sur le développement psychologique et social des enfants vivant sur le site Idayi.
Une gestion communautaire fragmentée
Le fonctionnement du site repose actuellement sur plusieurs comités distincts. Les artisans, les anciens déplacés et les nouveaux déplacés de Mirebalais et de Saut-d’Eau disposent chacun de leurs propres responsables communautaires.
Cette organisation témoigne d’une certaine capacité d’auto-gestion des habitants, mais elle révèle également l’absence d’un cadre global de coordination capable d’assurer une gestion harmonieuse et durable du site.
Le risque de naissance d’un bidonville
Le développement rapide et incontrôlé du site Idayi représente aujourd’hui un véritable défi pour la commune de Thomonde.
L’absence d’aménagement urbain, la prolifération des constructions précaires, l’insuffisance des infrastructures sanitaires, le manque d’eau potable, l’insécurité et l’occupation anarchique de l’espace créent progressivement les caractéristiques typiques d’un bidonville.
Si aucune intervention structurée n’est entreprise rapidement par les autorités publiques, les organisations humanitaires et les acteurs communautaires, Thomonde pourrait voir émerger dans les prochaines années son premier grand bidonville, avec toutes les conséquences sociales, sanitaires, environnementales et sécuritaires que cela implique.
Le site Idayi constitue aujourd’hui un signal d’alarme. Derrière les tôles, les planches et les abris improvisés vivent des familles, des enfants et des artisans cherchant simplement à survivre dans un contexte national profondément marqué par les crises et les déplacements forcés.
