Le dernier bal de Tony Piquion a Rumba Night Club

Le Boulevard  du Carénage represente  l’artère principale longeant l’océan Atlantique, au Nord de la ville.

Islam Louis Etienne
02 juin 2026 — Lecture : 7 min.
Le dernier bal de Tony Piquion a Rumba Night Club

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Le Boulevard  du Carénage represente  l’artère principale longeant l’océan Atlantique, au Nord de la ville.

Il relie plusieurs quartiers emblématiques : Shada, Rival, La Fossette, et Picolet.

Le Carénage est donc  une memoire vivante et un espace stratifié :

•         Militaire (avec ses forts)

•         Colonial (ancien port de commerce)

•         Populaire et festif (bars, musique, danse)

•         Tragique et politique (lieu de répression et d’assassinats sous Duvalier)

Le Carénage est aussi un refuge nocturne : bars, night-clubs, et cabarets y ont fleuri depuis les années 1950, dont le fameux Rumba Night-Club, théâtre de la tragédie de Tony Piquion.

Selon Mapping Haitian History, trois forts historiques bordent le Carénage :

1.Fort Magny , juste au Nord du Carénage, nommé d’après un général de Christophe. On y trouve des canons en demi-cercle.

 2.Fort Saint-Joseph Deuxième fort sur la route côtière, après Carénage.

3.Fort Picolet  le plus grand, situé après Plage Rival, accessible par un sentier escarpé. Il fut réutilisé pour des fêtes et cérémonies.

Rumba ; le club de la mort

Le Rumba,Club des melomanes est un parc urbain  situe en bord de mer . Il est un lieu de promenade, de rassemblement populaire, souvent animé par des vendeurs, des musiciens, et des jeunes en quête de fraîcheur marine.

Fondé au cœur du Carénage,  un quartier  huppe de la cite Christophienne,Rumba le Club des melomanes est  l’un des clubs le plus frequente  et le plus achalande de l’epoque.

Il est le  lieu de rassemblement, de rencontre et de detente  par excellence pour les amateurs de musique, de danse, et d’ambiance capoise.

Rumba est un club select avec une excellente cuisine , un espace de dignité et de plaisir, même dans les temps difficiles .Il a  une capacite de six cents places assises.

Il recoit generalement les plus grandes manifestations socioculturelles aninees par les meilleurs orchestres du terroir. Il detient une piste de danse vibrante, souvent éclairée par des lumières colorées.

Il est  connu pour ses soirées animées, ses rythmes compas, kadans, et parfois vodou-jazz Il est   fréquenté par les melomanes de classes moyennes aussi bien que par les notables de plusieurs générations ,des anciens aux jeunes mélomanes .

Ce Club est un lieu de transmission intergénérationnelle , une mémoire vivante du compas direct, du mini-jazz, et des bals populaires ou les jeunes marchent et apprennent sur les pas des anciens.

Ses murs sont derores de portraits de musiciens, de groups musicaux celebres, d’affiches anciennes, et  de souvenirs  memorables de fêtes passees.

Lorsqu’il n’y a pas  de grandes affiches programmees,l’espace est quand meme occupe et anime par des DJs et des amoureux a la recherche de saine ambiance et d’un décor discret et reserve.

Au Carenage, la mer ne dansait plus. Le Rumba s’était figé comme un tambour sans peau, comme un saxophone sans souffle. Tony, fils du verbe et du rire, habillé de lumière et de mémoire, avait ce soir-là le cœur en fête, et la ville, en attente d’un refrain.

Qui etait Antoine ( Tony ) Piquion ?

Tony était le fils de Raoul Piquion, haut fonctionnaire, et le frère du Dr René Piquion, chantre de la négritude, joueur de l’ Association Sportive Capoise (ASC), ancien depute de Borgne sous le gouvernement de Paul Magloire,il avait gagne les elections en battant son rival Ernest Bennett.Chef  d’une famille nombreuse et veuf , Il est devenu un homme d’affaires entreprenant et un  camionneur .

Il a ete le tout premier a faire entrer au Cap Haitien des autobus pour assurer  le transport Cap - Port-au-Prince.On se souvient Toujours du fameux  “ok freind “.Il etait le beau-frere du president Magloire car les deux hommes avaient epouse les deux soeurs Leconte.yolette etait la femme de Magloire et Cilotte etait celle de Tony.Mais elle etait morte en 1951.

Tony etait l’un des derniers trainards de la soiree.Il etait venu saluer les amis  et prendre un dernier verre avec eux parce que des le lendemain, il devait prendre la route pour s’installer definitivement a Port-au Prince.

Le film des evenements

Autrefois, on realisait toujours des soirees dansantes apres le defile des trois jours gras.Ainsi le Dimanche 06 Fevrier 1965 etait le premier jour gras.Septent avait donne rendez-vous a tous les carnavaliers au Rumba Night Club apres le defile.

Adherbal etait un des  hommes de main du regime de Duvalier, un Tonton -Macoute lourd, fils du capitaine Vir Lherisson, responsable de la surveillance de la fontiere du cote Nord

Adherbal Lherisson et ses sbires qui  avaient consommé de l’alcool a profusion pendant tout  le defile, deciderent de terminer la soiree au Rumba Night Club malgre leur etat d’ebriete.

A cette epoque ,les chefs frequentaient ces espaces avec leurs armes ainsi que leurs cohortes.Le public a ete salue des leur arrivee par une rafale de mitrallette.ils ont pris le controle de la situation jusqu’a la fin des evenements.

Mais  parmi eux , un homme  se distingua . il entra, ivre de pouvoir, mitraillette en main, et exigea que “Papa Loco” devienne l’hymne de la peur.

Septent etait oblige d’executer la commande qui a ete faite avec la frequence voulue.Ulrick Pierre Louis et Andre Gaspard le gerant responsable des lieux , avaient presenti que les choses allaient mal tournees, ils avaient pris la poudre d’escampete.

Loulou Etienne, pianiste de l’orchestre septentrional et ami personnel d’Adherbal Lherisson, constatant la delicatesse d’une situation de plus en plus explosive provoquee par le comportement excessif  d’ un homme qui se trouve parmi la foule , arme jusqu’aux dents et ivre-mort ,s’imposa comme interface.

 Loulou  demanda a son ami et collegue musicien Jacques Francois (Ti Jac trompette ) de l’accompagner pour essayer de le calmer  dans le tour de chant ( interrompu sur sa demande pour faire de la propagande politique en faveur de Pierre Jordanie ( Pelota ) qui devait remplacer Karensky Rosefort  ancien depute du cap , lorsque le coeur lui en dit ).

Chaque arret etait ponctue  d’une decharge de mitraillette  dans toutes les directions et petit a petit l’espace se vidait de ses occupants.

Adherbal imposa a Septent de jouer Papa Loco indefiniment et il etait le chanteur vedette.Ti Jac a ete tres  patient et tolerant pour reprendre la chanson a chaque fois .

 Roger Colas a eu à faire la même expérience au cours de cette même soirée  dans un  “ministre Azaka “ sans pied  ni tête joué aussi a plusieurs reprises.

Tony a ete atteint d’une balle sans meme se rendre compte.Quand un ami le signala qu’il avait du sang sur le dos,il quitta rapidement le bar pour examiner la blessure de plus pres.C’est alors qu’il se trouva juste en face d’Adherbal qui le tua a bout portant .Il mourut sur le coup dans ce climat de terreur  a la fois tragique et historique .

Tony Piquion, ancien député du Borgne, figure exubérante et joyeuse, est fauché par les balles , le 7 février 1965 .Le drame s’est produit au Rumba Night-Club, situé dans le quartier du Carenage, haut lieu de la vie nocturne capoise.

 Il tira une autre rafale qui atteint Eddy Hilaire et Durier Cadet. Septentrional jouait, les notes tremblaient, et Tony, debout, devint cible. Une rafale. Un silence. Un cri que la mer n’a jamais digére .

La métropole du Nord s’est reveillee dans un  traumatisme cauchemardesque causé par la rafale de mitraillette d’Adherbal Lhérisson qui faucha l’ex-député Tony Piquion au beau milieu d’une soirée de l’orchestre Septentrional au club Rumba.

Chose bizarre et fait etonnant,Serge Madiou, capitaine des FAD”H, chef de la police du Cap Haitien, se trouvait sur les lieux.Il n’a meme pas pu proceder a l’arrestation d’Adherbal Lherisson apres son forfait.

 La métropole du Nord a accuse le coup mais n’a pas oublie.Elle a jure , par les pavés du Carenage, par les voix étouffées du Rumba, par les pavés souillés, par les tambours brisés, que le Cap se souviendra.  Que Tony Piquion aura son chant.


Que le Carénage ne sera pas qu’un lieu , mais un poème debout.que Tony ne sera pas oublié. Il est le rire fauché, le pas suspendu, la mémoire qui danse malgré les balles. Et chaque fois que la musique s’élève, nous l’entendons marcher dans les rues du Cap, vivant .

Sa mort, brutale et injuste, a laissé un vide dans la mémoire capoise — un cri étouffé dans la nuit du Carenage.La ville a observe un deuil de trois jours pendant lesquelsles stations de radios ont joue de la musique de circonstance.

Le jour des funerailles, le cerceuil de Tony Piquion a ete porte a bras d’hommes: ses enfants, ses amis, ses coequipiers de l’ASC, les gens du peuple,ils ont tous pris une part active aux funerailles qui rapidement se sont transformees en une veritable manifestation populaire contre le gouvernement.