Le jeudi 14 mai 2026 restera une date historique pour la jeunesse de l’Arcahaie. Sur le site de Chez-Taty, dans une atmosphère plus électrique qu’un match de football, le Collège Saint-Thomas a accompli l’exploit de la décennie : détrôner le Lycée Charles Bélair, l’équipe la plus titrée du concours Génie d’Excellence. Score final : 100 à 95. Un écart infime qui en dit long sur le niveau exceptionnel des deux camps.
Mais au-delà du résultat, c’est tout un symbole. Parce que Charles Bélair n’a pas perdu contre n’importe qui. Il a perdu contre l’audace, la fraîcheur et la résilience. Là où beaucoup voyaient une formalité, Saint-Thomas a vu une opportunité de marquer l’histoire.
Face à l’expérience redoutable du lycée Charles Bélair, les jeunes de Saint-Thomas ont joué avec leur intelligence comme une arme de précision. À chaque question de culture générale, à chaque problème scientifique, ils ont répondu avec une lucidité stratégique qui a surpris même les spectateurs les plus sceptiques. Le match a été serré, tendu, haletant. Et c’est précisément ce qui en fait une grande leçon de vie : le savoir, quand il est bien préparé, peut renverser n’importe quel géant.
L’événement n’a pas été qu’une joute intellectuelle. Ce fut aussi une grande célébration de la jeunesse haïtienne. Les prestations d’artistes comme Wadson Delices (Mégalomane) et Love-G ont transformé le site en un véritable carnaval du savoir. Les rires, les encouragements, les danses : tout rappelait que l’éducation peut aussi être joyeuse et populaire.
Ce concours s’inscrivait en prélude direct au 223ème anniversaire de la fête du drapeau, célébrée chaque 18 mai à l’Arcahaie. Quel plus beau symbole que de voir des jeunes honorer le drapeau non pas par des discours creux, mais par l’excellence de leur esprit ?
Ce genre d’initiative ne devrait jamais être sous-estimé. Voici ce qu’elle a véritablement changé :
1. Sur les élèves
Pendant deux mois, ces jeunes ont été forcés à un travail de recherche rigoureux et continu. Ils ont redécouvert le goût d’apprendre, la fierté de comprendre, la joie de compétir sainement. Pour beaucoup, ce concours a été une bouffée d’oxygène dans un quotidien souvent marqué par l’incertitude. Ils ont compris que leur intelligence est leur meilleure protection contre le découragement.
2. Sur les écoles
Le Lycée Charles Bélair, malgré sa défaite, en sort grandi. Perdre face à un adversaire valeureux n’est jamais une honte. Au contraire, cela pousse à se renouveler. Quant au Collège Saint-Thomas, sa victoire va motiver d’autres institutions à croire en leur potentiel. À l’avenir, plus aucune école ne voudra manquer ce rendez-vous. L’émulation académique est en marche.
3. Sur la communauté arcachéloise
Dans une période où la cité du drapeau fait face à des menaces quotidiennes liées à l’insécurité et aux gangs, ce concours a joué un rôle salvateur. Il a offert aux jeunes une alternative positive : rester « coincés dans le savoir » plutôt que d’être happés par la rue. Pendant deux mois, les discussions dans les familles ont changé de sujet : on parlait de scores, de questions difficiles, de fierté scolaire. Et ça, aucun gang ne peut l’effacer.
Le véritable bénéficiaire de cette activité, c’est toute la société haïtienne. Dans un pays qui traverse une crise multidimensionnelle, nous avons plus que jamais besoin de ce type d’initiatives. Elles rappellent aux jeunes que la quête du savoir est un acte de résistance et de dignité.
Ce projet a été entièrement conçu et encadré par l’Alternative des Archélois pour le Développement de la Communauté (AADEC). Et je tiens à saluer leur vision. À travers ce concours, l’organisation poursuit des objectifs fondamentaux :
- La promotion des choses de l’esprit : offrir une alternative saine et valorisante aux jeunes en stimulant leur intellect.
- L’émulation académique : encourager la culture du mérite, du dépassement de soi et de la saine compétition entre les établissements publics et privés de la région.
Ce concours ne devrait pas rester un événement annuel. Il devrait devenir un modèle pour tout le pays. Parce qu’à l’Arcahaie, on vient de prouver une chose essentielle : même au milieu du chaos, l’intelligence peut gagner. Félicitations au Collège Saint-Thomas. Félicitations au Lycée Charles Bélair. Félicitations aux autres établissements. Et merci à l’AADEC d’avoir rappelé à Haïti que la vraie force d’une nation ne se mesure pas à ses armes, mais à l’éclat de sa jeunesse cultivée.
