Haïti au Mondial : un exploit à transformer en héritage durable

L’objectif de cet article n’est pas de rappeler que la sélection senior masculine de football va participer, pour la première fois depuis 1974, à une phase finale de Coupe du monde.

Clinove Aime <aimeclinove97@gmail.com>
21 mai 2026 — Lecture : 3 min.
Haïti au Mondial : un exploit à transformer en héritage durable

Lors de la qualification historique des Grenadiers

L’objectif de cet article n’est pas de rappeler que la sélection senior masculine de football va participer, pour la première fois depuis 1974, à une phase finale de Coupe du monde. À vrai dire, depuis le jour de cette qualification hors norme et spectaculaire, il serait difficile, voire impossible pour un Haïtien, d’oublier, ne serait-ce qu’un instant, cet exploit réalisé par nos Grenadiers.

Vendredi 16 mai 2026, tous les regards étaient tournés vers la conférence annoncée par la Fédération haïtienne de football, au cours de laquelle le sélectionneur Sébastien Migné devait communiquer la liste officielle des joueurs appelés à défendre les couleurs nationales à partir du 13 juin prochain. Ce qui m’a surtout marqué, c’est l’intérêt et l’enthousiasme manifestés par mes compatriotes pour suivre cette conférence afin de connaître les noms des joueurs retenus. En réalité, que ce soit du côté des supporters ou de celui des joueurs, les émotions étaient bien présentes. Entre fierté et satisfaction d’une part, mais aussi tristesse et frustration d’autre part, puisque nous, les supporters, espérions voir d’autres joueurs renforcer l’effectif de l’équipe, tandis que certains de nos internationaux s’attendaient légitimement à être convoqués en sélection. Mais une chose est certaine : nous sommes tous derrière cette équipe et nous attendons impatiemment l’entrée en lice de nos héros dans ce grand rendez-vous planétaire.

Il faut comprendre que cela faisait longtemps qu’une Coupe du monde de football, la plus grande compétition entre sélections nationales, n’était plus notre affaire. Pour combler ce vide, nous nous contentions de supporter d’autres nations, comme si une grand-mère pouvait véritablement remplacer une mère, pour reprendre l’adage populaire : « nou pa jwenn manman, n ap tete grann ». Cette fois-ci, le peuple haïtien ne sera pas un simple spectateur de cet événement quadriennal, mais un acteur directement concerné. Il nous faudra soutenir nos Grenadiers, même à distance, avec toute la ferveur dont nous sommes capables.

Par ailleurs, en tant que citoyen et fervent supporter de toutes nos sélections nationales, ce qui m’inquiète dans tout cela, c’est de ne plus pouvoir revivre de tels moments. Je me souviens encore de cette soirée mémorable où l’équipe s’était officiellement qualifiée. Après un match parfaitement maîtrisé contre la sélection nicaraguayenne, remporté sur le score de 2-0, la joie avait toutefois été retardée, puisqu’il fallait attendre le dénouement de la rencontre opposant le Costa Rica au Honduras. Heureusement, ce match nul et vierge entre les deux sélections nous était favorable et nous a permis de participer, après 52 ans d’attente, à une phase finale de Coupe du monde.

Et si, désormais, les générations à venir n’avaient plus à attendre aussi longtemps pour voir leur sélection nationale senior tant aimée et chérie participer à une nouvelle phase finale de Coupe du monde ? Ces moments de joie, de fierté et de bonheur, je crois qu’elles les méritent toutes. À mon humble avis, certains héritages sont trop précieux pour être perdus.

Je m’adresse donc solennellement aux autorités du pays, particulièrement à celles en charge des questions sportives : il faut réfléchir aux moyens d’assurer la pérennisation de cet exploit accompli par nos Grenadiers. D’ailleurs, je me sers de cette qualification historique comme d’un prétexte pour attirer votre attention sur la nécessité de faire du sport un véritable levier de développement. Dans un pays comme Haïti, où la population est majoritairement jeune, le sport peut constituer un puissant instrument de transformation sociale. Dans le contexte actuel, faire du sport une priorité nationale, c’est offrir à la jeunesse haïtienne une alternative, une discipline, mais surtout une espérance.