Il aura fallu plus d’un demi-siècle pour que la lumière se rallume. Le 7 avril 2025, l’École de Droit de Jérémie (EDJER) rouvrait ses portes. Un an plus tard, sa célébration anniversaire, initialement prévue le 7 avril 2026, a été organisée ce 25 avril en raison de quelques ajustements organisationnels. Cette commémoration marque une étape symbolique forte : celle d’une institution renaissante, porteuse d’une mémoire longue et d’un avenir à construire.
Créée en 1969 dans le cadre d’une politique d’extension de l’enseignement supérieur, celle qui fut initialement baptisée « École Libre de Droit de Jérémie » n’aura vécu que quelques années. Sa fermeture brutale, survenue sous le régime autoritaire de François Duvalier, a interrompu net la formation d’une élite juridique dans la Grand’Anse. Ce n’est pas seulement une institution qui a disparu, c’est une génération qui a été privée d’opportunités, une région entière qui a été reléguée à la périphérie du savoir.
La réouverture de l’École de Droit de Jérémie (EDJER), en avril 2025, s’est révélé une planche de salut non seulement pour les bacheliers.es grandanselais.es, mais aussi pour des professionnels (les) et cadres qui ambitionnaient d’étudier les sciences juridiques dans une école publique. C’est ce qui explique le grand engouement que la population grandanselaise a manifesté pour cette nouvelle institution universitaire publique au cours du processus d’inscription pour sa réouverture. En raison de la forte demande que ses responsables ont reçue de la part des professionnels, cadres et nouveaux bacheliers de cette année 2025, l’Ecole a dû recevoir une nouvelle cohorte en novembre 2025 dont la fête d’intégration a eu lieu le 24 novembre 2025. Grâce à cette réouverture en avril 2025, le département de la Grand ‘Anse dispose actuellement de deux institutions universitaires publiques : l’Université Publique de la Grand’Anse, créée en 2014, et l’Ecole de Droit de Jérémie, qui forme des juristes sur place pour le système judiciaire grandanselais.
Dans un contexte national marqué par les fragilités de l’État de droit, la mission de cette nouvelle institution réincarnée prend une dimension stratégique. Former des juristes aujourd’hui, c’est préparer les fondations de la justice de demain. L’école se donne pour vocation de former des hommes et femmes de loi de premier ordre, magistrats intègres, avocats compétents, consciencieux, engagés dans la défense du droit et de la justice, des notaires rigoureux et des citoyens conscients de leurs responsabilités. Car là où le droit est faible, l’arbitraire prospère ; là où le droit est enseigné avec rigueur, l’espoir renaît.
La célébration de ce premier anniversaire a réuni étudiants, autorités académiques et invités autour d’un message fort : celui de la continuité et de la responsabilité. Dans son discours, M. James Francisque, président du comité de la Première cohorte, a rappelé que cette réouverture est bien plus qu’un fait académique : elle est une réponse à l’histoire et un engagement envers l’avenir. « Ce que l’histoire avait suspendu, notre génération a choisi de le reprendre », a-t-il déclaré, soulignant ainsi le rôle du droit comme socle de toute société juste et la responsabilité des étudiants dans la transformation du pays.
Au cœur de cette commémoration, une idée directrice a été mise en avant par le Doyen de l’EDJER, M. Ernso Francisco Pétion : l’EDJER n’est pas seulement une école de droit, elle est un projet. D’abord un projet académique, qui vise à fournir une formation rigoureuse à ses etudiants.es. Ensuite un projet social : elle est destiné à offrir aux jeunes de la Grand’Anse une alternative crédible à l’exode vers la capitale. Cette vision donne à la réouverture de l’EDJER une portée qui dépasse largement le cadre universitaire. Elle engage une responsabilité collective et inscrit l’école dans une dynamique de transformation durable. Comme l’a souligné le Doyen, penser l’EDJER comme un projet, c’est accepter qu’elle soit en construction, une institution appelée à évoluer, à s’enraciner dans le temps et à devenir à la longue un patrimoine pour le département de la Grand ’Anse. « En substance, le grand projet de l’Ecole de droit de Jérémie, c’est de devenir un patrimoine pour la ville de Jérémie, et pour le département de la Grand ‘Anse en général », acheva son Doyen dans son allocution.
Dans un pays où l’accès à une formation universitaire de qualité reste inégal, l’EDJER représente une opportunité majeure pour les jeunes de la Grand’Anse et au-delà. Elle redonne à Jérémie son statut de pôle intellectuel et participe activement à la décentralisation du savoir juridique en Haïti.
Plus qu’une école, elle devient un espace de débats, de formation citoyenne et d’engagement social. Dire que cette première année « efface » cinquante ans d’injustice serait peut-être audacieux. Mais elle en marque sans aucun doute la fin du cycle. L’École de Droit de Jérémie est plus qu’un établissement : elle est un symbole de résilience, de mémoire et de reconstruction. Un an après sa réouverture, une conviction s’impose : le savoir peut être retardé, mais jamais définitivement supprimé.
« Là où l’on avait tenté d’éteindre la lumière du savoir, une nouvelle génération a choisi de la rallumer. »
