Stéphane Vincent obtient son doctorat à la University of Pennsylvania

Le Dr.

Le Nouvelliste
19 mai 2026 — Lecture : 6 min.
Stéphane Vincent obtient son doctorat à la University of Pennsylvania

Stéphane Vincent en tenue doctorale
Photo : Photo Foto

Le Dr. Stéphane Vincent obtient son doctorat à la University of Pennsylvania avec une thèse sur la migration, la confiance institutionnelle et la fintech dans la diaspora haïtienne

Le Dr. Stéphane Vincent a obtenu son doctorat en éducation (Ed.D.) à la University of Pennsylvania, université américaine de recherche membre de l’Ivy League, au sein du Penn Chief Learning Officer Program (PennCLO), un programme doctoral exécutif sélectif, conçu pour des professionnels expérimentés travaillant sur les questions de leadership, d’apprentissage organisationnel et de transformation institutionnelle, et développé à l’intersection de la Graduate School of Education et de la Wharton School.

Bien que délivré dans le champ de l’éducation, ce doctorat ne relève pas de l’éducation scolaire au sens traditionnel. Il s’inscrit dans la logique des doctorats de pratique, qui interrogent des problèmes complexes du monde réel à travers les lentilles du leadership, des institutions, des politiques publiques, de l’apprentissage organisationnel et du changement systémique.

Sa thèse est intitulée : Migration, Trust and Fintech: Financial Inclusion of U.S.-Based Haitian Immigrants Amid Policy Shifts (Migration, confiance et fintech : l’inclusion financière des immigrés haïtiens vivant aux États-Unis dans un contexte de changements de politiques publiques).

Ce travail doctoral examine la manière dont des immigrés haïtiens vivant aux États-Unis construisent leur confiance envers les services fintech, et comment certaines évolutions récentes des politiques migratoires américaines, notamment le programme humanitaire CHNV et le Temporary Protected Status (TPS), influencent cette confiance ainsi que leur quête d’inclusion financière.

Au cœur de cette recherche se trouve une interrogation simple, mais décisive : dans des contextes marqués par l’incertitude administrative, la mobilité et des obligations financières transnationales, comment les individus décident-ils quels systèmes méritent leur argent, leurs données et leur confiance? La thèse montre que, dans le corridor États-Unis-Haïti, l’adoption de la fintech n’est pas seulement une question de technologie ou de commodité. C’est d’abord une question de confiance institutionnelle.

Sur le plan méthodologique, l’étude a adopté un design exploratoire séquentiel à dominante qualitative. Elle repose principalement sur quinze entretiens semi-directifs menés auprès d’immigrés haïtiens vivant dans les régions métropolitaines de New York et de Miami, en anglais et en créole haïtien. Une matrice analytique plus resserrée de dix cas a été utilisée pour les comparaisons transversales, tandis que les cinq autres entretiens ont servi à l’approfondissement contextuel et à l’examen de cas négatifs. La recherche a été complétée par un questionnaire bilingue anglais-créole ayant recueilli quinze réponses uniques, utilisé à des fins descriptives et non inférentielles. Les groupes de discussion envisagés au départ n’ont pas pu être réalisés, le climat d’incertitude lié au statut migratoire ayant accru la prudence des participants dans un contexte juridiquement sensible.

L’analyse a combiné transcription, traduction, mémoing, codage inductif et cartographie déductive des mécanismes de confiance. La saturation des mécanismes centraux a été atteinte au douzième entretien, les entretiens suivants venant surtout confirmer et enrichir le modèle interprétatif plutôt que le reconfigurer.

Parmi les enseignements majeurs de la thèse, un constat s’impose : la confiance est corridorisée. Elle ne se forme pas uniquement à partir de l’interface de l’application ou de la promesse d’un prestataire aux États-Unis, mais aussi à partir de ce qui se passe du côté haïtien : la possibilité réelle pour le bénéficiaire de retirer les fonds, la liquidité disponible, la lisibilité du taux de change, la qualité du recours en cas de problème et la fiabilité du dernier kilomètre. En d’autres termes, la confiance n’est pas centrée sur l’application; elle est structurée par le corridor.

La recherche montre également que la confiance commence souvent de manière sociale; par la réputation, la familiarité ou la recommandation communautaire, mais qu’elle ne reste pas sociale. Elle se reconfigure ensuite à l’épreuve de l’usage. L’accès au créole, la transparence des frais et du change, la lisibilité du processus, la visibilité du support client et la qualité du traitement des incidents deviennent alors des preuves de sérieux institutionnel, et non de simples détails de design.

Le travail met aussi en lumière l’effet de la précarité statutaire sur les comportements financiers. Dans le questionnaire descriptif, 80 % des répondants ont indiqué que les changements de politique ou de statut les rendaient plus prudents dans leur rapport aux services financiers numériques, tandis que 40 % seulement estimaient que les prestataires protégeraient réellement leurs données. 60 % considéraient que le coût total d’une transaction était clair avant confirmation, et 60 % jugeaient que les bénéficiaires pouvaient retirer les fonds de manière fiable. Toutefois, le problème le plus souvent signalé restait la liquidité des agents ou l’échec du cash-out côté haïtien. Ces données, bien que descriptives, renforcent un point essentiel de la recherche : la confiance financière se construit dans un environnement où la sécurité perçue, la possibilité de recours et le risque d’exposition comptent autant que le prix ou la rapidité.

La thèse identifie ainsi plusieurs mécanismes de confiance déterminants : la confiance empruntée à la communauté, les signaux de preuve donnés par le design et la transparence, la réalité du dernier kilomètre en Haïti, la justice réparatrice en cas de panne ou d’erreur, le coût de visibilité ressenti lorsque les demandes d’identification ou les traces de données paraissent risquées, ainsi que les logiques pragmatiques de continuité, de basculement ou de contournement entre plusieurs rails financiers.

Dans un pays où la diaspora demeure un acteur économique central et où les transferts jouent un rôle vital dans la vie quotidienne de nombreuses familles, ce sujet revêt une portée particulière pour Haïti. La recherche ouvre des pistes de réflexion concrètes pour les décideurs publics, les banques, les fintechs, les chercheurs et tous ceux qui s’intéressent à l’avenir des infrastructures financières reliant Haïti à ses communautés de l’étranger. Elle suggère notamment que l’inclusion financière dépend moins de la seule disponibilité des outils numériques que de la capacité des institutions à inspirer confiance, à offrir des recours crédibles et à concevoir des systèmes lisibles, proportionnés et humainement soutenables.

Au-delà du titre universitaire, cette étape revêt aussi une portée historique et symbolique. Le parcours du Dr. Stéphane Vincent illustre celui d’un professionnel haïtien issu directement du terrain institutionnel, politique et social d’Haïti, qui accède à l’un des plus hauts niveaux de formation universitaire au sein d’une institution membre de l’Ivy League. Cette réussite ne se présente pas comme un accomplissement individuel détaché d’Haïti, mais comme le prolongement d’une trajectoire ancrée dans le service public, la réflexion institutionnelle et l’engagement envers le pays. Elle rappelle qu’un itinéraire parti du terrain haïtien peut accéder aux espaces académiques les plus exigeants tout en revenant interroger, avec plus de rigueur, les défis d’Haïti, de sa diaspora et des systèmes qui les relient.

Le parcours du Dr. Stéphane Vincent donne à cette recherche une profondeur particulière. Professionnel haïtien évoluant depuis plusieurs années à l’intersection de la gouvernance, de la migration, de la transformation numérique et du renforcement institutionnel, il a notamment exercé comme Directeur de l’Immigration et de l’Émigration, conseiller technique à la Primature, coordonnateur de l’e-gouvernance au sein du Bureau du Premier ministre, et cofondé des initiatives telles que OpenGouv Haïti. Son parcours académique comprend également un Master of Science in Education (M.S.Ed.) de la University of Pennsylvania, un Master of Laws (LL.M.) en Information Technology and Telecommunications Law de l’Université de Strathclyde, ainsi qu’une formation complémentaire en fintech à l’Université d’Oxford. Cette trajectoire éclaire la cohérence d’un travail situé au croisement des institutions, du numérique, des politiques publiques et des réalités diasporiques.

Déclaration du Dr. Stéphane Vincent

« Cette recherche part d’une conviction simple : l’inclusion financière n’est pas seulement une question d’accès, de technologie ou de rapidité. Elle est fondamentalement une question de confiance. Comprendre comment cette confiance se construit, se fragilise ou se redéfinit dans les trajectoires migratoires permet de mieux penser les institutions, les services financiers et les infrastructures de demain. »

L’obtention officielle du grade de docteur est intervenue lors de la cérémonie de remise des capes doctorales de la University of Pennsylvania le 15 mai 2026.