Nouvelle-Touraine désertée : l’exode forcé des habitants de Kenscoff

La commune de Kenscoff, autrefois reconnue pour son climat paisible et ses terres agricoles fertiles, fait face à une situation préoccupante.

Lucien Obed Saïb lucienobedsaib@gmail.com
11 mai 2026 — Lecture : 4 min.
Nouvelle-Touraine désertée : l’exode forcé des habitants de Kenscoff

Une femme sur une route à Kenscoff

La commune de Kenscoff, autrefois reconnue pour son climat paisible et ses terres agricoles fertiles, fait face à une situation préoccupante. L’insécurité qui gagne certaines localités pousse plusieurs habitants à abandonner leurs maisons pour chercher refuge dans d’autres zones plus sûres. Parmi les endroits les plus touchés figure la localité de Nouvelle Touraine, où des familles ont été contraintes de fuir précipitamment.

Une terre agricole fragilisée par l’insécurité

Située dans les hauteurs à l’ouest du pays, la commune de Kenscoff couvre environ 202,8 km² et joue un rôle important dans l’économie agricole nationale. L’agriculture constitue le principal secteur d’activité de la région, notamment la culture de légumes tels que les carottes, les choux, la laitue et la pomme de terre, ainsi que l’élevage.

Ces produits alimentent une grande partie des marchés de la capitale, Port-au-Prince. Pendant longtemps, Kenscoff a été perçue comme une zone relativement calme, attirant aussi bien les agriculteurs que les familles à la recherche d’un environnement plus paisible.

Aujourd’hui, cette réalité semble changer de manière alarmante. Les champs autrefois animés par le labeur quotidien des paysans se retrouvent progressivement abandonnés, les outils de travail laissés sur place, les récoltes perdues. Cette désertification agricole risque d’aggraver davantage la crise alimentaire que connaît déjà la région métropolitaine, fortement dépendante des productions de Kenscoff.

La fuite des habitants de Nouvelle Touraine

Depuis plusieurs jours, la situation sécuritaire dans certaines zones de Nouvelle Touraine s’est détériorée. Face à la peur et aux menaces, plusieurs habitants ont décidé de quitter leur domicile pour se réfugier dans d’autres localités.

Certains témoignent avoir passé des heures sur la route pour se mettre à l’abri.

« Nous avons marché pendant des heures pour quitter la zone. Nous avions peur de rester à cause des tirs et de l’insécurité », raconte un habitant qui a dû abandonner sa maison avec sa famille.

Une mère de famille explique également les difficultés rencontrées lors de leur départ :

« Nous avons quitté la maison très tôt le matin avec les enfants. Nous n’avons presque rien emporté. Le plus important pour nous était de rester en vie. »

Ces récits illustrent la réalité vécue par plusieurs familles qui ont dû laisser derrière elles leurs biens, leurs activités et parfois leurs terres agricoles.

Un père de famille, la voix brisée par l’émotion, confie : « J’ai travaillé cette terre pendant vingt ans. En une nuit, j’ai tout perdu. Je ne sais pas si je pourrai jamais y retourner. » Ces mots résument à eux seuls le drame humain que vivent des dizaines de familles, brutalement arrachées à leur quotidien par une violence qu’elles n’ont ni provoquée ni choisie.

Cris d’un fils de la Nouvelle Touraine

Face à la montée de l’insécurité et à la souffrance silencieuse des déplacés, une voix s’élève, portée par l’émotion et l’attachement à une terre abandonnée malgré elle. Ce cri dépasse l’individuel pour traduire une douleur collective, celle d’une communauté contrainte de fuir, de se reconstruire ailleurs, tout en gardant en mémoire ses racines. Derrière ces mots, il y a un appel à la conscience, à la solidarité et à une action urgente. Il est temps que l’État assume pleinement ses responsabilités, rétablisse la sécurité, protège les vies, accompagne les déplacés et restaure la dignité des territoires meurtris. Car sans une intervention rapide et concrète, ces cris risquent de se perdre dans le silence de l’oubli.

Des conditions de vie précaires

Les déplacés de Nouvelle Touraine se retrouvent dans des situations extrêmement vulnérables. Accueillis tantôt chez des proches, tantôt dans des abris de fortune, ils manquent de l’essentiel : nourriture, eau potable, soins médicaux et vêtements. Les enfants, particulièrement exposés, voient leur scolarité brutalement interrompue, ajoutant une dimension supplémentaire à ce drame humain.

Des organisations humanitaires locales tentent d’apporter une aide d’urgence, mais leurs capacités restent largement insuffisantes face à l’ampleur des besoins. Aucune structure d’accueil officielle n’a encore été mise en place par les autorités locales pour gérer ce flux de déplacés internes.

Malgré la solidarité de certains habitants, les besoins restent importants, notamment en nourriture, en logement et en soins de santé.

Une crise qui interpelle les autorités

Face à cette situation, plusieurs voix s’élèvent pour attirer l’attention des autorités et des organisations humanitaires sur la réalité des déplacés de Nouvelle Touraine. Des élus locaux, des associations paysannes et des organisations de défense des droits humains appellent le gouvernement à prendre des mesures concrètes pour sécuriser la zone et permettre le retour des déplacés dans la dignité. Les habitants espèrent des mesures concrètes pour renforcer la sécurité dans la zone et améliorer les conditions de vie des familles touchées.

Pour ces déplacés, l’espoir reste de pouvoir un jour retourner chez eux et reprendre leur vie normale.

En attendant, la commune de Kenscoff, autrefois symbole de tranquillité et de production agricole, se transforme peu à peu en terre d’exil pour des familles contraintes de fuir l’insécurité. Sans intervention rapide, le risque est grand de voir Kenscoff perdre non seulement ses habitants, mais aussi son identité agricole, pilier fondamental de l’économie locale et nationale. La question reste entière : jusqu’où l’insécurité continuera-t-elle à ronger les dernières zones épargnées du pays ?

Reportage réalisé à partir de témoignages recueillis sur le terrain.