Au cœur d’un monde traversé par des crises multiples, géopolitiques, économiques et identitaires, les peuples les plus fragiles sont souvent les premiers exposés au mépris, à l’indifférence et à l’abandon. Haïti, berceau de la liberté noire et symbole historique de résistance, n’échappe malheureusement pas à cette réalité. Aujourd’hui plus que jamais, l’image du pays est malmenée, ses citoyens stigmatisés, et sa voix affaiblie sur la scène internationale. Face à cette instabilité globale et à ce regard souvent injuste porté sur les Haïtiens, une vérité fondamentale s’impose : il ne nous reste que l’union.
I. Le constat d’une fragilité amplifiée par les divisions internes
Les difficultés d’Haïti ne sont pas uniquement le produit de facteurs externes. Elles sont aussi aggravées par nos divisions internes, nos luttes de pouvoir, et notre incapacité chronique à construire un consensus national durable. Pendant que le monde évolue à grande vitesse, Haïti semble trop souvent enfermée dans des conflits intestins qui épuisent ses forces vives. Chaque fracture, politique, sociale ou institutionnelle, devient une brèche supplémentaire dans laquelle s’engouffrent l’instabilité et la perte de crédibilité. Dans ce contexte, le mépris extérieur trouve un terrain fertile. Car un peuple divisé est un peuple vulnérable.
II. L’union comme principe fondateur et solution stratégique
“L’union fait la force” n’est pas qu’une devise inscrite sur le drapeau haïtien. C’est un impératif historique, une nécessité existentielle. Notre indépendance elle-même est née de l’union improbable mais déterminée d’hommes et de femmes qui, malgré leurs différences, ont su se rassembler autour d’un objectif commun : la liberté. Aujourd’hui, ce même esprit doit être ravivé. L’union ne signifie pas l’uniformité ni l’absence de désaccords. Elle suppose plutôt la capacité à dépasser les intérêts individuels au profit d’un projet collectif.
Les élites politiques, les universitaires, la diaspora, les acteurs économiques, les organisations de la société civile et les jeunes doivent comprendre qu’ils sont, ensemble, les dépositaires du destin national. Aucun groupe, à lui seul, ne peut sauver Haïti. Mais tous ensemble, ils peuvent la relever.
III. Repenser la responsabilité collective dans un monde sans indulgence
Le monde d’aujourd’hui est sans indulgence. Les nations qui ne s’organisent pas, qui ne défendent pas leurs intérêts et qui ne parlent pas d’une seule voix sont rapidement marginalisées. Attendre une reconnaissance extérieure sans construire une cohésion interne relève de l’illusion. Espérer qu’un acteur étranger vienne nous rappeler qui nous sommes ou nous montrer la voie est une erreur stratégique.
Haïti doit cesser de chercher des solutions en dehors d’elle-même avant d’avoir exploré toute la richesse de son potentiel humain. Cela implique un changement de mentalité : passer d’une logique de rivalité à une logique de responsabilité partagée. Cela implique aussi du courage, le courage de dialoguer, de pardonner parfois, mais surtout de construire ensemble.
L’urgence d’un sursaut national
Il ne nous reste plus beaucoup de temps pour hésiter. Chaque jour de division est un jour de trop pour une nation déjà éprouvée. L’union n’est plus un idéal abstrait, c’est une urgence nationale. Que chaque Haïtien, où qu’il se trouve, prenne conscience de sa part de responsabilité. Que chaque acteur accepte de faire un pas vers l’autre. Que chaque institution se souvienne qu’elle existe pour servir, et non pour dominer. Car au final, une seule vérité demeure : la force de tous les Haïtiens réside dans leur capacité à s’unir. Et sans cette union, aucun avenir durable ne sera possible. Si nous refusons de nous unir, nous continuerons de subir ; mais si nous choisissons l’union, alors renaîtra l’espérance haïtienne.
Me. Jonel Dilhomme, Av.
Ancien professeur à l’Université d’État d’Haïti
Chercheur en droit international et gouvernance globale
Membre du GRUCH
Courriel : jonel.dilhomme30@gmail.com
