À travers tout le pays, une dynamique encourageante se dessine dans le domaine de l’alphabétisation. Les dernières données rendues publiques par le Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP), via le Bureau du Secrétaire d’État à l’Alphabétisation (BSEA), témoignent d’un engagement massif des populations et d’un travail soutenu des équipes déployées sur le terrain. Cette avancée s’inscrit également dans la vision du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, qui entend renforcer l’accès à l’éducation de base et lutter contre l’analphabétisme à l’échelle nationale.
Les données issues du dépouillement des fiches de dépistage révèlent une réalité à la fois préoccupante et profondément porteuse d’espoir : 59 189 citoyens haïtiens ont été identifiés comme ayant besoin d’un accompagnement en alphabétisation. Parmi eux, une majorité significative de 36 706 femmes, contre 17 614 hommes et 4 869 personnes non identifiées, signe que les femmes restent au cœur de cette bataille pour l’accès au savoir.
Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques. Ils racontent l’histoire silencieuse de milliers de personnes privées, parfois depuis l’enfance, d’un droit fondamental : celui de lire, d’écrire, de comprendre et de participer pleinement à la vie citoyenne. Aujourd’hui, ces mêmes personnes frappent à la porte de l’apprentissage, avec dignité et détermination.
Le département de l’Ouest se distingue avec 15 250 personnes recensées, confirmant l’ampleur des besoins dans les zones urbaines et périurbaines. Des communes comme Pétion-Ville, Cité Soleil, Delmas ou encore Léogâne affichent des chiffres révélateurs d’une forte demande. Mais au-delà de la concentration démographique, ces résultats traduisent surtout un travail de proximité mené par les agents de terrain, souvent dans des conditions difficiles.
Dans la Grand’Anse, avec 11 364 personnes identifiées, la mobilisation est tout aussi remarquable. Des localités comme Pestel, à elle seule plus de 4 000 cas recensés, ou encore Dame-Marie et Chambellan, témoignent d’un engagement communautaire fort, dans des zones longtemps enclavées.
L’Artibonite, avec 9 192 bénéficiaires potentiels, n’est pas en reste. Marmelade impressionne avec plus de 5 600 personnes identifiées, illustrant à quel point le besoin d’alphabétisation est ancré dans certaines communes rurales. À travers ces chiffres, c’est toute une population qui aspire à sortir de l’ombre de l’exclusion éducative.
Du Sud-Est au Nord, en passant par le Centre, le Nord-Ouest, le Nord-Est, les Nippes et le Sud, la cartographie de l’analphabétisme se dessine avec précision. Même dans les départements où les chiffres sont plus modestes, comme le Nord-Est (1 074) ou les Nippes (947), chaque personne recensée représente une urgence sociale et une opportunité d’action.
Il faut également souligner la présence de milliers de cas dans des zones dites « NI » (non identifiées), preuve des défis persistants en matière de structuration des données, mais aussi de l’ampleur réelle du phénomène, probablement encore sous-estimée.
Au-delà des chiffres, c’est une vision qui se dessine : celle d’un État qui tente de retisser le lien avec des citoyens longtemps marginalisés. Le travail du MENFP et du BSEA, notamment à travers les services de formation et de communication, s’inscrit dans une logique de transformation sociale, où l’alphabétisation devient un levier d’inclusion, de justice et de développement.
Cette démarche mérite d’être saluée non seulement pour son envergure, mais aussi pour sa portée humaine. Car apprendre à lire et à écrire, en Haïti aujourd’hui, ce n’est pas seulement acquérir des compétences : c’est reprendre le contrôle de sa vie, accéder à l’information, défendre ses droits et rêver à un avenir meilleur.
Dans un pays confronté à de multiples crises, ces 59 189 voix représentent bien plus qu’un chiffre : elles incarnent une volonté collective de se relever par le savoir. Une dynamique que les autorités, les partenaires et la société civile devront impérativement accompagner pour transformer cet espoir en réalité durable.
Hyshney Saint-Julien
Hyshney SAINT-JULIEN
Journaliste | Spécialiste en marketing digital | entrepreneur
