La Citadelle Henry Christophe: Devoir de mémoire, la nommer correctement

Ce serait une seconde tragédie de l'histoire, si cette visite cahotique du 11 avril qui s'est achevée par la mort de trente personnes constituait en plus le véhicule même involontaire d'une mystification épistémiologique par des voix, des médias sociaux ou traditionels, ou des institutions autorisées ou crédibles.

Charlot Lucien
17 avr. 2026 — Lecture : 3 min.
La Citadelle Henry Christophe:   Devoir de mémoire, la nommer correctement

Citadelle Laferrière
Photo : Photo Foto

Ce serait une seconde tragédie de l'histoire, si cette visite cahotique du 11 avril qui s'est achevée par la mort de trente personnes constituait en plus le véhicule même involontaire d'une mystification épistémiologique par des voix, des médias sociaux ou traditionels, ou des institutions autorisées ou crédibles.  La mystification n'est sans doute point perpétuée à dessein, mais sa portée est quand même détrimental  dans le psyché des générations courantes et à venir, et mine sérieusement l'essence, l'éthos même de notre être ou de notre histoire de peuple sur le plan international.  Elle occulte également les dimensions historiques globale du roi Henry Christophe... 

À lire les publications savantes traitant de la vision et des gigantesques réalisations de Christophe (voir Marlène Daut, Jean Hérold Pérard, Hubert Cole, Robert Heinl, John Vandercook...), comment justifier que sa plus formidable construction, "Sa" Citadelle, de portée régionale (la plus grande forteresse des Amériques) et mondiale (Un patrimoine mondial selon l'UNESCO, Haïti), puisse porter le nom de son ingénieur La Ferrière au lieu de son nom à lui? 

Même l'existence des documents d'archives faisant état de Laferrière ne devrait miner l'obligation d'un devoir de mémoire, d'un devoir de décolonisation des hauts lieux de notre histoire.  Des recherches supplémentaires s'avèrent sans doute nécessaires pour tracer le processus d'adoption, d'acceptation et de normalisation du nom de Laferrière pour nommer une contruction à laquelle Christophe a du dévouer son génie organisationel, des resources insoupconées, des risques personels face aux rebéllions et aux révoltes, et sacrifier des nuits blanches, sa santé et sa famille. 

"Tant de choses à faire, et si peu de temps"

On ne parle pas de l'ingénieur William Barkley Parson pour le Canal du Panama, on ne parle pas des architectes et des ingénieurs qui ont conçu le pont George Washington, le Charles Sumner Tunnel (Boston), ou le Château de Versailles à Paris, pour ne citer que ces chef-d'oeuvres d'ingénérie et architecturaux.

La Tour Eiffel, nommée en l'honneur de l'ingénieur Gustave Eiffel, devrait constituer un cas exceptionnel qui peut être analysé séparément... (Une volonté de démontrer le génie industriel français - puisqu'il est aussi à l'origine des structures de la Statue de la liberté)

Cette approche de mémorialisation postcoloniale équitables que nous préconisions, une mémorialisation juste des hauts lieux de nos ancêttres, de nos espaces sacrés devrait sans doute faire l'objet de solides arguments (historiques, légaux, académiques) pour prévenir des dérives fantaisistes ou des abus enracinés dans la vanité personelle - "mon nom, ou le nom de mon ancêtre sur une statue ou pour une rue".

Elle a cependant des précédents fermement établis dans les pays décolonisés (en Afrique, en Asie, périodes post-indépendance), et aux États-Unis - malgré le terme péjoratif "Cancel culture" affublé à certaines tentatives.  

Cette tragédie du 11 avril est une occasion, pour responsabiliser l'état défaillant, revoir les lois et les dispositifs institutionel en cours.  Elle  est aussi une opportunité pour porter les plateformes numériques (Google) et certain sites spécifiques (Wikipedia, Encyclopedia Britanica...) et des  medias de renoms qui continuent à perpétuer la mémorialisation d'un nom inconnu, au détriment d'un fondateur visionaire de la nation, à changer de terminologie et remettre à l'heure les pendules de l'histoire.

Charlot Lucien

Boston

Charlot Lucien, ancien collaborateur adhod and illustrateur du Nouvelliste est affilié à OLLI Institute à l'Université du Massachusetts

et membre du Centre Culturel Toussaint Louverture à Boston

Quelques références:

The First and Last King of Haiti, Marlene Daut (2025)

Henri Christophe, Jean Hérold Pérard (2018)

Written in Blood, Robert, Nancy and Michael Heinl (1996

Christophe King of Haiti, Hubert Cole (1967)

Black Majesty, Jhon W. Vandercook (1928)